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09 avril 2015

Archives syriennes ... pour les passionnés !



La semaine dernière, mes fidèles lecteurs le savent, s'achevait un "Mois de la Syrie" particulièrement riche puisque 30 articles ont été publiés au total, les autres publications faisant exploser aussi le compteur pour le mois de mars ! Des publications "intemporelles" pour la plupart, ce qui fait l'intérêt de tels dossiers qui peuvent être lus et relus sur la durée.
Je n'avais  pas - comme fait pour d'autres pays de ces "mois de" -, mis les liens sur des articles d'actualité datant des années antérieures et portant sur la Syrie. Je le fais aujourd'hui pour vous permettre d'avoir une vision "panoramique" dans le temps et depuis 10 ans.

En relisant toutes ces autres publications, je dois dire qu'une chose saute aux yeux : il y a très clairement deux "Planètes" différentes, celle des années antérieures à la Révolution, et celles de la guerre civile depuis 2011 ; comme pour mes émissions de radio, la quantité d'articles a explosé depuis cette date, puisque depuis 4 ans j'ai au compteur 77 articles sur la Syrie, alors qu'il n'y en avait eu que 22 pour les années précédentes.
 
Pour ce qui concerne le suivi très régulier de cette guerre, vous pouvez vous pencher sur les archives regroupées en colonne de gauche sou le titre "Révolutions arabes et suites", et en déroulant les années 2011 à 2015 pour la Syrie ;

Pour ce qui concerne les années 2005 à 2010, il vous suffira de cliquer sur l'un des libellés par année, à la fin du présent article.

Quelques commentaires sur les articles qui ont entre 10 et 5 ans d'ancienneté :
- Je réalise, en relisant notamment les articles très fouillés que m'envoyait à l'époque Isabelle-Yaël Rose depuis Jérusalem, combien à l'époque "tout le monde se parlait" : une diplomatie française active ; des Russes jouant aux intermédiaires ; des États-Unis encore puissance dominante et potentiellement influente dans tous les conflits et micro-conflits ; une Ligue Arabe jouant les arbitres au Liban ou ailleurs ... que cela semble loin ! Aujourd'hui, les Russes sont uniquement les alliés et pourvoyeurs d'armes de l'Iran, de ce qui reste du régime Syrien et de leurs obligés, véritables alliés locaux ; le retrait américain est une réalité même si - mais j'y reviendrai  plus tard - le projet d'accord sur le nucléaire iranien annonce peut-être un retour des USA dans le jeu diplomatique, mais un retour fort menaçant pour Israël ; 
- Mais je réalise surtout que presque toute la région a "implosé", chaque pays étant devenu soit le théâtre d'une guerre civile, soit une forteresse menacée par un acteur nouveau et qui intervient partout : le Djihadisme, passé du stade des attentats terroristes à la prise de contrôle de vastes territoires. Cela, personne ne l'imaginait à l'époque ;
- Dans ce contexte, toutes les supputations sur un jeu autonome de la Syrie par rapport à l'Iran ont disparu ; aujourd'hui il y a en affrontement direct les Sunnites d'un côté, les Chiites de l'autre et chacun joue sa survie ;
- Enfin, vu d'Israël, les "manettes" diplomatiques qu'il pouvait actionner à l'époque ont toutes disparues : plus de médiation turque envisagée avec la Syrie après la rupture avec Ankara ; plus de discussions avec l'Autorité Palestinienne pour contrer le Hamas ; cela est le résultat de la beaucoup de facteurs et pas seulement de l'autisme du gouvernement Likoud revenu aux affaires depuis 2009 ; mais cela n'enlève en rien un sentiment d'amertume, et surtout d'inquiétude pour l'avenir.

Bonnes lectures pour les courageux !

J.C

22 novembre 2010

Damas, capitale du boycott arabe ... et de l'antisémitisme

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La 85ème conférence des officiers de liaison des bureaux régionaux arabes du boycottage d'Israël a ouvert pour 3 jours ses travaux  le jeudi 27 octobre 2010  à Damas. Avec la participation de 15 pays arabes.

