Notre radio

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27 août 2007

Zehava Ben, "tu es ma vie" et les crimes d'honneur !

Que voici un titre bien étrange pour ce post !

Quelques mots d’explication :
- Zehava Ben, dite aussi "le rossignol du Néguev" est née à Beer-Sheva en 1968 dans une famille juive marocaine immigrée en Israël dans les premières années de l’État, comme des centaines de milliers d’originaires de cette communauté. Elle est devenu le symbole vivant de la musique "mizrahi" (judéo-orientale) dans son pays, avec plusieurs titres à succès et surtout la comédie musicale "Tipat Mazal", "un brin de chance" (plus de détails sur Wikipedia). A noter enfin que, les premières années de mon émission, le "jingle" était tiré de l'un de ses CD (pour mémoire, celui que vous entendez aujourd'hui est la bande originale du film "Lawrence d'Arabie").
- "Inta Omari 2006" est la reprise du standard de la célèbre chanteuse égyptienne Oum Kalsoum, "Enta Omri", en français : "tu es ma vie" : titre d’une chanson d’amour passionné comme on le devine, et vous comprendrez tout, en visionnant ce clip musical !
- On y voit donc la délicieuse Zehava Ben à la bouille toute ronde, plus vraie que nature en bédouine à coiffe noire sertie de bijoux, et surtout on entend sa voix rauque s’élever alors que sous nos yeux est planté le décor du drame : un campement bédouin, avec (étrangement "kitch"), des violonistes jouant dans le désert ; l’arrivée d’un bel inconnu, au sourire charmeur sous le keffieh rouge ; un autre jeune (sans doute le frère de l’héroïne ?) toisant l’inconnu, puis courant pour informer la tribu de son arrivée.
- Et c’est là qu’apparaît "le pépé", ce sale type de pépé qui doit être le père de la chanteuse : belles et fières moustaches de patriarche, sourire de faux jeton invitant le voyageur à venir boire le thé sous la tente, et je te verse le breuvage, et je te toise sous toutes les coutures.
- Pendant ce temps, très vite comme dans une tragédie grecque, le drame s’est noué : un échange de regards qui tuent, littéralement un "coup de foudre", et la pauvre bédouine s’imagine déjà fuyant son clan et voguant avec le bel inconnu à dos de chameau. Le malheureux soupirant a juste le temps de l'approcher, de lui soulever le voile, de lui caresser la joue, et le frérot court dénoncer les "jeunes criminels" au pépé, autoproclamé gardien des bonnes mœurs : et voici donc le patriarche sortant un vieux fusil de derrière les fagots, un coup de feu, et le jeune prétendant est tué net !

Voilà, vous avez compris maintenant pourquoi je vous ai parlé de "crime d’honneur" ... Cette chanson évoque une tragédie qui touche des milliers de jeunes filles au Moyen Orient, assassinées (elles et/ou leurs téméraires prétendants) dans l’indifférence totale de la plupart des ONG, qui ne voient les puces que sur le dos des démocraties et ne vont surtout pas fouiner sur ce que font les "pères la terreur" dans leurs tribus ! Un sujet déjà évoqué sur le blog à propos de "Souad, brûlée vive", un livre bouleversant (lire sur ce lien), mais qui hélas n’a pas encore donné lieu à une émission. Écoutez cette chanson arabe, admirez la vérité de cette reconstitution tournée en Israël - et surtout, surtout, ne l'oubliez pas lorsque l’on vous jouera du pipeau sur l’air « du relativisme culturel » !

J.C