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04 octobre 2010

Arméniens ... et alliés au Hezbollah !

Drapeau arménien

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Introduction :
La place et le rôle des Arméniens au Moyen-Orient n'a pas encore donné lieu à une émission de ma série, et c'est dommage. Non pas qu'ils soient impliqués directement dans le conflit israélo-arabe, ou qu'ils puissent avoir une influence considérable - la majorité de la Diaspora arménienne vit en fait en dehors de la région, en Europe et aux États-Unis, et les communautés en terre d'islam subissent une lente érosion démographique, comme l'ensemble des Chrétiens d'Orient.
Mais les points communs - deux petits peuples millénaires à la religion spécifique -, les destinées tragiques - le génocide arménien de 1915 a en quelque sorte préfiguré la Shoah trente ans plus tard - invitent, a minima, à s'intéresser au sujet. Disons-le tout de suite, en attendant d'en débattre avec un invité je l'espère intéressant : autant les communautés juives et arméniennes ont des relations harmonieuses en Diaspora, et parfois chaleureuses - je me souviens de la banderole des "Arméniens pour Israël", présents à chaque manifestation de soutien -, autant l'attitude des communautés d'Orient, voire de la République d'Arménie - petit état enclavé dans le Caucase et proche diplomatiquement de l'Iran - est beaucoup moins sympathique. Cela se comprend, en partie par la nécessité de maintenir la sécurité de ces minorités, y compris justement en Iran où ils sont les Chrétiens les plus nombreux (environ 400.000), en partie aussi par le fait qu'ils se sont tellement bien intégrés dans certains pays arabes qu'ils en partagent la sensibilité, et parfois l'hostilité par rapport aux "camp occidental" : ceci a été le cas en Syrie, mais aussi et surtout au Liban, où ils ont refusé de participer à la guerre civile des années 1975-1990.
Je vous invite, pour "planter le décor", à consulter l'article de Wikipedia en lien consacré à la Diaspora arménienne, et celui-ci consacré au parti révolutionnaire arménien "Dashnak", dont une fraction connut une dérive terroriste anti turque dans les années 70 et 80 : à cette époque, les militants arméniens avaient souvent leurs bases au Liban, "plate-forme du terrorisme international" jusqu'à l'invasion israélienne de 1982 ... Mais le Dashnak local (orthographié aussi "Tachnag") est aussi un parti politique libanais, qui a fait alliance avec "le camp du 8 mars" (soit le Hezbollah et le "Courant Patriotique Libre" de Michel Aoun) . Pourquoi une telle alliance qui peut sembler contre nature pour des Chrétiens ? J'ai découvert récemment un article très intéressant publié sur un site libanais, celui de "L'Hebdo Magazine" qui est un journal local. On trouvera  sur ce lien l'article complet ... et ci-dessous un large extrait pour comprendre pourquoi un tel alignement arménien sur les pires ennemis de l'état juif !
J.C 
"Depuis des lustres, le Tachnag fait la pluie et le beau temps dans son fief de Bourj Hammoud ainsi que dans la localité de Anjar, dans la Békaa. Soupçonné par ses adversaires de demeurer dans l’opacité, il n’en reste pas moins un parti incontournable au sein de l’arène politique libanaise et il en est bien conscient. Après avoir encaissé une lourde défaite aux législatives de 2009, il réapparaît en forme aux municipales de 2010. La FRA, qui fit ses premières armes contre les Ottomans et les Tsaristes, n’en demeure pas moins un acteur engagé dans le combat pour la défense de la cause arménienne. De nos jours, elle encadre un pan entier de la communauté arménienne du Liban à la manière d’un parti tribunitien, comme ce fut le cas du Parti communiste français des années 1950. Comme le souligne le chercheur et journaliste français Gaïdz Minassian, auteur d’une thèse controversée sur ce parti, «nombreuses sont les familles arméniennes de Bourj Hammoud et ailleurs où l’on naît Tachnag, on se marie Tachnag… et l’on meurt Tachnag». Opérant depuis l’Arménie, le Tachnag est un parti international, politiquement orienté et impliqué dans les pays où la diaspora arménienne est présente depuis le génocide de 1915. Isolé des autres partis arméniens, le Tachnag fait cavalier seul dans son combat contre le régime soviétique qui gouvernait l’Arménie. Les communistes arméniens et les militants du parti concurrent Hentchak, à l’époque influents, le taxaient volontiers de parti chauvin et «nationaliste petit bourgeois». Le duel Tachnag/Hentchak connut son paroxysme en 1958, lorsque le Liban s’entredéchirait dans un arrièrefond de guerre froide. Dans ce contexte, c’est tout naturellement qu’une alliance se forgea entre le Tachnag et les Kataëb de Pierre Gemayel dans les années 1960. Mais lorsque la poudrière libanaise s’enflamma, en 1975, le Tachnag s’engagea dans la neutralité dite «positive», refusant de se battre aux côtés des Forces libanaises. Les militants Tachnag voyaient d’un mauvais œil le projet d’unification des rangs chrétiens sous le drapeau maronite. En 1978, des heurts violents eurent lieu à plusieurs reprises entre les Kataëb et les Tachnag à Nabaa. L’année sui vante, le mémorial des martyrs arméniens à Bickfaya fut dynamité. A la fin de la guerre, les dirigeants Tachnag ne souhaitèrent pas entretenir les griefs du passé. Mais un sentiment indélébile de rancœur persiste, il peut être ranimé à n’importe quel moment, comme ce fut le cas lors de la partielle du Metn, en 2007. Cette année-là, une organisation – sans idéologie particulière, si ce n’est son adhésion au 14 mars – fait son apparition dans la sphère politique locale: le mouvement des Arméno-Libanais libres. A l’origine, une poignée d’anciens Tachnag formèrent un courant politique dans la perspective de réunir le plus grand nombre de déçus du Tachnag ... en vain. Malgré un soutien de l’entourage de la famille Hariri, ce mouvement groupusculaire ne put jamais se doter d’une ossature crédible. En février 2009, dans le courant des législatives, un des cadres du mouvement est grièvement blessé au volant de sa voiture à Bourj Hammoud dans une mitraillade. La nouvelle fait le tour de la presse proche du 14 mars, elle suscite l’indignation dans les rangs des partis arméniens liés au Courant du futur, tandis que le QG Tachnag gardait le silence radio. Depuis lors, on n’entendit plus parler des Arméno-Libanais libres, dont le poids politique insignifiant les empêcha de participer aux scrutins électoraux ultérieurs.
La violence révolutionnaire