Le sous–secrétaire général de la Ligue Arabe pour "Les affaires de la Palestine et des territoires arabes occupés", Mohammad Soubeih, a affirmé que "le boycott d'Israël est le devoir de tout Arabe et Musulman". De son côté, le chef de la délégation de la Palestine, Anwar Abdel Hadi, a affirmé que "le boycott est l'un des moyens nécessaires pour affronter l'entité sioniste".

L’antisémitisme arabe, qui a aujourd’hui le visage de la Ligue Arabe, se manifeste  à chaque occasion par ces conférences dites de "boycott d'Israël". Le slogan du boycott d'Israël est aujourd’hui l’arme du choix des tyrans, des dictateurs et des gouvernants de ces États totalitaires. Il détourne les populations arabes des troubles publics qui pourraient se déclencher à n’importe quel instant, de la colère,  de la pauvreté, de l’ignorance,  de la maladie, des inégalités économiques et de la négation des droits de l’homme. La Ligue Arabe, qui est un véritable club de pays autoritaires,  a épousé de multiples formes de la haine d’Israël. Il s’agit plutôt d’un antisémitisme politique qui fait de l’État juif la poubelle dans laquelle les pays arabes  vident toutes les frustrations. C’est pour cela que le  seul  combat qui rassemble le plus grand nombre des pays arabes, c’est bien le boycott d'Israël.

Le monde arabe représente 350 millions d'habitants et presque une fois et demi la surface de l'Europe, d'un bout à l'autre ce sont  des gouvernements qui s’appuient davantage sur la brutalité que sur l’autorité de la loi. Israël au Moyen Orient semble aujourd'hui un îlot de démocratie de progrès au milieu d'un océan de dictatures rétrogrades. Comment alors ne pas susciter la jalousie ? Le succès d’Israël inquiète les pays arabes. De plus, les régimes arabes en place n'ont d'autre but que de se perpétuer, sans aucune place pour une véritable expression populaire. Tous les pays arabes sont dans un équilibre fragile, le pouvoir pouvant être renversé du jour au lendemain par la force ou par des urnes truquées ou non, au profit d'un régime islamiste encore plus violent et arbitraire.

Les pays arabes semblent prendre conscience d’une chose: Israël domine largement l’ensemble de ce monde… au niveau scientifique en tout cas. Donc il faut  le boycotter.

En effet, Israël est une "success story" comme disent les anglo-saxons, sur les plans technologiques, économiques, financiers, sur le plan des "start-up", de l'esprit d'entreprise, sur le plan des performances, du nombre de prix Nobel par habitant, des différents prix reçus dans tous les domaines notamment culturels. Sur le plan politique, Israël est  une exception : c’est le seul pays dans toute la région qui soit dirigé par un gouvernement contrôlé par une Assemblée démocratiquement élue.

De fait, Israël sera toujours la première cible des dictateurs arabes et de leurs dirigeants qui sont  les plus  vieux  dans la planète. Ce petit bout de terre  cristallise les haines et les passions de ces gens  qui n’ont pas réussi à construire des pays démocratiques. Nous pourrions ici  revenir sur l’antisémitisme arabe intrinsèque qui remonte à la nuit des temps, et qui a jalonné l’histoire de ces pays après leur indépendance, sans relâche et sans raison, avec son cortège d’horreurs les plus inconcevables pour un esprit simplement "humain". Un million de Juifs ont fui  les pays arabes ou en ont été expulsés, après l’application de lois discriminatoires,  des spoliations, des extorsions, et dans certains états des arrestations, des internements et des exécutions.

