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01 juin 2011

Syrie : Hamza, torturé à 13 ans, emblème de la révolution

Hamza al-Khatib, tué sous la torture

 

Arrêté fin avril par les autorités syriennes, le corps tuméfié du jeune garçon a été rendu à sa famille un mois plus tard. Une vidéo, qui circule sur la toile, laisse peu de doute sur les violences qu'il a subies. Depuis, la colère des insurgés ne cesse d'enfler.


Après plus de deux mois et demi de révolte, les insurgés syriens viennent de trouver leur icône. Un jeune garçon de treize ans, affreusement torturé par les services de sécurité du pays, avant d'être exécuté en détention. Un étendard de la révolution qui n'est pas sans rappeler ceux que s'étaient choisis les insurgés égyptiens et tunisiens. Les premiers avaient porté aux nues Khaled Said, un jeune homme brutalement tué par la police à Alexandrie, tandis que les seconds avaient vu dans Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur ambulant qui s'était immolé par le feu, le symbole de leur mouvement de protestation.
Hamza al-Khatib a été arrêté par les services de sécurité syriens le 29 avril dernier, en marge d'une manifestation à Deraa, l'épicentre de la contestation syrienne. Son tort ? Avoir fredonné des chants hostiles au régime. Dès lors, le garçon, dont la figure encore pouponne trahit son jeune âge, ne donne plus signe de vie. Ce n'est qu'un mois plus tard, le 27 mai, que sa mère est priée de venir chercher son corps.
L'horreur des sévices qu'il a subi lorsqu'il était enfermé dans une geôle syrienne est alors dévoilée. Dans une vidéo diffusée vendredi sur Youtube, des images d'une rare violence montrent le cadavre d'Hamza, le visage tuméfié et violacé, et le corps couvert de brûlures de cigarettes, de traces de coups et d'impacts de balles. «Tous ces actes de torture ne leur ont pas suffi, ils lui ont même coupé le pénis avant de le tuer», indique également le commentaire de la vidéo, ajoutant que son cou est cassé.

Bachar el-Assad ordonne l'ouverture d'une enquête

Alors que ces images ne laissent aucun doute sur le traitement subi par le jeune insurgé, les causes exactes de son décès ne sont pas encore connues. Interviewé par la télévision syrienne pro-régime Al Dunia, le Dr Akram al-Shaar, de l'hôpital militaire Tishreen, à Damas, dit avoir supervisé l'autopsie de Hamza et assure n'avoir trouvé «aucune trace» de torture sur son corps. La détérioration du cadavre serait due, selon lui, à la longue période écoulée entre le décès et le tournage de la vidéo, ce dernier étant intervenu juste avant que le corps d'Hamza ne soit rendu à sa famille, indique Rue 89. Le président syrien, Bachar el-Assad, a de son côté fait savoir à une agence locale qu'il avait ordonné l'ouverture d'une enquête.
Mais son geste n'a pas calmé la colère des insurgés. Au contraire, il a accru leur détermination, en donnant une icône à leur mouvement. Depuis vendredi, plusieurs groupes Facebook se sont créés dans la foulée de la diffusion de la vidéo. L'un d'entre eux, intitulé «Nous sommes tous des Hamza al-Khatib» et rédigé en arabe, recueille déjà plus de 60.000 fans. Une page en anglais affichait pour sa part ce mardi plus 6600 fans. Si l'accès à Internet reste très surveillé en Syrie, cette propagation de la révolte sur la toile pourrait toutefois accroître l'opposition au régime de Bachar el-Assad, qui jusqu'alors se mobilisaient surtout les vendredis. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu dans tout le pays le week-end dernier en l'honneur du jeune garçon.
Mais cette mobilisation ne semble pas pour l'instant avoir été bénéfique à la famille d'Hamza, dont le père vient d'être arrêté par la police secrète, a indiqué la chaîne qatarie al-Jezira. Selon son épouse, les officiers souhaitaient qu'il accuse publiquement les salafistes d'avoir torturé et exécuté son fils. Un groupe que le clan Assad accuse déjà d'être à l'origine des troubles dans le pays ...

Marion Brunet
Le Figaro, 31 mai 2011