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07 avril 2015

Kenya: qui sont les islamistes Shebab responsables du massacre ?

Photo de l'Université de Garissa après le massacre



Interview : 147 personnes ont été tuées lors de l'attaque contre l'université kényane de Garissa selon un bilan provisoire. Philippe Hugon (IRIS) décrit ce mouvement islamiste.

Au moins 147 personnes ont été tuées lors de l'attaque contre l'université kényane de Garissa (est) menée jeudi 2 avril par les Shebab somaliens, a annoncé le ministre kényan de l'Intérieur, précisant qu'une opération de "nettoyage" était en cours. Le bilan est très lourd mais encore provisoire. Quel est ce groupe islamiste? Réponse avec Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), en charge de l’Afrique.

Qui sont les Shebab ?
Le nom signifie "jeunes" en arabe. C’est un mouvement né au début des années 2000 regroupant plusieurs groupes islamistes somaliens. Il est issu de l’Union des tribunaux islamiques qui faisait la loi à Mogadiscio. Puis en 2006, l’Ethiopie, le Kenya, et l’Ouganda, les ont, avec le soutien des États-Unis, chassés de la capitale. Un gouvernement transitoire a pris le pouvoir et les Shebab se sont retrouvés dans la clandestinité. Leurs actions sont très violentes et se produisent en Somalie, en Ouganda et au Kenya. Ils procèdent principalement par des attentats suicides et des enlèvements. Ils ont par exemple attaqué le centre commercial Westgate de Nairobi, en septembre 2013 et fait au moins 67 morts. Ils ont aussi visé la côte kényane à l'été 2014 (une centaine de personnes avaient été froidement exécutées, Ndlr). Ils s’en prennent régulièrement au Kenya qui est le pays le plus engagé dans la lutte contre les Shebab.

Combien sont-ils et quelles sont leurs ressources financières ?
Ils sont entre 8.000 et 10.000 selon les estimations mais on ne sait pas vraiment, cela évolue très vite. Ils vivent du trafic de drogues, du trafic d’armes, ils ont aussi des liens avec les pirates somaliens et bénéficient du soutien de la diaspora somalienne et de l’Érythrée. Ils bénéficient d’un soutien assez important en Somalie puisqu’ils sont présents quasiment sur tout le territoire. Compte-tenu de la faiblesse du pouvoir en place à Mogadiscio, ils assurent un ordre moral, un ordre sécuritaire auprès des populations. Ils veulent imposer un Etat islamique fondé sur la charia.

Où sont-ils situés dans la galaxie djihadiste ?
Ils étaient proches des talibans à leur création, puis se sont rapprochés d’Al-Qaïda. Globalement, ils sont dans la logique d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ils se réfèrent à eux sans y être affiliés. Récemment, certains de leurs combattants ont aussi eu des contacts personnels avec des membres de Boko Haram, mais il n’y a pas d’affiliation. Quant à l’État islamique, il n’y a pas à ma connaissance de liens spécifiques même si la référence à Daech peut apparaître mais plus pour des questions d’opportunisme.

Justement, cette attaque de l’université Kenyane est-elle un signal envoyé à Daech ou Boko Haram qui ont un peu éclipsé les Shebab ces derniers mois ?
Il y a une volonté de dire "on est là". Le djihad global est une guerre médiatique, c’est aussi de la communication. Ils mettent aussi en ligne des vidéos et envoient  des messages importants. Par exemple, ils avaient dit qu’ils allaient attaquer la France après l’intervention militaire au Mali en 2013. Ils ont un positionnement international. 


Interview d'Antoine Izambard,

Challenge, 2 avril 2015