L’État Juif a lutté  avec dignité pour recueillir tous  les réfugiés Juifs des pays arabes, rendus apatrides. Cet État était d’ailleurs  la réponse à l’antisémitisme arabe.Le déplacement des Juifs des Pays Arabes n’était pas seulement la conséquence de la  proclamation de l’indépendance, d’Israël  et de l’humiliante défaite des Arabes. Les ingrédients de l’expulsion étaient déjà là, bien avant 1948. Les États de la Ligue Arabe avaient rédigé en novembre 1947 une loi désignant leurs Juifs d’"étrangers ennemis". Et les minorités non- musulmanes,  étaient rejetées et méprisées dans l’Histoire comme "dhimmis" (protégées), avec peu de droits, qui  étaient déjà opprimées par des régimes pan-arabes inspirés des Nazis. Comme l’exprime l’historien Nathan Weinstock, même les Juifs d’Allemagne de 1939 n’ont pas été si bien "ethniquement nettoyés".

Les pays arabes Arabes vivent aujourd’hui le pic d’une décadence   totale. Leur  vision politique est  déjà anachronique, obsolète, faite de fantasmes, de mirages et de délires. La survie  de leurs régimes est tributaire de la haine des juifs. Face à un sentiment d’échec et d’impasse du monde arabe, il faut donc boycotter l'état hébreu  faute de pouvoir le rivaliser.

Ftouh Souhail, 
Tunis

31 mai 2010

Israel, les Arabes et l'Iran : Chawki Freiha sera mon invité le 6 juin

Le cheikh Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah

Nous allons revenir, pour le prochain numéro de « Rencontre » et pour le suivant, au pays du Moyen-Orient qui nous angoisse le plus, et ce pays bien sur, c’est l’Iran. Pour en parler, j’aurai comme invité un expert que mes auditeurs commencent à bien connaître, Chawki Freiha. Rappelons que c’est un journaliste franco-libanais, responsable du site Internet « mediarabe.info », en lien permanent sur mon blog. En cliquant sur son nom en libellé, vous retrouverez les présentations de nos entretiens précédents. Ensemble nous nous retrouvons, à peu près chaque année, pour faire un point de la situation au Moyen-Orient, et en priorité pour parler de son pays, le Liban, qui hélas et au fil des ans est devenu un pays de la confrontation avec Israël. J’apprécie d’autant plus sa fidèle contribution sur la fréquence juive, car j’imagine combien il craint pour le Liban une guerre qui serait la volonté de puissances étrangères - et en particulier de l’Iran. Nous commencerons, en première moitié d’émission, par évoquer l’actualité politique à Beyrouth, pour essayer de comprendre pourquoi le bel espoir du mouvement du 14 mars et d’un pays libéré après le départ des troupes syriennes, est complètement retombé, avec les déclarations d’allégeance de pratiquement tous les leaders libanais envers Damas. Mais nous essaierons de voir aussi s’il s’agit d’une grille de lecture uniquement syro-libanaise, ou si la fracture est beaucoup plus vaste dans la région, entre ceux qui jouent la carte iranienne et ceux qui essaient d’y résister : c’est pourquoi, en deuxième partie d’émission, nous passerons en revue différents pays arabes, et en particulier ceux du Golfe qui seraient aux premières loges en cas de guerre impliquant la République Islamique.

Parmi les questions que je poserait à Chawki Freiha :