La FRA, qui franchit la décennie des années 1970, apparaît comme une institution alourdie par le poids de ses structures vieillissantes. Son idéologie – jadis révolutionnaire – se retrouve ébranlée lorsqu’en 1975, émerge l’Asala (Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie), une organisation clandesti ne basée à BeyrouthOuest, parrainée par le FPLP de Georges Habach et de Wadih Haddad. Pour la première fois dans son histoire, la légitimité de la FRA est remise en question à un moment où les actions violentes de groupuscules révolutionnaires font la Une des journaux. Empêtré dans ses difficultés internes, le Tachnag se ressaisit pourtant. Entre 1976 et 1986, des mouvements armés, se revendiquant d’une sensibilité proche de la FRA, émergent: ce sont les Commandos des justiciers du génocide arménien (CJGA), rebaptisés, au début des années 80, Armée révolutionnaire arménienne. Basés au Liban, la plupart des commandos perpètrent des attentats suicide et des assassinats contre des diplomates turcs. Le plus célèbre fut celui du 27 juillet 1983 lors de la prise d’as saut de l’ambassade turque à Lisbonne. Cette action provoqua une vague d’émoi sans précédent au sein de la diaspora arménienne. Originaires de Beyrouth, les corps des membres du commando furent rapatriés en grande pompe au Liban. Aujourd’hui encore, leur sacrifice est commémoré chaque année. (...)
Acteur des relations internationales? «Il faut comprendre que si nous entretenons de bonnes relations avec l’Iran, c’est en raison des liens historiques qui nous lient à ce pays. La présence arménienne y remonte au Moyen Age, et l’Iran est le seul voisin avec qui l’Arménie entretient des relations économiques étroites», martèle Shahan Kahandarian, ancien membre du comité central du Tachnag libanais et rédacteur en chef du quotidien du Tachnag d’expression arménienne, Aztag. Si on prétend que le Tachnag est un indéfectible soutien de l’Iran, c’est qu’il s’inscrit dans un contexte régional particulier. Respectée, la communauté arménienne en Iran y est implantée depuis le XVIe siècle, elle compte aujourd’hui deux représentants Tachnag siégeant au Conseil consultatif (Parlement). Comme son prédécesseur, Hrant Markarian, l’actuel secrétaire général du parti, est un Arménien originaire d’Iran. D’autre part, les relations qui unis sent Erevan et Téhéran sont d’un intérêt stratégique vital pour l’Arménie, car l’Iran (unique allié de l’Arménie dans son voisinage direct) lui livre du gaz et partage une neutralité bienveillante vis à vis du conflit du Haut Karabagh, qui oppose Arméniens et Azéris. Proche de l’Iran, il n’empêche que la FRA est tolérée aux EtatsUnis. Le Tachnag a tissé des liens très étroits avec les responsables américains, notamment à travers le travail opéré en sous-main par son puissant lobby présent aux États-Unis (l’Anca Armenian National Commitee of America, qui occupe la troisième place au top ten des lobbys américains).(...).

