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22 avril 2010

Pour en finir avec quelques fantasmes sur les musulmans ... par Marc Knobel

Ces réflexions ne veulent provoquer personne et ne visent personne, en particulier. Mais à un moment ou à un autre, nous pensons qu’il faut veiller à ce que les trop nombreuses incompréhensions et/ou poncifs maladroits qui circulent sur les musulmans cessent. Que disons-nous ? Que proposons-nous ? Nous privilégions le dialogue parce qu’il est une obligation (morale), il est éthiquement important. Nous privilégions la connaissance qui nous permettrait de ne plus considérer l’autre avec la seule défiance et la crainte. Nous privilégions le respect de l’autre. Nous privilégions tout ce qui peut permettre de témoigner de la richesse et de la diversité humaine. Nous refusons aussi de catégoriser et de diaboliser une population entière (l’islam modéré n’est pas l’islamisme). Nous dénonçons enfin le racisme, tous les racismes. Aussi, dans ce texte (qui va sûrement nous exposer à des critiques), nous reproduisons quelques propos entendus ici ou là (on parle en ce cas de café du commerce). Ces remarques témoignent des incompréhensions et des peurs qui balayent notre quotidien. Nous pensons que la peur est mauvaise conseillère, elle gagne du terrain. Nous répondons donc.

« Pourquoi voulez-vous que je parle des musulmans ? », dit-on ici ou là ...Nous répondons qu’une rencontre avec l’autre -musulman ou non- peut déstabiliser, au sens où l’Homme comprend qu’il n’est plus le seul dépositaire de l’unique vérité, mais porte en lui une vérité (la sienne). Etre un autre pour les autres, étudier et mesurer ce qu’ils ont à dire et sont, est une obligation morale, intellectuelle, si ce n’est même, religieuse. Posons-nous la question de savoir pourquoi nous aurions peur de rencontrer des musulmans ? Posons-nous la question de savoir si cette peur - totalement irrationnelle - ne déshumanise pas l’autre ? Posons-nous la question de savoir s’il faut une once de courage pour accepter l’autre et lui parler ? Posons-nous la question de savoir ce que l’on apprendrait à expliquer à un musulman ce qu’est le judaïsme ou le christianisme, ce que nous entrevoyons du monde et du devenir de l’humanité ? Bref, dialoguons !

« Le dialogue ne sert à rien, encore moins avec les musulmans », disent certains ...Nous répondons que tout homme de bonne volonté doit apprendre à aborder l’autre, sans le heurter. Le fait de considérer l’autre, de mesurer son infinie richesse cultuelle et culturelle, est importante. Le fait d’entretenir un dialogue apaisé, serein, normalisé est une évidence. Ce dialogue (quelquefois difficile) a pour objet de respecter l’autre et d’éviter un choc civilisationnel et/ou religieux. Il ne peut être dit ou écrit que les religions et les cultures sont faites pour se combattre et s’affronter ou se détruire (éternellement). Elles se juxtaposent pourtant et participent de la diversité humaine et de l’infinie richesse culturelle de l’humanité. A cet égard, il faudrait peut-être que le dialogue judéo-chrétien (si essentiel à nos yeux) n’ignore pas cette troisième branche monothéiste, qu’est la branche musulmane. Le dialogue doit être interreligieux, interculturel et permanent. Nous gagnerons à chercher les voies du dialogue et à rencontrer des interlocuteurs musulmans.

« Le dialogue est dangereux parce que les musulmans veulent nous convertir », disent certains ...
Chacun a un rôle à jouer, chacun participe et contribue de cette incroyable diversité humaine. Mais, nul ne peut prétendre instaurer un dialogue en imposant sa foi et en s’érigeant en juge et arbitre. Le dialogue suppose ultimement de respecter la foi de l’autre et de ne pas considérer d’emblée que l’on peut se perdre parce que l’on dialoguerait avec l’autre. Le dialogue n’est pas prosélyte en ce sens où il ne vise pas à convertir l’autre et annihiler ses propres racines. Un juif, un chrétien pas plus qu’un musulman ne peut forcer l’autre et le déshumaniser. Il n’y a rien à craindre d’un dialogue qui respecte les formes, les usages et les figures de l’altérité.

« Les musulmans sont trop nombreux, La France est foutue ! », disent certains ...Nous répondons que cette affirmation est tout bonnement incroyable ! Il fut un temps pas si lointain ou les antisémites et les militants d’extrême droite considéraient que la France était aux mains des juifs (Edouard Drumont, Maurras, Doriot ...) et que 70.000 juifs deviendraient un jour, 7 ou 17 millions (sic). Ils interdirent alors aux juifs d’exercer certaines professions, et ils les marginalisèrent. Il y a, en France, avant toute chose des citoyens Français. Il faut alors rappeler et marteler cette évidence : la France ne peut faire de différence entre SES enfants et, en République, les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Nul ne peut être discriminé, rejeté ou banni.

« Il y a dix musulmans pour un non-musulman, nous sommes perdus », disent certains ...Voici encore - et c’est un euphémisme - un calcul bien étrange. Certains nous opposent aux musulmans et pèsent dans une balance le poids des uns et des autres. Comme si d’évidence, il fallait forcément compter, peser et sous-peser. Est-il interdit d’être juif, chrétien ou musulman en France ? Est-il normal d’opposer forcément les uns aux autres ? Faut-il forcément pointer du doigt les minorités ?

« L’Islam est une religion rétrograde », disent certains ...
Dalil Boubaker rappelle que l’Islam est « une religion, et je dirais même une spiritualité universelle. Son message prophétique est avant tout d’essence religieuse, tournée vers la promesse de la vie future, vers le rappel que Dieu est vivant et éternel. L’Islam en est de A à Z une louange permanente. Le musulman baigne dans cette présence divine de tous les instants de la vie quotidienne : le contenu sémantique des mots arabes assalam, Al-Ham dulillah, « bonjour, merci, au revoir », l’atteste. La communication est donc très enrichie de termes divins. La vie du musulman s’oriente vers un chemin qui mène à Dieu ! » (Dalil Boubaker, Non ! l’Islam n’est pas une politique ». Ed. Desclée de Brouwer, 2003, 214 pages.
Nous pensons sincèrement qu’il faut se garder d’amalgames douteux (islam = islamistes = Ben Laden !). Il faut aussi apprendre à respecter la foi de son prochain.

Conclusion provisoire :Apprenons toujours et en tout temps à respecter l’autre dans son infinie richesse, respecter sa foi, sa prégnance et le message qui est le sien. Est-ce trop demander que de vouloir être un homme de bonne volonté ?
Marc Knobel
site du CRIF, 25 mars 2010

Nota de Jean Corcos :
Un grand merci à mon ami Marc pour avoir ainsi "mouché" les "grandes gueules" de nos "cafés du commerce" communautaires !
Militant infatigable, consacrant une énergie incroyable aussi bien dans la "veille" des sites antisémites et antisionistes radicaux, que dans la communication du CRIF - on retrouve souvent sa signature dans des articles du site -, on ne peut vraiment l'accuser ni de complaisance vis à vis de l'islamisme, ni d'ignorance des dangers qui menacent les Juifs dans notre pays. Cela donne d'autant plus de poids à son article, qui dénonce une "libération de la parole" à la limite du racisme dans notre propre communauté ... un sujet douloureux, et sur lequel je reviendrai régulièrement.