- On parle de plus en plus d’un risque de guerre, cette année, entre Israël et le Hezbollah ; on a en parlé d’ailleurs très récemment avec les grandes manœuvres de défense passive où a été simulée une attaque générale, avec une pluie de missiles venant à la fois du Liban, de Syrie, de la bande de Gaza et d’Iran bref une guerre généralisée. Qu’en pense la population libanaise à la veille de la saison touristique ? Pense-t-elle une guerre possible, et à l’initiative de qui ?
- On a vu deux leaders du mouvement du 14 mars, le druze Walid Joumblat et le sunnite Saad Hariri, prendre le chemin de Damas et quasiment faire allégeance aux Assad, alors que leurs propres pères ont été tués par cette dynastie sanguinaire. Comment l’expliquer ? Et n’y a-t-il plus aucune voix libre au Liban ?
- On a vraiment l’impression que, sans rien céder aux Occidentaux, le régime de Damas a accumulé des succès diplomatiques impressionnants. L’isolement par les pays occidentaux est terminé, mais l’alliance avec l’Iran est confirmée, plus que jamais, on a eu ainsi au début de l’année une réunion au sommet, à Damas, avec Ahmadinejad et Nasrallah ; mais, en plus, on est en train de revivre les belles heures de la guerre froide : le président russe Medvedev vient de faire une visite en Syrie, où il a signé des contrats pour des armes ultra modernes, et même pour une centrale nucléaire ! Comment l’expliquer ?
- En cas de conflit avec l’Iran, qu’est ce qui l’emporterait chez l’homme de la rue arabe : la sympathie pour la République islamique, qui incarne la « résistance » face aux Occidentaux, ou la peur à la fois des Perses et du Chiisme ?
- Quid des différents pays du Golfe dans le cas d’un conflit éventuel ? Les Emirats du Koweit, du Qatar, de Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, le Yémen ont-ils déjà choisi leur camp ?

Une émission passionnante sur un sujet plus que brûlant ... j’espère que vous serez nombreux à l’écoute !

J.C

01 février 2010

Les Forces du 14 mars après la formation du nouveau gouvernement libanais : de la victoire électorale à la défaite politique ...

Introduction

Le 7 Juin 2009, les Forces du 14 mars remportaient les élections législatives libanaises. Cinq mois plus tard, le 9 novembre 2009, l´opposition réussissait à renverser sa défaite électorale, avec l´approbation par le président libanais Michel Suleiman d´un gouvernement représentant une victoire pour l´opposition. En outre, avec le nouveau gouvernement, la Syrie reprenait les rennes du Liban, cette fois dans le cadre d´un arrangement entre l´Arabie saoudite et la Syrie. Nicolas Nassif, chroniqueur du quotidien libanais d´opposition Al-Akhbar, commente : "Il est dorénavant clair pour toute la communauté internationale que la clé de la stabilité du Liban et de son régime ... se trouve entre les mains de son voisin [la Syrie]." [1]

Ci-dessous une analyse des raisons de ce revirement, au vu des concessions faites par les Forces du 14 mars.

Comment les Forces du 14 mars sont passées de la victoire électorale à la défaite politique et à la désintégration

1. Beyrouth tombe aux mains du Hezbollah en mai 2008
La prise de Beyrouth et d´autres régions du Liban par le Hezbollah, le 7 mai 2008, ont eu et continuent d´avoir un impact profond sur la population libanaise, en particulier sur les leaders des Forces du 14 mars. Le fait que le Hezbollah ait retourné ses armes contre ses rivaux au sein du pays, et l´Accord de Doha du 21 mai 2008, conclu avec la médiation de pays arabes, qui a résolu la crise à l´avantage du Hezbollah, ont poussé les Forces du 14 mars à éviter toute nouvelle confrontation directe avec le Hezbollah - même au niveau politique - de peur qu´il ne recoure une fois de plus à la force. Les menaces voilées ou explicites des dirigeants du Hezbollah de répéter les événements du 7 mai n´ont fait que confirmer ces craintes. [2] Le refus du Hezbollah de rendre les armes, et sa volonté de les utiliser contre ses adversaires politiques, ont contraint les Forces du 14 mars à des concessions considérables. [3]

2. L´Accord entre l´Arabie et la Syrie pour que le Liban ait un gouvernement d´union nationale, quel que soit le résultat des élections
Après les élections de juin 2009, la Syrie et l´Arabie saoudite auraient convenu à l´avance qu´un gouvernement d´unité nationale, plutôt qu´un gouvernement de la partie gagnante, serait établi au Liban. [4] Le président libanais Michel Suleiman a ajouté à cette pression en affirmant à plusieurs reprises qu´il n´approuverait aucun autre type de gouvernement. [5]

