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16 septembre 2018

Tunisie, un passé juif à reconnaitre : Habib Kazdaghli sera mon invité le 23 septembre

Détail de mosaïque, Synagogue de Naro-Hammam Lif

J’ai intitulé ma prochaine émission : « Tunisie, un passé juif à reconnaitre ». Et c’est presque un jeu de mots, car le verbe « reconnaitre » peut se comprendre dans deux sens. D’abord, littéralement, il s’agit d’une connaissance à se réapproprier au niveau collectif, comme si le peuple tunisien ayant vécu avec sa millénaire communauté juive, qui en était une composante, redécouvrait son passé. Mais « reconnaitre » peut aussi se comprendre dans un sens moral, car les Juifs tunisiens ont été longtemps gommé de la mémoire nationale, et leur contribution à l’Histoire du pays mérite d’être connue par les nouvelles générations, qui ont pratiquement grandi sans jamais en rencontrer. Pour en parler, je recevrai l’intellectuel tunisien sans qui, vraiment, cette reconnaissance n’aurait pas été possible, il s’agit du professeur Habib Kazdaghli. Nous nous connaissons depuis longtemps, puisqu’il a fait partie de mes premiers invités, c’était en 2001. Docteur en Histoire, il est professeur des Universités depuis 2004, et il a été le Doyen de l’Université de Tunis La Manouba de 2011 à 2017. Il a acquis, à son corps défendant, une célébrité nationale quand des étudiants islamistes ont voulu le contraindre à accepter des élèves en niqab, et cela lui a valu et un procès et des menaces. Mais, surtout, il a formé depuis une vingtaine d’années des générations d’étudiants travaillant sur le passé pluriel de la Tunisie.

Parmi les questions que je poserai à Habib Kazdaghli :

-          Qu’est ce qui a conduit un universitaire né au tournant de l’indépendance, certes spécialiste de l’Histoire contemporaine, par ailleurs clairement engagé à Gauche, à s’intéresser à ce passé particulier ?
-          Pourriez-vous donner des exemples de sujets de ces recherches, pour ce qui concerne d’autres minorités jadis présentes en Tunisie ? Même question pour les thèses récentes concernant les Juifs ? Et pourriez-vous rappeler le travail fait en coopération avec des historiens juifs ?
-          La mémoire d’une communauté qui ne vit quasiment plus dans le pays, on peut l’enregistrer dans des travaux universitaires, on peut en tirer des livres mais très peu de gens iront les chercher dans des Bibliothèques. D’où l’idée d’un musée du patrimoine judéo-tunisien, qui comprendrait à la fois des objets matériels et des supports divers pour les présenter, vidéos, enregistrements, etc. Une de vos étudiantes a compilé ce qui existait déjà dans le pays, pourriez-vous en dire plus à nos auditeurs ?
-          Il y a déjà de la matière pour remplir une surface très importante, avec des dizaines de pièces archéologiques, des centaines d’objets rituels ou non, des documents, des manuscrits, des films et cela sans parler de ce qui pourra venir de France ou d’ailleurs. Il y a eu un débat sur l’emplacement de ce Musée, certains souhaitent un bâtiment spécifique, d’autres préfèrent que soit une aile d’un Musée National comme celui du Bardo : qu’en pensez-vous ?
-          Il y a malheureusement la « pollution »de cette mémoire judéo-tunisienne par le conflit israélo-palestinien, conflit qui malheureusement n’en finit pas mais qui provoque beaucoup d’hystérie en Tunisie. Il a été présenté à l’Assemblée il y a quelques mois un projet de criminalisation de toute relation avec Israël : dans le cadre de ce Musée, et vu qu’environ la moitié des juifs tunisiens sont allés vivre là-bas, si un objet ou un document venant d’Israël était proposé, est-ce que cela serait refusé ? Si vous organisez un colloque à Tunis, est-ce que des historiens israéliens seraient interdits de participation ?
-          Vous avez pris l’initiative de faire venir à Tunis une exposition réalisée par le « Holocaust Memorial » de Washington, et il y a eu des incidents : est-ce que vous pourriez raconter cela ?

Un sujet capital pour la mémoire judéo-tunisienne, et qui n’intéresse pas que le « Tunes » : soyez nombreux à l’écoute !

J.C