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23 août 2012

Un été meurtrier


Ravis de vous retrouver, amis lecteurs, pour cette rentrée ... qui cette fois est la bonne !

Vous devez être nombreux à vous demander pourquoi cet article de reprise a un titre aussi triste, comme sa présentation car je n'ai pas voulu l'illustrer : c'est que les drames, morts et chocs en tous genres ne prennent pas de vacances, et que j'en ai appris une série pendant cette quinzaine passée loin de la fournaise de Paris.

Tout d'abord -mais cela beaucoup de lecteurs de ma communauté l'ont déjà appris il y a plusieurs jours - cela a été la mort brutale et horrible, à 35 ans, de Candice Cohen-Ahnine, tombée du quatrième étage de son appartement : crime lié à sa campagne pour retrouver sa fille Haya, enlevée par son père, un prince saoudien ? Accident ? Je suis encore sous le choc, me souvenant de mes deux seules rencontres avec elle il y a trois mois, et bien sûr de mon émission diffusée le 6 mai - lire ici. Je lui rendrai hommage plus tard, après ses obsèques et lorsqu'on en saura peut-être plus sur ce drame.

Moins dramatique mais triste comme tout décès - et je trouve que la liste de mes anciens invités disparus s'allonge trop cette année - la mort le 10 août de Mouloud Aounit, ancien président du MRAP. Il était relativement jeune (59 ans) et c'est une tumeur cérébrale qui l'a emporté. Soyons sincère : je ne l'avais eu à mon micro que deux fois, en l'an 2000 et juste avant que la deuxième Intifada ne vienne casser les relations entre l'immense majorité de la communauté juive, d'une part, et les avocats les plus zélés de la cause palestinienne, d'autre part et dont il faisait partie. Je lui consacrerai aussi et prochainement un article, le plus objectif possible, pour évoquer d'autres clivages qui ont marqué le mouvement antiraciste en France, où il a été un acteur engagé et qui concernent directement les débats sur la place de l'islam en France ...

Mais il y a, aussi, des chocs qui ne sont pas liés à des disparitions, mais qui accompagnent la fin d'amitiés, de relations de confiance ... et ceux-là font aussi très mal. Mes fidèles lecteurs et auditeurs savent combien - malgré le climat détestable lié au conflit israélo palestinien et à la montée de l'antisémitisme dans le monde arabe -, j'ai eu à cœur, sur Judaïques FM comme dans ma communauté, de déconstruire les préjugés ; cela passait par l'écoute, sur notre antenne, de ceux d'entre les Musulmans partageant, malgré les risques, le même idéal. Le journaliste Farid Hannache, que j'ai reçu au début de l'année et avec qui j'ai animé un débat au Centre Communautaire (cliquer sur son nom en libellé) en faisait partie. Hélas, sa dispute avec l'imam de Drancy Hassen Chalghoumi a totalement dégénéré, et il vient - sur son site - de le traiter de manière indigne en l'accusant d'être vendu "aux sionistes" et au CRIF ... institution avec laquelle il entretenait pourtant les meilleures relations : voir ici.

Oui, décidément ce fut "un été meurtrier : espérons que la rentrée sera un peu plus calme ! Dans l'attente, bonne reprise à toutes et tous et à très bientôt sur le blog - ma prochaine émission est programmée, elle, le 9 septembre.

J.C

25 mai 2012

Sarkozy, les Juifs et les Musulmans : une esquisse de bilan


Une dizaine de jours après le départ du précédent locataire de l'Elysée, il me semble que le délai de convenance est passé pour vous faire part, de la manière la plus synthétique et dépassionnée possible, du bilan que l'on pourrait faire de sa présidence - en se limitant bien sûr, au titre en objet !

Commençons par enfoncer une porte ouverte : le Chef de l'Etat d'une République laïque ne doit pas être jugé au regard unique de ses sympathies ou antipathies, réelles ou supposées, vis à vis de minorités, conséquente comme celle des Musulmans de France  - deuxième religion du pays - ou supposée à tort influente, comme celle des Juifs. Et pourtant, tous nos concitoyens, catholiques pratiquants y compris, ont été influencés par leur appartenance religieuse pour autant qu'elle importait pour eux : cet article du journal "La Croix", publié avant le premier tour, révélait déjà ce que l'analyse du vote réel allait amplement confirmer, un vote majoritaire pour Nicolas Sarkozy chez les Juifs, et un support massif à François Hollande côté musulman ... Sans faire de savants calculs statistiques, il suffisait pour un observateur de "terrain" comme je le suis, ayant un réseau de plusieurs centaines d'ami(e)s juifs et musulmans, de lire ce que les uns ou les autres publiaient sur leurs pages FaceBook : les premiers n'hésitaient pas, souvent, à agiter le chiffon rouge comme si le retour de la Gauche aux affaires allait être un désastre absolu, certains parlant même d'Alya forcée ; les seconds abreuvaient Sarkozy d'injures, l'accablant des sobriquets l'ayant escorté pendant tout son mandat ("le nabot", "le facho"), et le présentant comme une espèce de clone du Front National à éliminer d'urgence !