3. Le retrait de Walid Joumblatt de la coalition des Forces 14 mars
Depuis mai 2008, et suite à la prise (par les armes) de Beyrouth et d´autres régions du Liban par le Hezbollah - laquelle a entraîné de violents affrontements entre druzes et chiites au Mont-Liban, Joumblatt a pris la décision stratégique de céder face à la puissance dominante au Liban - les chiites - et de rejoindre l´opposition. Il a annoncé ce volte-face lors d´une réunion à huis clos tenue en la présence de loyaux cheiks druzes, auxquels il a expliqué que face à la montée en puissance des chiites, les druzes n´a vaient d´autre choix que d´accepter la coexistence - s´ils voulaient assurer leur propre survie. [6] Ce rapprochement a donné lieu à des entretiens entre Joumblatt et ses hommes d´une part, Hassan Nasrallah et d´autres dirigeants du Hezbollah de l´autre. Les récentes déclarations faites par le leader druze en faveur de la résistance et de son droit à porter les armes indiquent clairement la réalité de ce rapprochement. Joumblatt a également changé de position vis-à-vis de la Syrie. Le leader druze, qui jusqu´alors était considéré comme un fervent adversaire de la Syrie au Liban, ne cesse a présent de répéter que "la Syrie est la profondeur [stratégique] naturelle du Liban" et que les relations avec elle doivent être excellentes. [7] Au cours de l´année écoulée, M. Joumblatt a échangé des messages avec les dirigeants syriens, et il prépare actuellement un voyage à Damas dans le but de renouer avec les dirigeants syriens. [8] Le volte-face de Joumblatt a eu un impact très important sur la scène politique libanaise, en particulier au lendemain des élections parlementaires de juin 2009. Aujourd´hui, Joumblatt se déclare non affilié aux Forces du 14 mars, mais en même temps, il soutient Saad Al-Hariri, leader de faction Mustaqbal, et affirme faire partie du bloc de la majorité parlementaire. Ces déclarations n´ont toutefois aucun poids, puisque Joumblatt, compte tenu de sa nouvelle alliance et de la priorité accordée à la survie de la communauté druze, est susceptible d´adopter le point de vue du Hezbollah et de l´opposition parlementaire lors de futurs scrutins. En effet, ces derniers mois, M. Joumblatt semble s´être encore davantage rapproché de l´opposition, et en particulier du Hezbollah, soutenant les positions et les exigences du mouvement chiite. Par conséquent, le volte-face politique de Joumblatt a complètement neutralisé les Forces du 14 mars en tant que majorité parlementaire, rendant vaine leur victoire aux élections.