Tachnag- Hezbollah: alliés communs

A l’aune du solide partenariat commercial et stratégique scellé entre l’Arménie et son voisin iranien, on peut comprendre l’alliance qui lie le Tachnag libanais et la coalition du 8 mars. Scénario imaginable mais peu probable, il se pourrait que les Iraniens et les Syriens, qui disposent chacun d’une communauté arménienne significative, puissent avoir recours aux Arméno-Libanais pour préserver leurs acquis dans le pays du Cèdre. Il n’en demeure pas moins que la branche libanaise du Tachnag agit de façon autonome par rapport à la base arménienne. En avril 2009, lors de la campagne pour les législatives, le candidat Hagop Pakradounian affirmait au micro de la BBC: «Nous, Arméniens, sommes opposés à l’oppression et à l’occupation israélienne au Sud. (…) Le Hezbollah combat une occupation, nous sommes bien placés pour savoir ce que signifie voir ses terres sous occupation». Serait-ce un calcul politique calqué sur les positions du général Aoun qui motive les orientations du Tachnag? Les Arméniens font-ils preuve de réalisme en se rangeant sous l’aile protectrice de la première force politique et militaire du pays du Cèdre? Autant de questions qui demeurent en suspens. Incontournable au Liban, la présence Tachnag sur le sol turc demeure interdite, du moins tant que la propagande étatique continuera à le diaboliser. De l’autre côté de la frontière (fermée), le Tachnag d’Arménie constitue une force d’opposition non négligeable qui s’est retirée de la coalition gouvernementale en signe de protestation contre le processus de rapprochement arméno-turc récemment gelé. La diaspora poursuit tant bien que mal sa fonction fédératrice, s’inscrivant dans une dynamique transnationale dont les buts affichés sont la reconnaissance internationale du génocide arménien, la défense des droits de la minorité arménienne de Géorgie ainsi que la sécurité de l’Arménie et du Haut Karabagh. Autre volet, le maintien de l’identité arménienne de la diaspora qui demeure une question lancinante. A cet effet, les structures actuelles de la FRA (écoles, journaux, associations culturelles, sportives, etc.) devraient faire l’objet d’une nécessaire cure de rajeunissement, si elles ne sou haitent pas suivre le destin malheureux des autres partis politiques arméniens de la diaspora. C’est dans un contexte politique mouvant que navigue le vieux paquebot Tachnag: tantôt dans les eaux troubles libanaises, dans les montagnes du Karabagh ou encore dans les salons feutrés du Congrès américain. Pour sa part, le Tachnag libanais a su s’adapter à son temps et à son environnement. A l’heure de la mondialisation, le parti se cherche une identité à travers ces femmes et ces hommes intégrés dans les structures de leurs pays respectifs. Sans tomber dans le dilemme d’une allégeance multiple, ils œuvrent à construire des ponts entre le monde complexe arménien et leurs patries d’accueil. Le Tachnag libanais n’échappe pas à la règle, partisan de l’unité et de la consolidation de l’État. Ancré dans le pays du Cèdre depuis l’époque du mandat français, le drapeau de ce parti centenaire, à la couleur rouge écarlate des révolutionnaires d’antan, ne s’est pas décidé à battre en retraite."