Méritait-il, vraiment, un tel acharnement ou - en creux, pour ceux qui redoutaient une défaite pourtant largement annoncée - de tels éloges ? La vérité est, comme toujours, moins manichéenne que les uns et les autres voulaient bien le penser. Parlons clair et direct.

1) La majorité des Juifs, traumatisés par les agressions antisémites de la dernière décennie, ont dans leur mémoire le laxisme des années Jospin au début de la seconde Intifada, et l'action de l'ancien Ministre de l'Intérieur au retour de la Droite aux affaires. Force est de constater que l'antisémitisme n'a pas reculé depuis, et qu'il s'est même développé dans des domaines difficilement maîtrisables, comme la haine sur l'Internet. Tous les grands partis démocratiques, Parti Socialiste compris, sont aujourd'hui conscients du fléau, et savent la part menaçante de l'islam radical dans sa propagation ... les procès d'intention sont donc mal venus. Reste - et là je rejoins la position du Président du CRIF, attaqué suite à une interview dans le journal "Haaretz" et sur lequel il a publié une mise au point (lire ici) - que si François Hollande ne doit pas faire l'objet de procès d'intention en la matière, les antisionistes radicaux, dont la propagande alimente l'antisémitisme, se trouvent maintenant dans le camp des vainqueurs du 6 mai ... et que cela n'est pas réjouissant.

2) La majorité des Juifs, également, redoutent ce qui apparait de manière objective comme une modification démographique en profondeur du pays - et beaucoup, vivant par exemple dans certains départements de l'Ile de France, appliquent un "effet loupe" à l'évolution réelle du pays, reprenant à leur compte les fantasmes sur "l'islamisation de la France", rhétorique hélas devenue dominante ... au Front National ! A cet égard, Sarkozy leur apparaissait comme un rempart, un "verrou" contre une immigration mal maitrisée ( environ 200.000 "réguliers" par an actuellement, dont une majorité du fait du "regroupement familial"). Qu'en sera-t-il avec François Hollande ? La Gauche de gouvernement s'annonce moins angélique que par le passé, avec deux engagements, celui de ne pas régulariser en masse les "sans papiers" et celui de maîtriser l'immigration : l'avenir nous dira ce que seront les actes au delà des promesses, mais les caricatures infâmes qui ont circulé et faisant du P.S le valet de l'islam radical, sont au mieux de la manipulation - et le candidat UMP en a usé largement, suivant la fameuse "ligne Buisson" dont on a largement parlé ! -, au pire un délire profond.

3) Mais justement, sur ce sujet de l'immigration, on peut dire que le discours de l'ancien Président a été plus que maladroit. Au lieu de braquer tous les projecteurs sur l'islam de France, au lieu de poser la question en termes identitaires, il aurait pu et du le centrer sur l'économie, et proposer au pays les décisions qu'imposent une situation économique et financière plus que critique : pour dire les choses brutalement, la France n'a plus les moyens "d'importer en masse de la pauvreté" et des travailleurs non qualifiés. Au lieu d'insulter une partie de la population, de la stigmatiser en associant l'immigration à des escroqueries aux aides sociales, il lui suffisait de tenir un discours ferme mais sans connotations racistes. Le résultat est venu comme un boomerang, avec plus de 90 % des Musulmans qui ont voté pour la Gauche - et des électeurs centristes effrayés vers la fin par la "droitisation" de sa campagne. D'où le désastre, au moins médiatique, du drapeau tricolore associé au camp vaincu ... et des drapeaux arabes brandis place de la Bastille, le 6 mai au soir.

