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17 avril 2010

L'Algérie et le tabou juif : Jean-Pierre Lledo sera mon invité le 25 avril

L'affiche du film

Après deux émissions consacrées au Maroc, nous allons parler dimanche prochain de l’Algérie, et malheureusement et comme vous l’imaginez, ce sera en contraste une émission peu réjouissante. Je l’ai en effet intitulée « L’Algérie et le tabou juif », parce que ce pays a non seulement chassé sa population juive - dont la présence bimillénaire précédait comme partout au Maghreb l’invasion arabo-musulmane -, mais en plus a effacé jusqu’à la mémoire de cette présence ; sous couvert d’antisionisme, une haine antisémite est entretenue dans une partie de ses médias ; et tout cela est fait, avec une bonne conscience tout à fait insupportable, et que l’on retrouve chez quasiment toutes les élites, y compris les plus éloignés de l’islam radical. Pour en parler, j’ai invité un témoin exceptionnel, puisqu’il a grandi et vécu là-bas jusqu’à sa fuite en France en 1993, il s’agit de Jean-Pierre Lledo ; mes auditeurs fidèles s’en souviennent peut-être, je l’avais déjà eu comme invité en juin 2004. De père pied-noir d’origine espagnole et de mère juive, il était un tout jeune adolescent au moment de l’indépendance de l’Algérie. Sa famille - comme une toute petite minorité de la population européenne - avait choisi de s’engager dans la lutte pour l’indépendance, en raison notamment de convictions communistes. Elle est donc restée en 1962 dans ce pays. Mais l’Histoire l’a rattrapé, comme je le disais, intellectuel connu là bas il a été menacé de mort par les tueurs islamistes et il est venu se réfugier ici. Jean-Pierre Lledo a réalisé plusieurs longs métrages sur l’Algérie, citons « Un rêve algérien », « Algérie mes fantômes » ; et puis son dernier film « Algérie, histoires à ne pas dire » où des témoins évoquent les massacres qui ont entraîné la fuite d’un million de Chrétiens et Juifs d’Algérie. Alors nous parlerons de ce film, mais nous parlerons aussi d’un article publié en novembre 2009 dans la revue « Controverses » édité par Shmuel Trigano : cet article d’une densité extraordinaire est intitulé « La question juive en Algérie, aujourd’hui (et hier) ».

Parmi les questions que je poserai à Jean-Pierre Lledo :

- Est-ce que cela a été facile de trouver des témoins et des acteurs, un demi-siècle après ? Les interviews ont été tournées sur les lieux mêmes des différents drames qui sont évoqués, est-ce qu’il n’a pas eu peur en retournant en Algérie ?
- La partie consacrée à Constantine évoque la mémoire de Raymond Leyris, ce grand maître de la musique arabo-andalouse, surnommé « Cheik Raymond », c’était aussi le beau-père d’Enrico Macias qui jouait à ses débuts dans son orchestre. Raymond Leyris a été assassiné le 22 juin 1961, on dit que cet assassinat a provoqué l’exode massif de la communauté juive de la ville. Or, presque 50 ans après, la censure et la langue de bois sont réunies pour effacer sa mémoire. Qu’en pensent vraiment les habitants de Constantine aujourd’hui ?
- Le film évoque plusieurs massacres de ce qu’on appelait à l’époque « les Européens » ; mais comme c’est un film où les témoins parlent en arabe, on voit que les mots utilisés par les insurgés étaient beaucoup plus primaires, ils disaient « Nkatlou Gouar, Nkatlou Nsara, Nkatlou Yaoud » : « tuez les Infidèles, tuez les Chrétiens, tuez les Juifs ! ». Il a aussi l’honnêteté historique de rappeler les massacres d’Algériens commis par l’armée en représailles. Si on se projette à notre période, où le nationalisme palestinien a toujours utilisé le terrorisme et où l’Algérie a toujours soutenu les plus extrémistes parmi eux, comment l’expliquer ? Est-ce que c’est la bonne conscience anti-colonialiste, qui fait toujours justifier tous les moyens ? Ou alors est-ce que cette barbarie a des racines plus profondes, et lesquelles ?
- Le discours dominant en Algérie est : « on n’a rien contre les Juifs, tout contre le Sionisme. Si des Juifs sont partis, c’est la conséquence du décret Crémieux, lequel en leur accordant la nationalité française les a séparés de nous, les autres indigènes ». Qu’est que l’on peut répondre à cela ? Et est-ce que la presse arabophone n’est pas moins ambiguë que la presse francophone en matière d’antisémitisme ?

J’espère que vous serez nombreux à l’écoute dimanche prochain !

J.C