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27 octobre 2005

Trois femmes


Je voudrais vous parler aujourd'hui de trois femmes et de leurs destinées. Leur histoire a été tragique pour la première, exemplaire pour la deuxième, et extraordinaire pour la troisième. Toutes les trois sont musulmanes. Chacune incarne à elle seule une facette du Monde contemporain, où l'islam est revenu en force sur la scène de l'actualité. Vous trouverez ci-dessous leurs noms et un résumé de leurs histoires !
Shahara Islam (quel nom symbolique !) était une jeune anglaise de 20 ans, d’origine bengalie. Elle avait été élevée dans une famille pieuse, et travaillait comme employée de banque. Elle eut le malheur d’être dans le « tube » londonien le matin du 7 juillet dernier, en chemin vers son travail, à Liverpool Street. Elle fait partie des dizaines de morts innocents de toutes origines, religions et nationalités, assassinés par des salauds se revendiquant de l’islam... A propos de l’attentat de Londres, voir aussi l’article écrit « à chaud » le jour même sur le blog (cliquer ici). Le père de Shahara Islam a dénoncé l'ignominie d'Al-Qaïda, alors que trop de nos "intellectuels" répugnent à condamner le terrorisme, voire pire encore, l'excusent !


Irshad Manji a 4 ans en 1972 lorsqu'elle fuit, avec sa famille musulmane d'origine indienne, l'Ouganda d'Amin Dada, et émigre au Canada, près de Vancouver. Après s'être rebellée contre les écoles coraniques où on veut l'enfermer, Irshad fait de brillantes études, qu'elle vit comme un passeport pour la liberté. Son livre "Musulmane mais libre" est un best seller international, traduit notamment en arabe, en urdu et en hébreu. Lettre ouverte aux Musulmans et non-Musulmans du monde entier où, avec vigueur et clairvoyance, l'auteur appelle chacun à s'interroger sur l'islam traditionnel. En termes crus, provocateurs et très personnels, l'auteur déterre les inquiétants fondements de l'islam pratiqué actuellement : clivages tribaux, antisémitisme, et acceptation aveugle du Coran. Irshad Manji explique comment, concrètement, l'islam pourrait être réformé pour garantir le respect des minorités religieuses et encourager le débat d'idées. Je vous invite à découvrir son site, muslim-refusnik.

Mukhtaran Mai, 33 ans, est une jeune femme pakistanaise qui fut victime d’un viol collectif tribal en juin 2002. Perpétré en public par plus d'une dizaine d'hommes, ce viol avait été ordonné par un conseil de leur tribu parce que le jeune frère de Mukhtaran était soupçonné d'entretenir une relation avec une fille de leur clan. Après ce crime, la jeune femme avait refusé de rester silencieuse et choisi de lutter pour obtenir justice et notamment obtenir la condamnation des violeurs. L'affaire a fait grand bruit au Pakistan et dans la communauté internationale, et un deuxième jugement a été imposé aux responsables du viol qui dans un premier avait été acquittés. Mukhtaran Mai vient d’être élue « femme de l’année » pour son courage par le magazine américain « Glamour ».

A propos des luttes des jeunes musulmanes pour la dignité et de leur fréquent calvaire dans les cités de nos banlieues, je voudrais aussi rappeler le combat de "ni putes ni soumises" (voir en lien permanent), et l'émission diffusée au début de cette année avec Safia Lebdi, leur vice-présidente (cliquer ici).

J.C

27 août 2005

Des femmes courageuses


Le 30 janvier dernier mon invitée fut Safia Lebdi, vice-présidente de l’association « Ni putes ni soumises ». Une manière pour « Rencontre » de rendre hommage à ces femmes courageuses (ce fut d’ailleurs le titre choisi pour présenter ce numéro).

Le combat pacifique de "ni putes ni soumises" (voir le site en lien permanent) a brisé le mur de silence qui recouvrait la condition d’un grand nombre de femmes musulmanes des cités, victimes de violences morales et physiques. Après la mort atroce de la jeune Sohane, brûlée vive à Vitry en 2002 parce qu’elle refusait de se soumettre à la loi d’un petit caïd de banlieue, cette association a posé sur la place publique ce problème refoulé par la République, en organisant une grande marche à travers toute la France en février-mars 2003, marche constitutive du mouvement. Organisation sœur d’« SOS Racisme », elle a aussi travaillé et lutté pour l’intégration des jeunes d’origine maghrébine ou africaine, une intégration non encore pleinement réalisée, ce que comprend enfin notre pays après hélas une longue période de déni. Du courage, il leur en a fallu aussi beaucoup, pour dénoncer de façon extrêmement claire la montée en France d’un antisémitisme nouveau, véhiculé par un islamisme, minoritaire mais très dangereux qui manipule une partie des jeunes d’origine maghrébine. Et enfin, femmes courageuses elles le sont aussi, en étant membres d’une association qui soutient une paix de compromis entre Israéliens et Palestiniens, paix fondée sur la coexistence de deux états viables (voir également en lien le site du collectif "deux peuples - deux états" dont « ni putes ni soumises » fait partie des membres fondateurs).

J’avais eu la chance l’année précédente d’écouter Fadela Amara, leur présidente, présenter ses analyses devant la « commission pour les relations avec les Musulmans » du CRIF, à laquelle j’ai le plaisir de participer. Grippée, elle fut remplacée avec brio par sa jeune vice-présidente que j’ai reçue à Judaïques F.M, et avec laquelle nous avons eu une discussion passionnante en abordant presque tous les sujets, du « foulard islamique » au personnage du « grand frère » dans les cités, en passant par la fracture du front antiraciste depuis le retour des violences entre Juifs et Arabes.

J.C