4) Reste, aussi, que sa "politique musulmane" ne méritait ni un excès de louanges, ni un excès d'indignité. J'ai essayé de vous en rendre compte, ces dernières années, et vous retrouverez mes articles sous le libellé "Sarkozy et l'islam". Des erreurs il y en eut, comme l'espoir d'amadouer l'UOIF au moment de la création du CFCM, ou les éloges indécents faits à l'Arabie Saoudite lors d'un voyage officiel ; il y eut aussi - mais on en a parlé à mon micro dernièrement avec mon invité, Farid Hannache -, le poids exorbitant pris au cours de son mandat par l'Emirat du Qatar, base arrière des Frères Musulmans, devenu le grand allié régional de la France. Mais des gestes clairs et courageux, il y en a eu aussi, comme la loi interdisant le port de la Burqa en public, ou le refus de délivrer un visa au prêcheur de haine Youssouf al-Qaradawi, à quelques semaines des élections : on ne peut qu'espérer un courage analogue aux Socialistes, dont les alliés - Ecologistes comme Front de Gauche - sont plus que douteux en la matière.

5) Reste aussi, et enfin, le mauvais procès en racisme qu'on lui a fait : Nicolas Sarkozy, comme l'UMP, ont refusé toute alliance avec le Front National, largement responsable de leur défaite ; et c'est sous son mandat que l'on vit, enfin, des ministres musulmans à des postes de responsabilité comme Rachida Dati et Fadela Amara : en cliquant sur leur nom en libellé, on relira mes articles publiés à l'époque.

On remarquera, pour terminer, que je n'ai évoqué ni Israël, ni la "politique arabe de la France", faisons-le donc maintenant. Pour parler vite, je pense que la diplomatie française pèse de moins en moins dans la région, à l'image de la chute d'influence de l'Europe dans le Monde. Cette diplomatie a continué de suivre certains "fondamentaux" qui bougent peu sur le fond, depuis des décennies. Reste, cependant, une attitude certainement beaucoup plus chaleureuse du Président sortant vis à vis de l'état juif, en comparaison de celles de ses prédécesseurs ; et, pour parler toujours clairement et directement, un risque d'évolution négative en la matière, risque qui sera d'autant plus lourd que le Parti Socialiste aura besoin de ses alliés verts et du Front de Gauche, pour avoir la majorité à l'Assemblée Nationale ...

Jean Corcos 

23 mars 2012

Du printemps arabe à l'hiver islamiste ...

A ma droite : Pierre Vermeren, à ma gauche : Farid Hannache


Une belle soirée ce mercredi 21 mars au Centre Communautaire de Paris : j'avais l'honneur d'animer une table-ronde avec Pierre Vermeren, historien et professeur à la Sorbonne, spécialiste du Maghreb, et Farid Hannache, journaliste, spécialiste du monde arabo-musulman. Mes auditeurs fidèles connaissent bien ces deux experts, pour les avoir entendus à mon émission (cliquer sur leur nom en libellé).

Le thème était : "Du printemps arabe à l'hiver islamiste".

Un thème d'une actualité sinistre, alors que l'on venait d'apprendre le matin même que l'auteur de la tuerie  de l'école Hozar Ha Torah de Toulouse et des assassinats de parachutistes était un djihadiste, agissant au nom d'Al-Qaïda ... L'accueil au Centre était aussi bien triste, bougies et fleurs blanches déposées sur une table avec les noms des victimes. Et, sans doutes traumatisés par l'actualité ou désireux de la suivre à la télévision, beaucoup n'étaient finalement pas venus. Dommage pour eux, car le public présent a été très intéressé par les propos des deux conférenciers qui ont parlé sans langue de bois ... et je pense, moi non plus d'ailleurs !

J.C

19 février 2012

Réentendre mon interview du 12 février sur le Qatar !


Vous avez été nombreux à apprécier mon émission de dimanche dernier, "Le Qatar, bon ou mauvais génie du monde arabe" : e-mails, appels téléphoniques ... beaucoup voulaient savoir comment ré entendre un podcast de cette interview de Farid Hannache, dont les propos directs et percutants ont été très appréciés.

Hélas, et comme le savent ceux qui ont la curiosité de "surfer" sur ma page "jean.corcos.free.fr" en lien, celle-ci est en panne depuis le printemps 2010, suite au départ de la station de l'un de nos techniciens. Tous les enregistrements mp3 sont conservés cependant, et j'espère bien, dès que j'en aurai le temps, trouver une solution pour cette mise à jour.

Mais dans l'attente et vu la demande, Judaïques FM a décidé de mettre en ligne mon émission du 12 février pour réécoute permanente : vous la trouverez sur ce lien.

Bonne écoute !

