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22 mars 2012

En tuant des enfants, c'est le monde qu'on voit mourir ...


Introduction :
Sarah Mostrel est une amie que j'ai connue sur mon réseau FaceBook.
Journaliste, mais aussi poétesse et nouvelliste, elle a beaucoup de sensibilité mais en même temps de la lucidité et elle dit les choses directement. J'ai reçu d'elle ce texte qui va droit au but à propos de l'actualité tragique que nous venons de vivre, et j'ai tenu à le publier ici.
J.C

"Chers frères humains

Suite à ce drame, nous entendons quantité de réactions. Il y a ceux qui compatissent, ceux qui condamnent, ceux qui pleurent. Il y a ceux qui questionnent, ceux qui amalgament, ceux qui font de la récupération politique, ceux qui sont affolés, ceux qui crachent. Il y a ceux qui mésinterprètent, ceux qui jalousent même dans la mort. Il y a ceux qui, solidaires, sont indignés, d’autres qui blanchissent, expliquent, motivent, se déchargent, « ça ne nous concerne pas ». Ça me rappelle le 11 septembre…
Dans cette douleur, nous ne pouvons que faire appel à l’amour et à l’universel.
Car comment expliquer que là a eu lieu un assassinat qui peut toucher tout le monde ? Des Français ont été touchés, est-ce que ça change quelque chose qu’ils soient juifs ? Oui, aux yeux de certains, ô aberration !

Parfois, les pires ennemis des juifs sont aussi les juifs eux-mêmes, il y a ceux qui ne veulent pas voir, ceux qui pensent que les juifs sont paranos, ceux qui excusent, ceux qui, par souci d’honnêteté suprême, sont dans une autocritique ou négation d’eux-mêmes, aveuglés par leurs détracteurs, s’y associant par assimilation, pour mieux se fondre dans la société, pour qu’on les laisse tranquilles, qu’on les oublie en tant que juifs, pour se démarquer. C’est leur façon d’affronter la peur et de se dire « ça n’arrivera plus ».

D’ailleurs, les gens ne pensent pas qu’un juif puisse avoir une idée tout à fait différente d’un autre, notamment concernant la religion, Israël, la politique. Nous sommes vus en tant que groupe, non en tant qu’individus. Lorsqu’un attentat antisémite est commis, on oublie l’être et on s’adresse au groupe, niant l’être en tant que tel. Ce n’est plus un parent, des enfants qui sont touchés, mais des franco-israéliens. Ça change tout, ça minimise, c’est une histoire « entre eux ».
Comme si le problème israélo-palestinien était sous-jacent. Les peuples juif et arabe ont longtemps cohabité et le problème ne se situe pas dans cette cohabitation mais dans le déni de l’existence d’un état proclamé par l’ONU il y a plus de 60 ans.
Mais qu’ai-je à voir, moi, juive française avec la politique du Moyen-Orient ? Peut-être suis-je concernée, peut-être que non. Mais on m’amalgame d’office. Juif, sioniste, israélien, israélite, les gens ne savent pas, en 2012 ! à quoi correspondent ces mots ! Juif de gauche, juif de droite, israélien de gauche, israélien de droite, entre ceux-là pourtant, il y a un monde ! Mais on ne veut pas savoir. Confondre est plus simple.
Je tiens à dire que les attentats vécus en Israël sont exactement les mêmes que celui que l’école de Toulouse vient de vivre. Les méthodes sont les mêmes, lâcheté, cruauté, haine viscérale.
Justifier un acte comme celui-là conduit au suicide de l’humanité. En tuant des enfants, c’est le monde qu’on voit mourir.
La seule issue est d’être digne, n’écoutons pas le déni, les amalgames, la haine, la jalousie, soyons droits, ayons foi en l’Humanité, prônons l’amour toujours, notre plus belle arme contre le Mal, notre plus belle arme contre la folie et la barbarie. Quand je dis « amour », je veux dire confiance en l’avenir, Beauté et valeurs. Nous sommes héritiers d’un Livre et nous sommes responsables de la bonne marche du monde. Ce monde doit être un monde de paix, un monde reconnu dans sa magnificence, un monde d’amour. Les hommes ne sont pas faits pour se tuer mais pour s’aimer. Seul l’Amour sera gage de survie."

Sarah Mostrel