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21 juin 2018

Erdogan, le véritable Iznogoud


À chaque nouvel épisode conflictuel, on pense qu’on a atteint le fond avec les Turcs et pourtant ils innovent à chaque occasion pour signifier à Israël que d’alliés, ils sont devenus des adversaires redoutables. On ignore les dessous de la realpolitik israélienne mais l’on demande à comprendre ce qui pousse Israël à être systématiquement le paillasson d’un dictateur, apprenti sultan, qui a été jadis un fidèle ami des Occidentaux. Les insultes sont devenues les seuls éléments de débat. Erdogan n’avait pas hésité à comparer Israël au régime nazi «l’accusant d’avoir surpassé Hitler en matière de barbarie». 

Depuis l’épopée du Mavi Marmara, le charme est rompu. Erdogan ressemble de plus en plus à Iznogoud, l’ignoble vizir qui a une idée fixe : «devenir calife à la place du calife !». Ce faux héros possède tous les défauts cumulés d’un dictateur : cruel, égoïste, colérique et hargneux. Il est prêt à tout pour se hisser au sommet de son pays d’abord, puis à la tête du monde musulman sunnite ensuite. Pour atteindre son objectif, il est prêt à user de la terreur contre son peuple, contre l’armée, contre les journalistes, contre les hommes politiques et enfin contre ses citoyens kurdes. Après avoir touché de substantielles et généreuses indemnités de la part des Israéliens pour les victimes turques qui s’étaient aventurées au large de Gaza, et après avoir senti une certaine faiblesse israélienne à son égard, il préfère à présent user de la matraque. 

On ne s’étonne pas de l’entendre annoncer son soutien au Hamas puisque son parti est une émanation des Frères musulmans : « même si le monde entier ferme leurs yeux, nous empêcherons le déchaînement de la cruauté d’Israël. Nous continuerons à soutenir nos frères et nos sœurs palestiniens non seulement par nos cœurs mais aussi par nos ressources. Nous ne permettrons jamais à Israël de voler Jérusalem ». C’est une constante chez lui de soutenir la violence et les systèmes dictatoriaux. 

La dernière ignominie d’Erdogan est son annonce du 17 mai 2018 précisant que la Turquie avait acheté des matériels électroniques pour les céder ensuite à l’Iran, en violation de la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l'ONU qui interdit « la vente de produits et de technologies liés au développement nucléaire ». Or, des condensateurs électroniques ont été revendus pour le programme nucléaire iranien. Une enquête a été ouverte pour analyser le comportement de l’acheteur turc qui a violé les lois de l’ONU. On s’étonne de la grande dose de naïveté de la part des industriels israéliens dont le credo est de vendre à tout prix et de faire du chiffre d’affaires sur le dos de la sécurité d’Israël. 
          
L’attitude d’Erdogan ne justifie plus que l’Israël vende son âme pour des questions d’équilibre de la balance commerciale d’autant plus que les produits importés de Turquie n’ont aucune originalité et peuvent se retrouver partout ailleurs en Europe. Malgré cela, les échanges entre les deux pays ont doublé de 2009 à 2014 selon l’Institut turc des statistiques. De 2,3 milliards de dollars en 2009, ils se sont élevés à 4,9 milliards en 2014 mais ont baissé à 4,1 en 2015 et 3,9 milliards de dollars en 2016. Cette baisse s'explique depuis qu’Israël ne fournit plus l’armée turque. 

Israël importe du fer, de l’acier, des machines électriques, des articles ménagers, des véhicules, des minéraux, du textile et du béton. Israël exporte des produits chimiques, des plastiques, des produits en caoutchouc et du matériel électronique sensible. Pour l’instant, il n’est pas prévu de réduire les échanges, au contraire. 

Une alerte sur les méthodes turques avait été lancée par les Émirats arabes unis qui avaient révélé qu’ils avaient intercepté une cargaison de contrebande de matériel électronique envoyée par la Turquie à l'Iran en juillet 2017. Il s’agissait justement de condensateurs électroniques de modèle CSP 180/300, fabriqués par une société de Jérusalem. 

L’humiliation imposée à l’ambassadeur israélien, obligé de passer à la fouille à l’aéroport d’Istanbul et contraint de se déchausser face aux caméras invitées à cet effet, est une preuve du désarroi d’Erdogan pour cibler Israël et pour trouver un angle d’attaque politique efficace. Ce sont des méthodes infantiles indignes d’un gouvernement de l’Otan. 
Mais Israël évite depuis longtemps les représailles contre la Turquie. Contrairement à de nombreux pays occidentaux, Israël refuse de reconnaître le génocide arménien de 1915 perpétré par les Turcs car ils veulent ménager Erdogan et les relations bilatérales. Arrivé au point de non-retour, les Israéliens doivent décider si les Turcs sont des alliés ou leurs pires ennemis.

Jacques Benillouche,
Temps et Contretemps, 18 mai 2018