J.C

05 février 2012

Le Qatar, bon ou mauvais génie du Monde arabe ? Farid Hannache sera mon invité le 12 février

Farid Hannache


Nous allons parler à nouveau dimanche prochain de politique internationale dans notre émission, et nous allons porter toute notre attention sur un petit pays du Golfe, dont on parle beaucoup en France depuis ces derniers mois et qui a acquis, très récemment, une influence considérable. "Le Qatar, bon ou mauvais génie du monde arabe", tel est le titre de ce numéro de "Rencontre", et pour en parler j'aurai le plaisir de recevoir Farid Hannache, journaliste. Farid Hannache est d'origine algérienne. On peut dire, pour caractériser sa ligne politique, que bien avant que le "Printemps arabe" vienne poser la question de la liberté dans les états arabo-musulmans - un sujet sur lequel nos grands médias ont eu une attitude d'autruche hypocrite pendant longtemps - il s'est révolté, au moins par la plume, contre ces régimes dictatoriaux ou obscurantistes. Il a coécrit avec l'Imam Hassen Chalghoumi un ouvrage retentissant, "Pour l'islam de France", et j'avais eu le plaisir d'en parler à l'Imam de Drancy l'an passé à cette antenne. Il s'est fortement intéressé à l’Émirat du Qatar depuis un moment, il lui consacre même un blog -  www.qatarbook.fr -, c'est une véritable mine d'information avec la reprise d'articles de la presse, et surtout avec ses propres analyses qui doivent constituer le matériau d'un livre, à paraitre dans les prochains mois. Mais sans l'attendre, j'ai pensé qu'il était nécessaire de l'entendre sur Judaïques FM, car l'Histoire va très vite en ce moment, et justement le Qatar semble jouer un rôle déterminant en coulisses.

Parmi les questions que je poserai à Farid Hannache :

- D'où vient la puissance économique du Qatar ? Peut-on donner quelques chiffres sur sa "force de frappe" financière ? Et comment se fait-il que l’Émir et son régime aient acquis une telle influence, alors que l'on parle beaucoup moins d'autres états du Golfe, eux-aussi immensément riches comme le Koweït ou les Émirats Arabes Unis ?

- A propos de la chaîne Al-Jazeera : elle se dit indépendante, mais critique-t-elle la monarchie qatarie ? Partagez-vous l'opinion du politologue Khatar Abou Diab, qui dans une interview à France 24 le 16 janvier dernier, a dit que le lâchage du régime syrien, autrefois allié, par le Qatar vient en fait de l'influence d'Al-Jazeera sur la diplomatie du pays ? Et quelle est l'influence du Cheikh Yusuf al-Qardawi et de son émission hebdomadaire sur cette chaîne de télévision ?

- Sur un plan géopolitique : allié des USA, cet Émirat abrite leur plus grande base militaire au Moyen Orient à El Udeïd, base qui a servi lors de l'invasion de l'Irak en 2003 ; mais en même temps, la chaîne Al-Jazeera a contribué à ruiner l'image des États-Unis lors de cette guerre, par ses reportages biaisés ; proche de l'Iran un moment, Doha a délivré un arbitrage favorable au Hezbollah en 2008, en imposant le général Suleiman à la tête de l'état ; plus tard, après la guerre de Gaza en 2009, l’Émirat a accueilli triomphalement Mahmoud Ahmadinejad lors d'une conférence boudée par la majorité des pays de la Ligue Arabe, et où le Hamas s'est exprimé au nom de tous les Palestiniens ; mais aujourd'hui, le Qatar est en pointe pour le renversement du régime Assad en Syrie, alors que ce serait un coup très dur pour la République islamique d'Iran : alors, que penser ?

- Que penser des relations avec Israël ? D'un côté, les choses se sont complètement détériorées, et on apprenait en août dernier que le ministère israélien des affaires étrangères avait décidé de geler toutes les relations en raison du rôle de meneur de l’Émirat dans les campagnes de propagande internationales contre le pays. Et puis on a appris qu'Israël avait obtenu un contrat énorme pour les Jeux Olympiques de 2022, qui doivent se dérouler à Doha ...


- Tous les observateurs notent que le Qatar est devenu l'allié régional de la France pendant la présidence de Nicolas Sarkozy ; et on peut citer deux épisodes notables, le rôle de l’Émirat qui avait versé une rançon pour la libération des infirmières bulgares prisonnières en Libye à l'été 2007, et puis l'année dernière son rôle politique et même son engagement militaire, lors de la campagne de l'OTAN qui a permis le renversement de Kadhafi : est-ce que cela a eu un coup politique pour nos relations avec l'Arabie Saoudite, par exemple ? Est-ce que nous le payons en acceptant que ce pays devienne un investisseur majeur dans notre pays ? Quels ont été leurs acquisitions stratégiques, et les privilèges fiscaux qu'on leur a accordé ? Et est-ce qu'à votre avis, un gouvernement de gauche serait moins bienveillant ?