Tigrane Yégavian 
l'Hebdo Magazine, Beyrouth

31 mai 2010

Israel, les Arabes et l'Iran : Chawki Freiha sera mon invité le 6 juin

Le cheikh Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah

Nous allons revenir, pour le prochain numéro de « Rencontre » et pour le suivant, au pays du Moyen-Orient qui nous angoisse le plus, et ce pays bien sur, c’est l’Iran. Pour en parler, j’aurai comme invité un expert que mes auditeurs commencent à bien connaître, Chawki Freiha. Rappelons que c’est un journaliste franco-libanais, responsable du site Internet « mediarabe.info », en lien permanent sur mon blog. En cliquant sur son nom en libellé, vous retrouverez les présentations de nos entretiens précédents. Ensemble nous nous retrouvons, à peu près chaque année, pour faire un point de la situation au Moyen-Orient, et en priorité pour parler de son pays, le Liban, qui hélas et au fil des ans est devenu un pays de la confrontation avec Israël. J’apprécie d’autant plus sa fidèle contribution sur la fréquence juive, car j’imagine combien il craint pour le Liban une guerre qui serait la volonté de puissances étrangères - et en particulier de l’Iran. Nous commencerons, en première moitié d’émission, par évoquer l’actualité politique à Beyrouth, pour essayer de comprendre pourquoi le bel espoir du mouvement du 14 mars et d’un pays libéré après le départ des troupes syriennes, est complètement retombé, avec les déclarations d’allégeance de pratiquement tous les leaders libanais envers Damas. Mais nous essaierons de voir aussi s’il s’agit d’une grille de lecture uniquement syro-libanaise, ou si la fracture est beaucoup plus vaste dans la région, entre ceux qui jouent la carte iranienne et ceux qui essaient d’y résister : c’est pourquoi, en deuxième partie d’émission, nous passerons en revue différents pays arabes, et en particulier ceux du Golfe qui seraient aux premières loges en cas de guerre impliquant la République Islamique.

Parmi les questions que je poserait à Chawki Freiha :

- On parle de plus en plus d’un risque de guerre, cette année, entre Israël et le Hezbollah ; on a en parlé d’ailleurs très récemment avec les grandes manœuvres de défense passive où a été simulée une attaque générale, avec une pluie de missiles venant à la fois du Liban, de Syrie, de la bande de Gaza et d’Iran bref une guerre généralisée. Qu’en pense la population libanaise à la veille de la saison touristique ? Pense-t-elle une guerre possible, et à l’initiative de qui ?
- On a vu deux leaders du mouvement du 14 mars, le druze Walid Joumblat et le sunnite Saad Hariri, prendre le chemin de Damas et quasiment faire allégeance aux Assad, alors que leurs propres pères ont été tués par cette dynastie sanguinaire. Comment l’expliquer ? Et n’y a-t-il plus aucune voix libre au Liban ?
- On a vraiment l’impression que, sans rien céder aux Occidentaux, le régime de Damas a accumulé des succès diplomatiques impressionnants. L’isolement par les pays occidentaux est terminé, mais l’alliance avec l’Iran est confirmée, plus que jamais, on a eu ainsi au début de l’année une réunion au sommet, à Damas, avec Ahmadinejad et Nasrallah ; mais, en plus, on est en train de revivre les belles heures de la guerre froide : le président russe Medvedev vient de faire une visite en Syrie, où il a signé des contrats pour des armes ultra modernes, et même pour une centrale nucléaire ! Comment l’expliquer ?
- En cas de conflit avec l’Iran, qu’est ce qui l’emporterait chez l’homme de la rue arabe : la sympathie pour la République islamique, qui incarne la « résistance » face aux Occidentaux, ou la peur à la fois des Perses et du Chiisme ?
- Quid des différents pays du Golfe dans le cas d’un conflit éventuel ? Les Emirats du Koweit, du Qatar, de Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, le Yémen ont-ils déjà choisi leur camp ?

Une émission passionnante sur un sujet plus que brûlant ... j’espère que vous serez nombreux à l’écoute !

J.C

01 février 2010

Les Forces du 14 mars après la formation du nouveau gouvernement libanais : de la victoire électorale à la défaite politique ...

