Notre radio

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12 mars 2006

Pour les Juifs, il y a eu deux Iran(s)

La Reine Esther, œuvre du peintre italien Andrea Dal Castagno (1421-1457)

Une toile sur la Toile
- mars 2006

Un grand merci à mon ami Kavéh Mohseni, déjà deux fois mon invité à la radio, opposant iranien en exil à Paris et responsable du site "iran-resist" (voir en lien permanent), pour m'avoir permis de reproduire un article très intéressant. Il s'agit de la traduction d'une publication du professeur Abbas Milani, directeur de études iraniennes à l'université de Stanford (USA). Il rappelle que le passé des Juifs en Iran n'a pas été toujours noir, et le mal qu'ont fait les Mollahs en transformant le pays en République Islamique. La lecture de la "Meguila", récit du miracle de Pourim, rappelle combien la Perse a été importante dans l'histoire du peuple d'Israël ... d'où l'illustration, une œuvre de la Renaissance italienne représentant la Reine Esther ! Voir aussi sur le blog une autre évocation de cet épisode (cliquer ici).

"La Bible est pleine de prières pour la Perse (plus connu en mal sous le nom d’Iran aujourd’hui) et pour ses dirigeants. Dans le livre d’Ezra, Dieu parle de la proclamation de Cyrus, le roi des Perses, qui déclare « Dieu du Paradis m’a donné tous les royaumes de la Terre et m’a confié la charge de lui construire une maison à Jérusalem ». Cyrus répondit à ce commandement divin et ce fut la construction du Second Temple. Dans une autre partie de l’ancien Testament, Cyrus est cité pour avoir fait selon les volontés de Dieu et avoir libéré les juifs de leur captivité à Babylone.

La fête juive de Pourim célèbre Esther et comment elle, reine des Perses, a sauvé de l’anéantissement les juifs du royaume. Comment avec la bienveillance de Cyrus ils ont envoyé par-delà l’horizon le vizir Haman des Gog qui était mauvais, rancunier et haineux.
Aujourd’hui celui qui est assis à la place de Cyrus n’a pas la bonté de Cyrus mais la vilenie d’Haman, aujourd’hui c’est Mahmoud Ahmadinejad, celui qui veut rayer Israël de la carte du monde.
Même dans l’histoire récente de l’Iran, les deux côtés, un digne et humain, l’autre vil et indigne ont toujours coexisté. Sous la dynastie Pahlavi en 1941, alors qu’Hitler mettait en œuvre sa « solution finale », le gouvernement iranien avait réussi à convaincre les experts raciaux nazis que les juifs iraniens étaient de purs iraniens depuis plus de 2500 ans et avaient exactement les mêmes droits que n’importe quel autre Iranien.
Les nazis acceptèrent les arguments iraniens, et c’est ainsi que beaucoup de juifs d’Europe furent sauvés par des diplomates iraniens qui leur procurèrent des passeports iraniens. Et dans les années qui suivirent la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement iranien et le peuple iranien ont grandement aidé - selon les propres termes du premier ambassadeur d’Israël en Iran - le transit de juifs irakiens fuyant les persécutions pour rejoindre ce qui allait rapidement devenir Israël.
Dans les faits, (sous la dynastie Pahlavi) l’Iran fut le premier pays musulman à reconnaître Israël et à établir des relations étroites qui durèrent jusqu’en 1979. Mais même durant cette période, le souffle Haman était présent, et pendant que le gouvernement et les Iraniens apportaient leur soutien aux juifs quand le besoin s’en faisait sentir, des ayatollahs faisaient des prêches enflammés contre les juifs et Israël. Le clergé musulman avec ses slogans contre le sionisme commençait à émerger à cette époque.

Lorsque l’ayatollah Ruhollah Khomeiny arriva au pouvoir en 1979, il annonça que les juifs seraient traités en égaux, qu’il en était le défendeur, parce que l’islam les nommait les « gens du Livre ». Mais dans les faits, les juifs furent l’objet de traitements cruels et injustes, d’ailleurs le premier civil à être traîné devant les tribunaux islamiques révolutionnaires fut un juif, Habib Elganian, un homme d’affaire iranien très important.
Dans ce sens, les propos haineux d’Ahmadinejad sur l’éradication d’Israël ne sont pas une faute de langage mais bien l’expression d’un président notoirement incompétent et ne cernant pas ses propres propos. Historiquement dans la suite de Haman, avec une politique ne reflétant pas l’histoire des Iraniens mais bien celle du monde des musulmans.
Les commentaires d’Ahmadinejad sont plus à resituer dans un contexte de crise que traverse le régime islamique. Depuis plus de 25 ans, l’incompétence du régime n’a servi qu’à créer une crise. L’Union Européenne et tout particulièrement la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne qui furent des alliés sûrs du régime de Téhéran, se démarquent à propos de l’aventurisme nucléaire et des allégations de soutien au terrorisme en Irak. La Syrie, seul allié du Moyen-Orient est aujourd’hui politiquement dans les cordes.
La crise intérieure n’est pas moins sérieuse, l’économie est sinistrée, la bourse a perdu plus du 1/3 de sa valeur, le secteur bancaire est en train de s’effondrer, 200 milliards de $ en capitaux se sont évaporés depuis les élections, et il y a une guerre ouverte entre les différentes fractions du clergé musulman. Les propos d’Ahmadinejad étaient donc là pour mobiliser sa base et les préparer aux prochaines batailles.

Le peuple captif d’Iran, ou les millions d’exilés à cause du régime islamique, ne doivent pas être tenus pour responsables des péchés de leurs dirigeants. Au contraire, nous devons aider les Iraniens à réaliser leur rêve centenaire de démocratie. Car seulement au sein d’une démocratie, l’esprit de Cyrus pourra être célébré et celui de Hamann effacé."

Professeur Abbas Milani

A propos de la fête de Pourim : elle sera célébrée à partir du lundi 13 mars au soir dans toutes les communautés juives. Un petit rappel sur cette fête et l'évènement qu'elle commémore, grâce à une page Web très complète (voir sur le site "Lamed" ). Comme écrit dans la "Méguila", Haman le "méchant" de l'histoire, conseiller du roi Assuérus, finit très mal ... comme tous les antisémites. Une petite pensée pour Dieudonné qui vient d'être - enfin - condamné par la justice de notre pays !

J.C