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02 avril 2015

Nouvelle Knesset, rien de changé ?

Session d'ouverture de la 20ème Knesset, 31 mars 2015
(cliquer sur l'image pour agrandir)

J'avais décidé d'attendre un petit moment pour écrire un article suite aux élections israéliennes, pour deux raisons :
- attente de la formation effective d'un nouveau gouvernement "Bibi 4", permettant par la répartition des postes clés d'en deviner un peu les orientations ;
- attente de développements géopolitiques cruciaux pour la région, avec d'une part le résultat des négociations "au finish" sur le nucléaire iranien, et d'autre part les premiers effets redoutés du "clash" attendu sur la question palestinienne avec l'administration américaine, qui avait clairement souhaité et soutenu une alternance à Jérusalem.

Sur ces deux points, il est encore trop tôt - au moment où je tape ces lignes - pour avoir des vrais éléments de réflexion ; je reviendrai donc pour un second article, j'espère dans deux semaines lorsque les choses auront décanté, aussi bien pour l'Iran que pour l'offensive diplomatique attendue à l'ONU. Redisons simplement, et même si cela m'a valu des commentaires peu amènes de la part de nombreux amis (de mon réseau FaceBook en particulier), que les coups de menton de Netanyahou dans les toutes dernières heures de la campagne électorale, ont certes fait basculer en sa faveur un grand nombre d'électeurs - qui sinon auraient voté pour des partis plus radicaux -, lui assurant ainsi une victoire nette ; mais en même temps, ses propos agressifs ont créé des tensions inutiles avec les alliés occidentaux du pays, alliés qui risquent de plus en plus de laisser Israël plus isolé que jamais.

On peut par contre essayer de commenter la seule certitude que l'on ait à ce jour, à savoir la composition de la nouvelle Knesset, qui a tenu sa réunion inaugurale hier 31 mars. Ci-dessous un tableau récapitulant l'évolution des sièges par rapport à la précédente assemblée, tel que trouvé sur Wikipedia :


Partis
politiques
Têtes de liste
Votes
Sièges

Voix
%
Nb.
+/-


Likoud
(droite nationaliste)
984 966 
23,40 %
30
+10


Union sioniste
(travaillistes et centristes)
786 075
18,67 %
24
+3


Liste unifiée
(communistes et minorité arabe)
443 837
10,54 %
13
+2


Yesh Atid
(centre laïc)
370 850
8,81 %
11
-8


Koulanou
(centre)
315 202
7,49 %
10
+10


Le Foyer juif
(extrême droite religieuse)
283 559
6,74 %
8
-4


Shass
(ultraorthodoxes religieux — séfarades)
241 200
5,73 %
7
-4


Israel Beytenou
(extrême droite nationaliste)
215 083
5,11 %
6
-5


Yahadut Hatorah
(ultraorthodoxes religieux — ashkénazes)
211 826
5,03 %
6
-1


Meretz
(gauche)
165 292
3,93 %
5
-1



Sur ce lien en français, les noms de tous les députés, par formation politique.


Selon les interprétations que l'on fait, on peut voir dans ces résultats une forte poussée à droite ou au contraire une stabilité globale de la Gauche et de la Droite, avec une prime aux grands partis ce qui est une bonne nouvelle.

Tout dépend en effet comment on classe les électeurs du nouveau parti "Koulanou" créé par Moshe Kahlon, dissident du Likoud ayant un agenda purement social - en gros, forcer son ancien parti à ne plus abandonner les couches populaires au profit de la politique ultra-libérale des dernières années :
- si on considère que ces électeurs là auraient de toute façon voté pour le Likoud si ce nouveau parti n'existait pas, la majorité Droite-religieux de 67 sièges a une assise idéologique solide ;
- si on considère que ces électeurs là auraient plutôt voté pour les centristes du parti Yesh Atid, en forte baisse, les choses sont moins claires.

En tout cas, les chiffres parlent clairement pour les deux grands partis : l'Union Sioniste se vante d'une progression de 3 sièges par rapport à la somme des "sortants", travaillistes plus le parti Hatnua de Tzipi Livni ; mais à sa gauche, le Meretz perd un siège, tandis que le parti de Yaïr Lapid en perd 8 ; donc il est inexact de dire que la Gauche progresse. Au contraire, et vu l'incapacité de constituer une majorité stable avec la liste unifiée des partis arabes - pour la plupart antisionistes -, il est clairement impossible pour elle de gouverner dans l'état actuel de l'opinion.
Le Likoud enregistre de son côté une progression de 10 sièges, mais c'est une victoire en trompe l’œil, ses deux alliés Naftali Bennett et Avigdor Liberman ayant vu de leur côté leurs partis perdre respectivement 4 et 5 sièges, ce qui fait pratiquement un jeu nul. Si on pousse l'analogie plus loin, les deux partis ultra orthodoxes, qui ont en général gouverné avec la Droite, perdent aussi au total 5 sièges à l'issue du scrutin. Donc malgré une victoire incontestable, le camp des partisans de Bibi ne peut en aucun cas revendiquer un important changement du rapport de forces.


"Victoire" cependant de la démocratie israélienne, dans la mesure où les "grands partis traditionnels" ont renversé le courant passé et régulier vers l'émiettement des voix, ce qui les rendait encore plus otages des petites formations. Mais victoire relative quand même, lorsqu'on voit le Premier Ministre confirmé n'arrivant pas à constituer un gouvernement plus de deux semaines après les élections : le chantage habituel continue !


Derniers commentaires, enfin, pour les quelques bonnes nouvelles apportées par cette nouvelle Knesset, alors même que - et je ne l'ai pas cachécette victoire de "Bibi" ne me réjouit pas :
- le parti d'extrême-droite Yahad, réunissant autour du dissident du Shass Elie Yishai, des "Faucons" et des Ultra-orthodoxes, n'a pas passé le nouveau seuil électoral des 3,5 % ;
- il y a un profond renouvellement des élus, avec 49 nouveaux députés ;
- les Femmes sont en nombre record (29 élues sur un total de 120), ce qui est aussi un signe de bonne santé démocratique ;
- enfin, et c'est positif pour l'image d'un État régulièrement accusé de pratiquer un "apartheid" contre sa minorité arabe, ceux-ci ont désormais 17 députés, dont 13 dans la fameuse "liste unie", et 4 figurant sur les listes de 4 partis "sionistes" différents !

J.C