Un sujet original avec un invité particulièrement bien informé ... j'espère que vous serez nombreux au rendez-vous !

J.C

30 avril 2011

Pour l'islam de France : l'imam Hassen Chalghoumi sera mon invité le 8 mai



Nous allons rester en France dimanche prochain, et j'aurai le très grand plaisir de recevoir une personnalité musulmane très connue de la communauté juive, Hassen Chalghoumi. Hassen Chalghoumi avait déjà été reçu dans ma série en octobre 2008, en compagnie d'un ami commun, Bernard Koch qui était à l'époque son conseiller. Rappelons aussi, pour les rares personnes qui ne le connaitraient pas encore, qu'il est le responsable spirituel de la Mosquée de Drancy, Drancy une ville qui évoque des souvenirs particulièrement douloureux puisque ce fut le lieu où furent parqués des dizaines de milliers de Juifs déportés vers Auschwitz. Il a témoigné, à de très nombreuses reprises, sa sympathie à notre communauté, en disant d'abord dans un discours remarqué que les Juifs avaient raison de défendre cette mémoire - et rien que cela lui a valu, hélas, des inimitiés et des menaces. Il a dénoncé les manifestations, soit disant de sympathie au peuple palestinien, mais où on a entendu des slogans antisémites. Et surtout, Il a exprimé, malgré la difficulté du contexte, sa foi en une réconciliation entre Israéliens et Palestiniens en faisant avec le Rabbin Michel Serfaty un voyage à la fois à Sderot et à Gaza, au lendemain de la guerre de janvier 2009. Alors nous évoquerons à nouveau les relations entre Juifs et Musulmans dans notre pays, sujet difficile, hélas, tellement s'est développé aujourd'hui un repli communautaire de part et autre, qui entrave l'action d'hommes de bonne volonté comme lui. Mais nous allons aussi élargir le débat en parlant de la place de l'islam en France, un sujet qui malheureusement, par calcul électoraliste, est devenu central à l'approche des grandes élections de 2012. "Pour l'islam de France", c'est le titre de l'imposant ouvrage de plus de 400 pages publié par les éditions du Cherche Midi et qu'il a écrit avec la collaboration de Farid Hannache. Et c'est ce livre qui servira de fil conducteur à notre interview.

Parmi les questions que je poserai à Hassen Chalghoumi :

- En racontant votre parcours spirituel qui vous a conduit à devenir imam, vous racontez que vous avez étudié longuement à Lahore, au Pakistan, vous y avez même appris la langue du pays mais surtout vous avez été formé par l'école dite du Tabligh : pourriez-vous en parler, parce qu'elle n'a pas bonne presse en Occident, où on dit qu'elle est intégriste ?

- Vous posez crument le problème du financement des lieux de culte musulmans, et le problème semble assez insoluble : d'un côté, les Français sont de plus en plus crispés sur la défense de la laïcité, les sentiments anti-islam se banalisent et un aménagement de la Loi de 1905 semble impossible ; d'une autre côté vous dénoncez, à juste titre, l'argent des états étrangers, du Golfe ou du Maghreb, qui permet de construire de plus en plus de mosquées sous influence politique : à votre avis, quelle est la solution ?

- Vous avez des mots très durs à propos du Conseil Français du Culte Musulman, en écrivant : "le CFCM est la preuve acide que la République n'a pas le droit de remplir le vide avec un organe schizophrène, infantile ou liberticide". Pourquoi le "Conseil des imams de France" que vous avez fondé, n'a-t-il pas voulu participer aux élections de cette institution, alors que vous auriez pu l'influencer de l'intérieur ? Quels sont les principaux échecs que vous lui reprochez ?

- Vous avez été fortement médiatisé parce que vous avez été un des seuls imams à soutenir la loi contre le port de la burqa dans l'espace public ; mais en même temps, vous dénoncez les agressions verbales et parfois physiques contre les femmes voilées, alors même qu'un climat islamophobe se développe, et qu'une majorité de Français semblent prêts à en demander aussi l'interdiction : pourriez-vous expliquer votre position à nos auditeurs ?

Merci d'être nombreux à l'écoute, pour écouter cette personnalité musulmane vraiment attachante !

J.C