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19 juillet 2006

"Actes de guerre disproportionnés" ... en souvenir de Bizerte, 1961

Troupes parachutistes pendant la bataille de Bizerte,Tunisie, juillet 1961 
(source : www.troupesdemarine.org)

Il y a exactement 45 ans, le 19 juillet 1961, commençait la guerre éclair de Bizerte entre la France et la Tunisie. Un conflit très bref (quelques jours), mais qui fit selon les sources, 1000 morts (d'après le "Quid") ou 3000 (chiffre retenu par les autorités tunisiennes). Ces morts étaient quasiment tous tunisiens, dont une majorité de civils, et il y eut aussi des milliers de blessés. Ils furent les victimes d'une réaction brutale décidée par le gouvernement français à plus de mille kilomètres de son territoire. Et cela fait amèrement sourire, lorsqu'un autre gouvernement français reproche aujourd'hui à Israël ses "actes de guerre disproportionnés", alors que ce minuscule pays est bombardé nuit et jour par un ennemi - le Hezbollah - réclamant sa disparition ...
Pourquoi cette guerre ? Le Président Bourguiba décida, par une attaque surprise, de précipiter l'abandon par la France de la base aéronavale de Bizerte, enclave militaire maintenue en terre tunisienne après l'indépendance. Cette évacuation se serait faite pacifiquement plus tard, et de fait la base fut fermée en 1964. D'un autre côté, les deux dirigeants jouèrent cyniquement avec les pertes humaines, et l'Histoire ne leur en a pas tenu rigueur : quelques mois après le "putsh" des généraux, De Gaulle avait besoin de donner des gages à son armée, et cela à quelques mois de l'indépendance de l'Algérie et alors que la guerre civile menaçait ; de son côté, Bourguiba, chef d'état modéré et avisé, ne se lança pas dans cette aventure de gaîté de cœur - mais le F.L.N algérien, basé en Tunisie, lui reprochait de ne pas en faire assez ... et il fallait donner des gages aux plus nationalistes, alors même que, au cours du même été 1961, il fit assassiner son rival Ben Youssef à l'étranger.

45 ans après, je me souviens encore de la brutalité de ces évènements, de la peur ressentie à Tunis où nous étions ressortissants d'un pays devenu subitement "l'ennemi", et de notre fuite en France pour quelques semaines, juste avant l'arrêt des liaisons aériennes ... D'un coup, alors que je n'étais qu'un petit garçon de 10 ans, je pris conscience que le vent de l'Histoire peut souffler très fort et secouer les existences les plus paisibles. Tout cela, la mémoire collective des Français comme des Tunisiens l'a évacué, et c'est heureux. Des millions de nos compatriotes vont chaque année en vacances dans ce pays accueillant, où ils sont bien reçus parce que - contrairement à l'Algérie - on n'y cultive pas la rancœur. Preuve aussi qu'il y a des blessures que l'on peut cicatriser - et d'autres que l'on veut laisser toujours ouvertes, comme le monde arabe le fait à propos des Palestiniens. 

Jean Corcos