Notre radio

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21 janvier 2010

Haïti, Israël et les Américains, par Gérard Akoun


Les auditeurs des radios juives sont, probablement, les seuls en France à avoir pu prendre la pleine mesure de l’action menée par les sauveteurs israéliens en Haïti. Des l’annonce du terrible séisme qui a ravagé l’île, l’état d’Israël a envoyé des équipes de sauveteurs spécialisés dans le secours aux victimes de telles catastrophes, naturelles ou non ; des chirurgiens, des infirmiers, des para médicaux, mais aussi des sapeurs du génie avec leur chiens pour rechercher les victimes encore en vie, ensevelies sous les ruines des bâtiments. Des leur arrivée, le samedi 16, un hôpital de campagne très spécialisé était installé, le seul alors en état de fonctionner, qui a permis d’opérer et de soigner de très nombreux blessés, des Haïtiens surtout, dont certains avaient été dégagés des décombres par des sauveteurs portant l’uniforme de l’armée israélienne. Faut-il voir dans cet uniforme la raison du silence des médias, un silence à peine troublé par quelques informations succinctes dans les journaux télévisés ou les dépêches d’agence ? Le dévouement des soldats de Tsahal, des réservistes en majorité, a suscité l’admiration des Haïtiens et leurs remerciements n’ont pas manqué, d’autant que les Israéliens - contrairement à d’autres dont il faut aussi saluer la diligence -, n’avaient pas de nationaux à secourir, et ont pu, ainsi, diriger tous leurs efforts vers la population locale. Mais que voulez vous, autant les médias se précipitent pour dénoncer Israël, quelque fois à juste titre, sans lui accorder de circonstances atténuantes, autant ils ont du mal, c’est le moins que l’on puisse dire, à lui rendre hommage quand il le mérite.
Heureusement, pour nos médias nationaux, il leur restait les Etats Unis et l’occasion de donner libre cours à leur anti-américanisme primaire. Les premiers jours, tout le monde se félicitait de la rapidité avec laquelle Barack Obama avait réagi, de l’ampleur des moyens en hommes et en matériel mis en oeuvre pour porter secours aux Haïtiens, et tout le monde était bien obligé de reconnaître que seul les Américains étaient capables d’intervenir aussi vite et aussi efficacement, à tous les niveaux d’un pays dévasté, dans lequel l’état s’est effondré. Ils y jouent un rôle essentiel et cela peut entraîner des frictions avec les représentants des autres pays qui participent aux secours, comme on a pu le constater avec l’utilisation de l’aéroport. Les militaires américains ont pris la direction des opérations, sans faire montre, il est vrai, de beaucoup de diplomatie. Il fallait rendre à nouveau l’aéroport opérationnel pour permettre l’acheminement des secours par la voie des airs, ils se sont donc installés dans la tour de contrôle, ont remis en état les pistes et organisé le trafic aérien en accordant une priorité aux avions américains qui s’est faite, il faut le reconnaître, au dépens de ceux des autres pays. Mais de là à déclarer, à propos de l’attitude des Américains, je cite « il s’agit d’aider Haïti, il ne s’agit pas de l’occuper » comme s’est permis de le faire le Secrétaire d’état à la coopération, Alain Joyandet, il y a un pas de trop qui a été franchi et qui a obligé le Président de la République à corriger le tir, en rendant un hommage appuyé aux Américains et à leur Président. La seule arrière pensée qui pourrait guider les Américains dans leurs actions en faveur des Haïtiens serait de les aider à reconstruire leur pays pour éviter qu’ils ne pénètrent légalement ou illégalement aux Etats-Unis, et les Français partagent la même inquiétude en ce qui concerne la France : même les blessés graves haïtiens sont accueillis au compte goutte en Martinique, on préfère les soigner en Haïti !
Un grand élan de solidarité s’est manifesté, ne le laissons pas retomber, ne le laissons pas se perdre en vaines querelles.

Gérard Akoun
Judaïques FM, le 21 janvier 2010