Introduction

Le 7 Juin 2009, les Forces du 14 mars remportaient les élections législatives libanaises. Cinq mois plus tard, le 9 novembre 2009, l´opposition réussissait à renverser sa défaite électorale, avec l´approbation par le président libanais Michel Suleiman d´un gouvernement représentant une victoire pour l´opposition. En outre, avec le nouveau gouvernement, la Syrie reprenait les rennes du Liban, cette fois dans le cadre d´un arrangement entre l´Arabie saoudite et la Syrie. Nicolas Nassif, chroniqueur du quotidien libanais d´opposition Al-Akhbar, commente : "Il est dorénavant clair pour toute la communauté internationale que la clé de la stabilité du Liban et de son régime ... se trouve entre les mains de son voisin [la Syrie]." [1]

Ci-dessous une analyse des raisons de ce revirement, au vu des concessions faites par les Forces du 14 mars.

Comment les Forces du 14 mars sont passées de la victoire électorale à la défaite politique et à la désintégration

1. Beyrouth tombe aux mains du Hezbollah en mai 2008
La prise de Beyrouth et d´autres régions du Liban par le Hezbollah, le 7 mai 2008, ont eu et continuent d´avoir un impact profond sur la population libanaise, en particulier sur les leaders des Forces du 14 mars. Le fait que le Hezbollah ait retourné ses armes contre ses rivaux au sein du pays, et l´Accord de Doha du 21 mai 2008, conclu avec la médiation de pays arabes, qui a résolu la crise à l´avantage du Hezbollah, ont poussé les Forces du 14 mars à éviter toute nouvelle confrontation directe avec le Hezbollah - même au niveau politique - de peur qu´il ne recoure une fois de plus à la force. Les menaces voilées ou explicites des dirigeants du Hezbollah de répéter les événements du 7 mai n´ont fait que confirmer ces craintes. [2] Le refus du Hezbollah de rendre les armes, et sa volonté de les utiliser contre ses adversaires politiques, ont contraint les Forces du 14 mars à des concessions considérables. [3]

2. L´Accord entre l´Arabie et la Syrie pour que le Liban ait un gouvernement d´union nationale, quel que soit le résultat des élections
Après les élections de juin 2009, la Syrie et l´Arabie saoudite auraient convenu à l´avance qu´un gouvernement d´unité nationale, plutôt qu´un gouvernement de la partie gagnante, serait établi au Liban. [4] Le président libanais Michel Suleiman a ajouté à cette pression en affirmant à plusieurs reprises qu´il n´approuverait aucun autre type de gouvernement. [5]

3. Le retrait de Walid Joumblatt de la coalition des Forces 14 mars
Depuis mai 2008, et suite à la prise (par les armes) de Beyrouth et d´autres régions du Liban par le Hezbollah - laquelle a entraîné de violents affrontements entre druzes et chiites au Mont-Liban, Joumblatt a pris la décision stratégique de céder face à la puissance dominante au Liban - les chiites - et de rejoindre l´opposition. Il a annoncé ce volte-face lors d´une réunion à huis clos tenue en la présence de loyaux cheiks druzes, auxquels il a expliqué que face à la montée en puissance des chiites, les druzes n´a vaient d´autre choix que d´accepter la coexistence - s´ils voulaient assurer leur propre survie. [6] Ce rapprochement a donné lieu à des entretiens entre Joumblatt et ses hommes d´une part, Hassan Nasrallah et d´autres dirigeants du Hezbollah de l´autre. Les récentes déclarations faites par le leader druze en faveur de la résistance et de son droit à porter les armes indiquent clairement la réalité de ce rapprochement. Joumblatt a également changé de position vis-à-vis de la Syrie. Le leader druze, qui jusqu´alors était considéré comme un fervent adversaire de la Syrie au Liban, ne cesse a présent de répéter que "la Syrie est la profondeur [stratégique] naturelle du Liban" et que les relations avec elle doivent être excellentes. [7] Au cours de l´année écoulée, M. Joumblatt a échangé des messages avec les dirigeants syriens, et il prépare actuellement un voyage à Damas dans le but de renouer avec les dirigeants syriens. [8] Le volte-face de Joumblatt a eu un impact très important sur la scène politique libanaise, en particulier au lendemain des élections parlementaires de juin 2009. Aujourd´hui, Joumblatt se déclare non affilié aux Forces du 14 mars, mais en même temps, il soutient Saad Al-Hariri, leader de faction Mustaqbal, et affirme faire partie du bloc de la majorité parlementaire. Ces déclarations n´ont toutefois aucun poids, puisque Joumblatt, compte tenu de sa nouvelle alliance et de la priorité accordée à la survie de la communauté druze, est susceptible d´adopter le point de vue du Hezbollah et de l´opposition parlementaire lors de futurs scrutins. En effet, ces derniers mois, M. Joumblatt semble s´être encore davantage rapproché de l´opposition, et en particulier du Hezbollah, soutenant les positions et les exigences du mouvement chiite. Par conséquent, le volte-face politique de Joumblatt a complètement neutralisé les Forces du 14 mars en tant que majorité parlementaire, rendant vaine leur victoire aux élections.

