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03 avril 2015

La Tunisie, le pays qui fait peur aux djihadistes



La Tunisie a tout pour déplaire aux djihadistes. C’est sans doute pour cela qu’ils l’ont si durement frappée, mercredi 18 mars, avec ce massacre perpétré au cœur de la capitale – dix-neuf morts, dont dix-sept touristes étrangers, et plus de quarante blessés, selon des chiffres encore provisoires. La Tunisie n’est pas n’importe quelle cible. Son exemplarité est sans doute intolérable aux tenants de ce totalitarisme sanguinaire qu’est le djihadisme.
La Tunisie les menace par ce qu’elle représente. Elle est le « contre-modèle » à abattre : elle prouve que la démocratie est parfaitement compatible avec un pays de culture islamique. Inadmissible pour la nébuleuse djihadiste. Elle montre qu’un pays musulman peut se doter d’une Constitution moderne où les femmes disposent des mêmes droits que les hommes. Insupportable pour des barbares à la virilité mal assurée. Elle incarne souvent un vieil humanisme puisé dans les tréfonds d’une histoire qui remonte à l’Antiquité et mêle, pour le meilleur, une multitude d’influences culturelles. Inimaginable pour des butors dont la référence à l’islam masque l’incapacité à penser et à s’exprimer autrement qu’en appuyant sur la détente d’une kalachnikov – si possible en ciblant des civils.
Avec l’économie, très dépendante du tourisme, c’est un peu tout cela qui, consciemment ou non, était visé, ce mercredi, à Tunis, dans le quartier du Bardo, en début de matinée, quand deux terroristes ont ouvert le feu sur des touristes descendant d’un bus.

Transition démocratique unique dans le monde arabe

Très symboliquement, le quartier abrite et le musée archéologique de Tunisie, et le Parlement du pays. Les tueurs ont pourchassé les touristes dans le musée même :« Ils tiraient sur tout ce qui bouge », dira un témoin.
La terreur va durer quatre heures, avant que les policiers ne tuent les deux attaquants et en arrêtent un troisième. Dix-sept touristes étrangers ont été tués – dont deux Français – et deux Tunisiens. Le pays connaît une mouvance islamiste qui sévit, sous forme de guérilla, dans les montagnes de l’Ouest tunisien, à la frontière avec l’Algérie. Ces hommes s’en prennent habituellement à l’armée ; jamais la Tunisie n’avait subi une attaque terroriste de cette ampleur contre des civils.
Une partie de la jeunesse est sensible à l’appel mortifère du djihadisme : plusieurs milliers de jeunes Tunisiens se battraient dans les rangs de l’État islamique ou d’autres groupes islamistes en Syrie et en Irak – cinq cents d’entre eux seraient retournés au pays.
Selon la police, les deux assaillants de mercredi étaient des Tunisiens âgés de 20 ans. La déstabilisation vient aussi de l’est, où la Tunisie essuie l’onde de choc du chaos qui désintègre la Libye.
Dans cet environnement tourmenté, les Tunisiens ont d’autant plus de mérite à poursuivre une transition démocratique qui reste unique dans le monde arabe. Ils ont déclenché les premiers le mouvement dit des « printemps arabes ». Ils ont renversé en 2011 un autocrate corrompu, Zine El-Abidine Ben Ali, et, depuis, d’élections libres en élections libres, ils ancrent la démocratie dans leurs institutions.
Ils apportent un démenti cinglant à ceux qui jurent que les Arabes n’ont le choix qu’entre deux modes de gouvernement : la dictature militaire ou la tyrannie islamiste. Il faut les aider, et ne pas annuler ses vacances en Tunisie.

Éditorial du journal "Le Monde"

19 mars 2015


Nota de Jean Corcos :


Cet éditorial du journal "Le Monde", écrit à chaud, a vite été un peu déphasé par ce que l'on a su après : le nombre de Français tués s'élève maintenant à quatre ; la fuite d'un troisième terroriste, qui était encore introuvable quelques jours après. Mais, tout en partageant bien sûr et cette solidarité pour le peuple tunisien victime des barbares affiliés au Daesh, et mon respect pour cette jeune Démocratie - plutôt unique dans le monde arabe -, je ne peux pas me taire par rapport à ce que j'ai entendu ensuite sur la chaîne I-télé. 
Jean-Pierre Elkabbach, accompagné de deux autres journalistes, interrogeait le Président Tunisien dans le cadre du "Grand Rendez-vous", le dimanche 22 mars. A un moment donné, il fut question de l'aide sécuritaire que pouvaient lui apporter des pays occidentaux, et en particulier du statut de pays "allié majeur non membre de l'OTAN" qui pourrait lui être accordé. Lorsque Michaël Darmon eut le malheur de dire "Comme Israël, comme la Jordanie", Beji Caïd Essebsi a réagi de manière virulente, en disant : "Ne me parlez pas d'Israël, ce cas unique dans le monde, en dehors de la légalité internationale !". On peut donner toutes les interprétations que l'on veut, dire qu'il s'agissait de donner des gages à Ennahda - qu'il a quand même choisi de faire entrer dans sa majorité au pouvoir ; ou que cela correspond à la haine anti-israélienne largement partagée par la grande majorité du peuple tunisien, toutes tendances confondues ; ou qu'il ne pensait qu'à des actes précis du gouvernement actuel de Jérusalem.

Ma propre lecture du "cas unique dans le monde", est  celle d'un antisionisme radical, considérant que la propre existence de l'Etat hébreu n'est pas légale. Et donc que c'était une sortie qui déconsidère en partie la "démocratie modèle" vantée dans cet Editorial.
Pour entendre ces propos : aller  sur la vidéo en lien, et voir à partir de la 32ème minute.