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10 novembre 2015

BHL et les antisémites



Introduction :
Vous avez pu entendre le 1er novembre dernier Bernard Schalscha, éditorialiste au journal en ligne "La Règle du jeu". Ma première question concernait Bernard-Henri Lévy.  J'avais dit : "je suis frappé par à la fois le pouvoir qu'on lui accorde, comme s'il était lui tout seul responsable du renversement de Kadhafi ou de la guerre civile en Syrie, et par la violence des attaques qu'il subit. Ainsi, sur FaceBook il y a de nombreuses pages haineuses contre lui, par exemple celle appelée "Pour que BHL ferme sa gueule à tout jamais" qui a plus de 10.000 "like". Je lis souvent des menaces de mort le concernant. Alors pourquoi à votre avis cette détestation ?" Mon invité avait rappelé que cette hostilité était ancienne, qu'elle était liée à une haine antisémite, mais qu'il était détesté, aussi, pour ses prises de position contre les dictatures.
Notre émission a été enregistrée le 29 octobre, nous n'étions pas au courant de la manifestation effrayante d'une quinzaine d'extrémistes de droite, qui allait le viser personnellement deux jours après, boulevard Saint Germain à Paris. Cette manifestation a été filmée, on peut la voir sur ce lien .
Bernard Schalscha, très inquiet bien sûr de l'antisémitisme ouvert qui s'est affiché lors de cette manifestation, a écrit un article là-dessus dans la "Règle du Jeu". Je le reprends ici avec plaisir.
J.C

L’inquiétant affichage antisémite contre BHL

Un pas vient d’être franchi samedi 31 octobre avec le rassemblement organisé par un groupuscule d’ultra droite catho-intégriste se prenant pour le «renouveau» de notre pays.
La haine antisémite dont Bernard-Henri Lévy fait l’objet n’est pas nouvelle. Elle se déchaîne surtout ces temps-ci sur le Net, où l’on trouve même des groupes Facebook entièrement dédiés aux vomissures que déversent de dangereux minables aux patronymes d’origines les plus diverses – sans que, soit dit en passant, ni les autorités judiciaires de la République ni les responsables du réseau social ne trouvent rien à y redire. Mais un pas vient d’être franchi samedi 31 octobre avec le rassemblement organisé par un groupuscule d’ultra droite catho-intégriste se prenant pour le «renouveau» de notre pays, dont ils incarnent bien plutôt le passé pétainiste le plus écœurant. Une quinzaine de petits fachos ne font pas le printemps (français), certes, mais il est révélateur que ces arriérés se soient lancés dans une initiative destinée à hurler dans la rue, en l’occurrence le boulevard Saint-Germain, ce que les autres se contentent d’écrire depuis leur ordinateur à l’abri de leur chambrette.
Faut-il accorder de l’importance à l’initiative d’un quarteron de débris nostalgiques des ligues factieuses d’avant-guerre cherchant à se faire une place sur le marché de l’antisémitisme ? Oui, car leur pauvre petite mobilisation est malgré tout un symptôme grave du climat sinistre qui tend à se développer en France. Ainsi, le 26 janvier 2014, quelques dizaines de fascistes avaient scandé «Juif, barre-toi, la France n’est pas à toi». C’était une première depuis quelque soixante-dix ans dans une rue parisienne, mais les ordures qui braillaient ça étaient dissimulés dans l’anonymat de la manifestation dite «Jour de colère». Chez leurs frères ennemis – ou peut-être pas si ennemis que ça finalement – islamistes et nationalistes arabes, les invectives contre les Juifs ont aussi fusé à diverses reprises ces dernières années. Mais là encore ceux qui les ont proférées étaient noyés au milieu de leurs petits camarades de cortège. Ce qui différencie la dernière démonstration antisémite ciblant BHL, c’est qu’elle est ouvertement revendiquée par un groupe qui affiche clairement son nom et dont les membres, leur chef en tête, savent qu’ils seront aisément identifiés puisque ils assument d’être sur la vidéo tournée à l’occasion et mise en ligne. Ces gens tentent de franchir ostensiblement une ligne rouge.
Il fut un temps où les petits fachos de ce genre recevaient la correction méritée lorsqu’ils cherchaient à faire suinter publiquement leur pus antisémite. Ce temps est révolu, et c’est une bonne chose. Car la République s’est dotée de lois réprimant le délit de provocation « à la discrimination, à la haine ou à la violence l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ». On ne peut dès lors douter que la justice fera son travail en déclenchant les poursuites qui devront aboutir à des inculpations puis à des jugements et, bien sûr, des condamnations.
Les pauvres types qui se sont rassemblés samedi dernier boulevard Saint-Germain se sont cependant bien gardés d’utiliser le mot «juif». Courageux mais pas téméraires, et peut-être que papa et maman ne payeraient pas l’amende si elle était trop lourde. Mais nul n’est dupe, c’est-à-dire qu’aucun magistrat ne peut être dupe des formulations employées, comme par exemple «milliardaire talmudiste». Une rapide recherche sur le Net démontre que «talmudiste» est devenu le terme codé de l’extrême droite pour tenter de contourner les procès pour antisémitisme. Les juges sauront aussi parfaitement comprendre ce que signifie demander que l’on retire à Bernard-Henri Lévy la nationalité française. En cas de besoin ils pourront ouvrir avec profit leurs livres d’histoire au chapitre Vichy.
Il est heureux que plusieurs associations (UEJF, Egam, SOS Racisme) aient élevé de fermes protestations. Mais c’est loin de suffire. On attend maintenant les réactions des politiques, des intellectuels, des autorités. Il ne s’agit pas de défendre la personne de BHL. Il s’agit de défendre ce qui a été visé en lui : le Juif. S’attaquer à BHL parce qu’il est juif, c’est attaquer tous les Juifs. C’est s’attaquer à la démocratie française. Personne ne peut laisser passer ça.

Bernard Schalscha
La Règle du jeu, 5 novembre 2015