4. L´abandon par l´Arabie saoudite des Forces du 14 Mars au profit de la Syrie
En janvier 2009, lors du sommet économique arabe qui s´est tenu au Koweït, le roi d´Arabie saoudite Abdallah bin ´Abd Al-Aziz, s´efforçant d´écarter la Syrie du camp iranien, a lancé une initiative de réconciliation entre l´Arabie saoudite et la Syrie, après des années de tension et de désaccords entre les deux pays. L´initiative saoudienne tentait de parvenir à un accord sur plusieurs questions régionales, dont celle du Liban. Le dialogue entre les deux pays a pris la forme d´une succession de réunions entre le président syrien Bachar Al-Assad et le roi Abdallah, et à Damas entre Assad et des émissaires du roi d´Arabie Saoudite, notamment le fils du roi, le prince Abd Al-Aziz ben Abdallah. Avant déjà les élections libanaises, la Syrie et l´Arabie saoudite s´étaient entendues pour créer un gouvernement d´union nationale au Liban. Depuis les élections de juin 2 009, la Syrie et l´Arabie saoudite sont intervenues directement pour influer sur les efforts de Saad Al-Hariri visant à créer un nouveau gouvernement, et se sont entretenues à plusieurs reprises pour parvenir à un arrangement.
Au début, il était évident que l´Arabie saoudite défendait les intérêts de ses alliés au Liban et s´efforçait de préserver leur victoire aux élections. En effet, les exigences de l´Arabie saoudite, telles que formulées dans le cadre du dialogue saoudo-syrien, coïncidaient avec celles des Forces du 14 mars. Celles-ci incluaient notamment la délimitation de la frontière syro-libanaise et l´abolition du Conseil suprême syro-libanais. La Syrie, pour sa part, a refusé d´acquiescer à ces demandes. [9] Il semble toutefois que les développements régionaux au Moyen-Orient - la puissance grandissante de l´Iran, la menace chiite yéménite contre l'Arabie saoudite, soutenue par l´Iran, les efforts du président américain Obama pour parvenir à un accord avec l´Iran, marginalisant ce faisant l'Arabie saoudite et le camp arabe sunnite, et la consolidation du régime chiite en Irak - tous ces éléments ont conduit l´Arabie saoudite à la conclusion de la nécessité d´encourager le dialogue et le rapprochement avec la Syrie. En conséquence, elle a exercé des pressions sur les Forces du 14 mars pour que celles-ci fassent des concessions en vue d´un accord qui placerait à nouveau le Liban sous tutelle syrienne. Dans un article du 14 novembre 2009, le chroniqueur Nicolas Nassif révèle qu´au cours du sommet des 7 et 8 octobre 2009 entre le président syrien Bachar Al-Assad et le roi Abdallah, ce dernier a exprimé le souhait que la Syrie reprenne son ancien rôle au Liban. Selon Nassif, après ce sommet, Assad aurait exercé des pressions sur ses alliés de l´opposition libanaise et accéléré la création d´un gouvernement au Liban. [10] En outre, Ibrahim Al-Amin, président du conseil d´administration d´Al-Akhbar, a récemment publié un article où il affirme que suite au sommet d´octobre, le roi Abdallah avait clairement fait savoir à Saad Hariri qu´il souhaitait accélérer la mise en place du gouvernement et que des concessions étaient nécessaires, alors qu´Assad avait fait comprendre à ses alliés qu´il n´attendait aucune concession de leur part. [11] Le 6 novembre 2009, Al-Safir et Al-Akhbar rapportaient que le président Assa d avait demandé au roi Abdallah de convaincre Hariri de confier à Michel Aoun le portefeuille de l´Energie. [12] Le 7 novembre 2009, Ibrahim Al-Amin écrivait que c´était le fils du roi d´Arabie saoudite, le prince Abd Al-Aziz ben Abdallah, qui avait fait pression sur Saad Al-Hariri pour qu´il confie à Michel Aoun les portefeuilles des Télécommunications et de l´Energie. [13] Un article publié par le rédacteur en chef du quotidien gouvernemental saoudien Al-Riyadh, Turki Al-Sudairi, le 13 octobre 2009, a ajouté aux pressions de l´Arabie saoudite sur Saad Al-Hariri, lequel campait sur ses positions et refusait de céder aux exigences de l´opposition. L´article suggère que l´instabilité chronique dont souffre le Liban pourrait être atténuée par la restauration du Liban à la Syrie, dont il a été séparé en vertu de l´accord Picot-Sykes des empires colonialistes. [14]