4. L´abandon par l´Arabie saoudite des Forces du 14 Mars au profit de la Syrie
En janvier 2009, lors du sommet économique arabe qui s´est tenu au Koweït, le roi d´Arabie saoudite Abdallah bin ´Abd Al-Aziz, s´efforçant d´écarter la Syrie du camp iranien, a lancé une initiative de réconciliation entre l´Arabie saoudite et la Syrie, après des années de tension et de désaccords entre les deux pays. L´initiative saoudienne tentait de parvenir à un accord sur plusieurs questions régionales, dont celle du Liban. Le dialogue entre les deux pays a pris la forme d´une succession de réunions entre le président syrien Bachar Al-Assad et le roi Abdallah, et à Damas entre Assad et des émissaires du roi d´Arabie Saoudite, notamment le fils du roi, le prince Abd Al-Aziz ben Abdallah. Avant déjà les élections libanaises, la Syrie et l´Arabie saoudite s´étaient entendues pour créer un gouvernement d´union nationale au Liban. Depuis les élections de juin 2 009, la Syrie et l´Arabie saoudite sont intervenues directement pour influer sur les efforts de Saad Al-Hariri visant à créer un nouveau gouvernement, et se sont entretenues à plusieurs reprises pour parvenir à un arrangement.
Au début, il était évident que l´Arabie saoudite défendait les intérêts de ses alliés au Liban et s´efforçait de préserver leur victoire aux élections. En effet, les exigences de l´Arabie saoudite, telles que formulées dans le cadre du dialogue saoudo-syrien, coïncidaient avec celles des Forces du 14 mars. Celles-ci incluaient notamment la délimitation de la frontière syro-libanaise et l´abolition du Conseil suprême syro-libanais. La Syrie, pour sa part, a refusé d´acquiescer à ces demandes. [9] Il semble toutefois que les développements régionaux au Moyen-Orient - la puissance grandissante de l´Iran, la menace chiite yéménite contre l'Arabie saoudite, soutenue par l´Iran, les efforts du président américain Obama pour parvenir à un accord avec l´Iran, marginalisant ce faisant l'Arabie saoudite et le camp arabe sunnite, et la consolidation du régime chiite en Irak - tous ces éléments ont conduit l´Arabie saoudite à la conclusion de la nécessité d´encourager le dialogue et le rapprochement avec la Syrie. En conséquence, elle a exercé des pressions sur les Forces du 14 mars pour que celles-ci fassent des concessions en vue d´un accord qui placerait à nouveau le Liban sous tutelle syrienne. Dans un article du 14 novembre 2009, le chroniqueur Nicolas Nassif révèle qu´au cours du sommet des 7 et 8 octobre 2009 entre le président syrien Bachar Al-Assad et le roi Abdallah, ce dernier a exprimé le souhait que la Syrie reprenne son ancien rôle au Liban. Selon Nassif, après ce sommet, Assad aurait exercé des pressions sur ses alliés de l´opposition libanaise et accéléré la création d´un gouvernement au Liban. [10] En outre, Ibrahim Al-Amin, président du conseil d´administration d´Al-Akhbar, a récemment publié un article où il affirme que suite au sommet d´octobre, le roi Abdallah avait clairement fait savoir à Saad Hariri qu´il souhaitait accélérer la mise en place du gouvernement et que des concessions étaient nécessaires, alors qu´Assad avait fait comprendre à ses alliés qu´il n´attendait aucune concession de leur part. [11] Le 6 novembre 2009, Al-Safir et Al-Akhbar rapportaient que le président Assa d avait demandé au roi Abdallah de convaincre Hariri de confier à Michel Aoun le portefeuille de l´Energie. [12] Le 7 novembre 2009, Ibrahim Al-Amin écrivait que c´était le fils du roi d´Arabie saoudite, le prince Abd Al-Aziz ben Abdallah, qui avait fait pression sur Saad Al-Hariri pour qu´il confie à Michel Aoun les portefeuilles des Télécommunications et de l´Energie. [13] Un article publié par le rédacteur en chef du quotidien gouvernemental saoudien Al-Riyadh, Turki Al-Sudairi, le 13 octobre 2009, a ajouté aux pressions de l´Arabie saoudite sur Saad Al-Hariri, lequel campait sur ses positions et refusait de céder aux exigences de l´opposition. L´article suggère que l´instabilité chronique dont souffre le Liban pourrait être atténuée par la restauration du Liban à la Syrie, dont il a été séparé en vertu de l´accord Picot-Sykes des empires colonialistes. [14]

H. Varulkar
Source : MEMRI, Enquête et analyse n° 565,
22 novembre 2009

Se reporter à l’article original en anglais sur ce lien pour les référence numérotées.


Nota de Jean Corcos :
Les analyses de cet article publié à la fin novembre ont été, hélas, tout à fait confirmées par l'actualité de la fin 2009 : les 19 et 20 décembre, en effet, Saad Hariri le nouveau Premier Ministre et leader du "Forces du 14 mars", devait se rendre à Damas comme on va à Canossa ; et y faire allégeance à Bashar al-Assad, dans une déclaration commune orientée - quelle surprise ! - contre "l'ennemi commun", Israël ...