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02 novembre 2009

Une conférence internationale à Tunis parle de la religion « comme d'une force pour la paix »

Parvenir à la paix par le biais de la religion a été le principal sujet des débats lors d'une conférence universitaire internationale de trois jours qui a ouvert ses portes le 7 octobre à Tunis. Des universitaires provenant de plusieurs disciplines se sont réunis à Tunis pour parler de la manière dont la religion peut créer une plus forte implication en faveur de la paix.
L'Institut supérieur de théologie de Tunis et la fondation allemande Konrad Adenauer ont organisé cette conférence à l'occasion de la Journée internationale de la paix, que la Tunisie a célébrée. Des universitaires de pays arabes, du Maghreb et d'Europe ont parlé de l'impact de la religion sur la culture de la paix, l'éducation, la société civile, l'immigration, la législation internationale et les défis mondiaux à la paix.
« Un examen plus approfondi du cœur même des religions montre que les différends et les conflits sont en contradiction avec l'essence de ces croyances, qui, toutes, appellent au dialogue, à la tolérance et à la coexistence », a déclaré le directeur de l'Institut supérieur de théologie, Laroussi Mizouri, en se référant aux conflits en Irlande du Nord, au Cachemire et en Palestine.
Les participants ont reconnu que l'une des composantes importantes à la mise en place de la paix consistait à diffuser la notion d'"éducation à la paix" chez les enfants et les jeunes adultes.
« Il est grand temps que nous incluions l'éducation à la paix et la pédagogie de la non-violence dans nos politiques et nos programmes d'enseignement, comme l'avait recommandé l'Assemblée générale des Nations Unies en 1998 », a déclaré Iqbal Gharbi, professeur d'anthropologie à l'Université Zitouna de Tunis. Elle a encouragé son auditoire à créer la paix en « posant les fondements des valeurs de coopération plutôt que de rivalité, et en transmettant les principes de solidarité, plutôt que de concurrence, aux jeunes générations, parce que la pédagogie de la paix appelle à la dissolution de la culture de la violence ».
Les participants à cette conférence devraient œuvrer à l'inclusion de l'éducation à la paix dans les programmes d'enseignement formel de leurs enfants, a-t-elle ajouté. « L'éducation à la paix forme les enfants aux techniques du dialogue sérieux, c'est-à-dire à la nécessité d'écouter l'autre, et à se mettre à la place de cet autre pour mieux comprendre son point de vue », a-t-elle conclu.
Le Prince jordanien Hassan Bin Talal, qui préside le conseil d'administration de l'Institut royal d'études interconfessionnelles de son pays, s'est adressé par voie de télévision aux participants à cette conférence : « Les esprits et les âmes sont aujourd'hui obsédés par la rage, l'aliénation, la séparation et la confrontation, à la fois dans nos relations avec les autres au sein de notre communauté et dans nos relations avec le monde extérieur », a-t-il déclaré. Il a demandé aux Musulmans de répondre à ces violations de la foi islamique, et appelé les croyants à revenir aux principes fondateurs de la foi, la compassion, la justice et le débat non passionnel.
Sami Brahem, spécialiste en théologie islamique et participant à cette conférence, a proposé son point de vue sur « les raisons pour lesquelles les religions ne parviennent pas à être des moyens de propagation de la paix entre les nations, bien qu'elles prêchent l'amour, la paix et le salut ». « Le plus gros problème qui empêche les religions de répandre la culture de la paix tient à leur manquement à engager un dialogue les unes avec les autres », a-t-il ajouté

Il a terminé son propos en citant le célèbre poète Jalal Addin Rumi (1), qui affirmait que la vérité est comme un miroir tombé du ciel et qui s'est brisé en milliers de morceaux. Chacun en ramasse un morceau, qu'il tient pour la vérité intégrale. « Pour parvenir à la vérité, nous devons rassembler toutes les pièces », a-t-il conclu.
Bien que cette conférence internationale de Tunis, qui a parlé de la religion comme d'un catalyseur de paix, soit importante le plus important reste à faire ; à savoir que les Musulmans doivent cesser de faire porter à la politique étrangère le problème de l´extrémisme, parce que deux maux ne font tout simplement pas un bien. L´islamisme est principalement un problème musulman, qui menace aussi bien les sociétés musulmanes que non musulmanes. Nous devons reconnaître que quand des extrémistes parlent d’aller tout droit au Paradis après avoir fauché des vies innocentes, nous avons à faire à un problème théologique.
Le problème de l´extrémisme musulman est né dans le monde musulman, et la responsabilité de le résoudre nous incombe. Il est temps que la majorité musulmane pieuse, silencieuse et éprise de paix élève la voix. Parlons plus fort que les voix radicales qui prétendent nous représenter.

Ftouh Souhail,
Tunis

(1) Jalal Addin Rumi est un mystique musulman persan qui a profondément influencé la culture arabe. Il avait des prises de position assez novatrices par rapport au pouvoir politique et au dogme musulman. Il aimait à fréquenter les Chrétiens et les Juifs tout autant que ses coreligionnaires. L'UNESCO a proclamé l'année 2007 année en son honneur, pour célébrer le huitième centenaire de sa naissance. Beaucoup de ses œuvres furent d'ailleurs traduites en français.