Notre radio

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29 mars 2006

"Kadima" (en avant) pour le nouveau gouvernement !

Le Premier Ministre Ehud Olmert (photo "Haaretz")

Introduction :
Le champagne n'a pas coulé à flots dans les studios de Judaïques FM hier soir ... d'abord parce qu'il n'en avait pas été prévu. Prémonition de la victoire "étriquée" de Kadima ? Le vin était en tout cas excellent, et les canapés délicieux. Notre station a eu la primeur de l'annonce des résultats pour le 94.8FM ... horaires de diffusion oblige, ce fut pile à 22 heures - Israël n'étant pas encore passé à l'heure d'été. De nombreux commentateurs français et israéliens ont fait part de leurs analyses aux auditeurs, et nous avons eu le plaisir de bavarder dans nos locaux avec Barnéa Hassid, conseiller de presse à l'Ambassade d'Israël, et Chawki Freiha, analyste de la presse arabe du journal en ligne "proche-orient.info". On trouvera en lien sa surprenante revue des médias du Moyen Orient réalisée à l'occasion des élections ; et j'espère le recevoir très bientôt dans le cadre de mon émission !
Mon amie Isabelle Rose a rédigé "à chaud" un commentaire sur ces élections. Le voici, juste réactualisé par les résultats quasi définitifs en termes de sièges à la Knesset, après le dépouillement de plus de 99 % des bulletins.
J.C


Il y a seulement quatre mois, alors qu’Ariel Sharon annonçait sa décision de créer un nouveau parti politique, de nombreux sarcasmes se firent entendre, qui venaient tant de la droite que de la gauche. Celui qui aurait dit qu’Ehud Olmert deviendrait le Premier Ministre de l’État d’Israël aurait été pris pour un fou ... ou pour une folle. Or, quatre mois après, les résultats sont là : Kadima vient de remporter, après de nombreuses secousses, dont la plus dramatique aura été l’hospitalisation d’Ariel Sharon, les élections. 28 mandats sur les 120 que compte la Knesset, d’après les estimations.

Ces élections, s’il est permis de tirer un bref et provisoire bilan, sont riches d’enseignements : d’une part, le parti Kadima, qui se définit comme étant au « centre », aura tiré ses voix du Likoud et non pas de la gauche. Amir Peretz, leader des Travaillistes, est en effet crédité de 20 mandats, score très proche de celui du Parti Travailliste aux précédentes élections. En revanche, nous assistons à un effondrement du Likoud mené par Benjamin Netanyahou : 11 mandats, ce qui le place au cinquième rang, après le succès de Liberman, qui préside le parti russophone « Israël Beitenou » (12 mandats), et le bon résultat du parti religieux séfarade Shass (13 députés). Ce résultat très décevant place Benjamin Netanyahou dans une situation inconfortable : nous pouvons nous attendre à des défections, en même temps que la personnalité de Sylvan Shalom devient de plus en plus incontournable. Quelque soit la direction que Sylvan Shalom prendra, lequel bénéficie de nombreux soutiens, Benjamin Netanyahou sort très affaibli de ces élections alors que Sylvan Shalom, qui représentait l’aile modérée du Likoud, prend de plus en plus de force. Il est une étoile qui monte ... 

D’autre part, un nouveau parti fait son entrée dans le paysage politique israélien : le « parti des retraités », crédité de 7 sièges. L’apparition de ce parti, dont on pourrait croire qu’il ne défend que des intérêts sectoriels, est significative du grand bouleversement de ces élections israéliennes : les préoccupations sécuritaires, si elles restent très présentes - preuve en est le succès de Liberman dont la campagne fut presque exclusivement centrée sur la question des « Territoires » - ne sont plus les seules à déterminer le cours des élections. Les Israéliens sont aussi très sensibles aux problèmes sociaux, signe que la société israélienne s’est « normalisée » : si on parle du terrorisme, de la guerre, des rapports internationaux, l’Israélien est aussi de plus en plus conscient des grands défis sociaux auxquels il devra faire face - le chômage, la pauvreté, l’éducation, la situation précaire des retraités. Il faut remarquer que le Shass, parti orthodoxe, s’était déjà depuis longtemps emparé de ces questions. Enfin, l’autre grand perdant de ces élections est le "Mafdal-Ihroud Léoumi", les « religieux sionistes ». Malgré une fusion entre les deux partis, ils ne parviennent pas à obtenir plus de 9 sièges.

Trois forces principales émergent donc de ces élections : Kadima, qui représente le centre-droit (ce que l’on appelait en France les « Radicaux » ...). Le Parti Travailliste, dont la ligne politique s’est très nettement accentuée à gauche avec l’élection d’Amir Peretz comme Président. Israël Beitenou, qui représente la droite si l’on s’en tient à la question des « Territoires », dans la mesure où le discours strictement politique et économique est restée entouré de flou. Comme toujours en Israël, le parti vainqueur, pour gouverner, devra se coaliser. Les prochains acteurs de la coalition restent à déterminer : on parle d’un gouvernement de coalition mené par Kadima avec Liberman et le Shass comme principaux partenaires. Cela n’est que spéculations - prématurées et vaines. En tous les cas, trois choses sont claires : Benjamin Netanyahou est évacué, au vu de son score particulièrement faible; le « parti des retraités » est devenu un nouvel acteur politique ; Liberman - un électeur sur cinq est russe - est une force active sur la scène politique israélienne.

Une dernière conclusion, plus globale, doit être tirée de ces résultats : le taux d’abstention (63% de votants, ce qui est faible en Israël). Beaucoup pointeront la corruption, le manque de foi dans le politique, une crise de confiance, etc. Mais cette baisse de la participation peut aussi être lue différemment : il faut savoir que le mode de scrutin israélien oblige à des coalitions qui rendent chaque gouvernement fortement instable - on multiplie les démissions et les alliances ad-hoc - de telle sorte qu’on finit par arriver à un blocage des Institutions. L’Assemblée est alors dissoute, et on organise de nouvelles élections : trop souvent ... Les Israéliens, en ne votant pas, ont aussi témoigné de leur maturité citoyenne : ils veulent une démocratie qui fonctionne, un gouvernement qui gouverne normalement, pendant au moins quatre ans. Le « référendum », la réforme des primaires, thèmes a priori très populaires, n’ont pas convaincu les électeurs du Likoud - pas plus que les autres. Les Israéliens ne se sont pas passionnés pour ces élections. Le message est clair : ils veulent que ce soient les politiciens qui fassent de la politique - la réforme du mode de scrutin, même si elle rencontrera des oppositions (elle contrarie des intérêts de « clan »), semble devenue urgente. Sans quoi nous nous retrouvons dans un an !

Isabelle Rose,

Jérusalem, le 28 Mars 2006