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10 décembre 2011

Tunisie : l'hiver islamiste après la révolution de jasmin ? Shiraz Sayah sera mon invitée le 18 décembre

Manifestation de femmes tunisiennes
(photo Zoubeir Souissi, Reuters)

Nous allons revenir pour ma prochaine émission en Tunisie. Il y a en effet un an, le 17 décembre, un jeune marchand ambulant du nom de Mohamed Bouazizi s'immolait par le feu dans la région pauvre et oubliée de Sidi Bouzid, pour protester contre la persécution policière : en l'espace de quelques semaines, on allait voir quelque chose d'inouï, la première révolution populaire dans un pays arabe, révolution qui allait balayer en quelques semaines le régime dictatorial du président Ben Ali. Tous les observateurs, y compris la majorité des amis tunisiens avec qui j'ai conservé un contact continu, insistaient sur le caractère à la fois laïc, spontané et éloigné du spectre islamiste de cette révolution. Or quelques mois plus tard, à l'issue d'une période de transition finalement bien encadrée malgré quelques troubles, c'est le parti Ennahda (en arabe : "La Renaissance"), présenté aujourd'hui par les mêmes observateurs comme "islamiste modéré", qui a été le grand vainqueur des élections du 23 octobre, en obtenant environ 40 % des suffrages. Comment l'expliquer ? Pour en parler j'aurai le plaisir d'avoir mon invitée au téléphone depuis Tunis, il s'agira de Madame Shiraz Sayah. J'ai fait sa connaissance grâce à mon réseau FaceBook. Fille d'un ancien ministre connu du président Habib Bourguiba, elle faisait partie de l'opposition au régime de son successeur, et elle s'est réjouie de sa chute. Pourtant, dans un appel sous sa signature et que j'ai publié dans mon blog quelques jours après la fuite de Ben Ali, elle dénonçait déjà les intégristes, assimilés à l'extrême-droite, ainsi que l'extrême gauche, et elle disait : "Entre les deux, il y a cette majorité (silencieuse jusque là) démocrate, laïque, libérale, moderne qui est à l'origine de cette révolution. Cette révolution ne doit pas lui être usurpée." Que s'est-il passé ? 

Parmi les questions que je poserai à Shiraz Sayah :

- Plus de 100 partis politiques étaient en lice, or il était évident qu'avec un tel morcellement, les laïcs allaient être laminés face au mouvement Ennahda qui lui était très bien implanté. Résultat, les islamistes ont récupéré 90 sièges, seuls 3 autres partis en ont obtenu plus de 10, une quinzaine un seul siège et les autres aucun élu. Pourquoi cette division ? Était-ce du aux égos inconciliables de leurs leaders ? Et comment interpréter le fait que la moitié des citoyens n'aient pas été voter ?
- On connait les deux partis qui sont près à travailler avec Ennahda. D'un côté il y a le Congrès pour la République, dont le leader M. Moncef Marzouki est présenté, souvent, comme l'héritier du courant youssefiste, panarabiste et donc opposant virulent à la ligne du président Habib Bouguiba . De l'autre côté, il y a le mouvement Ettakatol, qui serait un peu l'héritier du courant ancien de M. Mestiri, c'est à dire l'aile gauche de l'ancien néo-Destour. Comment expliquez vous que des personnalités en théorie progressistes acceptent de travailler avec un parti religieux ?
- La question de fond, maintenant que Ennahda est arrivé au seuil du pouvoir, est de savoir si oui ou non ses leaders ont changé. Aujourd'hui, ils se présentent comme des "islamistes modérés", ils disent que leur modèle c'est l'A.K.P au pouvoir en Turquie. Alors on peut ressortir les déclarations anciennes de Rached Ghannouchi, rappeler par exemple qu'il réclamait la Charia comme constitution, ou qu'il se revendiquait de Sayed Qotb le théoricien des Frères Musulmans - d'ailleurs il a été accueilli triomphalement chez nous, en France, lors du meeting annuel de l'U.O.I.F qui est une émanation des Frères Musulmans. Alors, qui croire ? Et avez-vous des exemples précis et récents démontrant qu'ils n'ont pas changé ?
- On a appris que les principaux partis politiques tunisiens avaient décidé l'interdiction dans la constitution de toute "normalisation des relations avec l'entité sioniste". Alors outre la phraséologie utilisée - qui nous ramène des décennies en arrière, car enfin la Ligue Arabe a accepté le principe d'une paix avec Israël sous certaines conditions - on se demande si, indépendamment de relations diplomatiques pleines et entière qui ne peuvent pas être établies en ce moment, la Tunisie n'est pas en train d'insulter l'avenir. En plus, les citoyens juifs tunisiens qui ont de la famille en Israël, ou leur propre familles là-bas qui revenait au pays pour des pèlerinages, vont avoir peur de se réunir : qu'en pensez-vous ?

Un sujet qui me tient particulièrement à cœur, puisqu'il s'agit de mon pays natal ... et qui, je l'espère, vous intéressera aussi : soyez nombreux à l'écoute !

J.C