H. Varulkar
Source : MEMRI, Enquête et analyse n° 565,
22 novembre 2009

Se reporter à l’article original en anglais sur ce lien pour les référence numérotées.


Nota de Jean Corcos :
Les analyses de cet article publié à la fin novembre ont été, hélas, tout à fait confirmées par l'actualité de la fin 2009 : les 19 et 20 décembre, en effet, Saad Hariri le nouveau Premier Ministre et leader du "Forces du 14 mars", devait se rendre à Damas comme on va à Canossa ; et y faire allégeance à Bashar al-Assad, dans une déclaration commune orientée - quelle surprise ! - contre "l'ennemi commun", Israël ...

18 janvier 2010

Le plus grand houmous du Monde !

Le houmous entré au Guinness des records

Le sourire du mois
- janvier 2010

« Une cinquantaine de chefs ont confectionné vendredi plus de quatre tonnes de houmous, mets populaire du Proche-Orient, dans le bourg arabe israélien d'Abou Gosh, près de Jérusalem, pour battre le record Guinness de la spécialité jusque là détenu par le Liban.
Le record a été homologué par un juge du Livre Guinness alors que la platée de houmous, large de six mètres, affichait 4.087,5 kilos sur la balance.
Les cuisiniers ont allègrement mélangé une gigantesque pâtée de purée de pois chiches, de graines de sésame, d'ail et des litres d'huile d'olive et de jus de citron.Le précédent record - de quelque 2 tonnes - appartenait depuis le 24 octobre dernier au Liban qui a, semble-t-il, d'ores et déjà l'intention de prendre sa revanche. » (...)

Cliquer sur ce lien pour lire l’intégralité de la dépêche A.F.P relative à cette souriante information !

J’ajouterais quelques commentaires personnels :

- le village d’Abou Gosh (lire sur Wikipedia), dans la banlieue de Jérusalem, est connu pour ses liens d’amitiés avec la population d’Israël : des liens qui datent d’avant la guerre d’indépendance de 1948, et qui expliquent notamment que ses restaurants soient fréquentés par la population de la capitale ;
- spécialité d’Abou Gosh, justement, le ... houmous, objet de ce record ;
- un record israélien grâce à un village arabe, voilà qui me réjouit naturellement et doit faire enrager les pires racistes chez les uns comme chez les autres ;
- enfin, je me réjouis encore plus de voir les Libanais - ou du moins ceux d’entre eux qui haïssent leur voisin, mais qui doivent être quand même une large majorité - prendre une claque pour l’occasion. Comme le rappelle la dépêche, « l'Association des industriels libanais réclame que cette spécialité soit labellisée comme un plat spécifiquement libanais » ; elle avait même menacé Israël d’un (mauvais) procès : il est vrai que ce n’est pas dans le domaine du « High Tech », des nanotechnologies, de l'aerospatial, de l’énergie solaire ou de la recherche médicale que les jaloux du Nord risquaient d’entrer en compétition avec l’état hébreu !

J.C