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01 mars 2010

Islam et société : les propos clairs de Benoît Hamon dans le « Bondy Blog »


Je ne crois avoir abusé de compliments envers la gauche en général et le Parti Socialiste en particulier ... non pas en raison d’appréciations personnelles sur les grandes options économiques ou sociales que ce dernier propose - ce serait à la fois hors sujet par rapport à mon blog et à mon émission, et contraire à une déontologie journalistique élémentaire. Mais, et on l’aura deviné, mes critiques de ces dernières années étaient d’abord motivées par la mollesse récurrente et systématique des partis dits « progressistes » vis-à-vis de l’islam radical : et ce, aussi bien lorsque dernier s’affiche dans nos société (le débat sur la burqa par exemple), ou lorsqu’il menace de prendre ou reprendre le contrôle de pays musulmans (la campagne pour que les troupes françaises évacuent l’Afghanistan).
Aussi, suis-je encore plus heureux de saluer les propos de Benoît Hamon, porte-parole du P.S, dans le « Bondy Blog », publication du WEB très lue et dont les rédacteurs sont en majorité des Musulmans du Département : questionné à propos de plusieurs sujets d’actualité concernant l’islam de France, il a répondu de façon claire et précise ... bonne lecture !
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Le NPA d’Olivier Besancenot présente une candidate musulmane voilée sur une liste dans la région PACA. Le PS pourrait-il faire de même ?
Non. J’estime que le voile, c’est la religion. Et la religion dans l’espace public, au sens politique et administratif du terme, est aujourd’hui exclue. D’autant le voile marque une distinction entre les femmes et les hommes. C’est là sa signification. Il y a certes une différence entre la burqa, le voile, le demi-voile, etc., mais ces signes restent des symboles de la séparation des sexes. Moi, je pense qu’il faut privilégier l’égalité hommes-femmes. Aujourd’hui, dans un pays où les violences faites aux femmes augmentent, il faut rejeter fermement les signes de distinctions dans l’espace public. Je ne refuse pas le débat, et j’accepte les convictions d’une femme voilée. C’est simplement une ligne directive qui est respectée par tout le parti. On ne veut pas de signe religieux ostentatoire dans l’espace républicain.
Pourtant, aujourd’hui, dans certains conseils municipaux de gauche, notamment à Sarcelles, certains siègent avec la kippa, qui est un signe religieux ostentatoire. Alors, deux poids-deux mesures ?
Non, c’est une grave erreur, également condamnable. Tout signe ostentatoire est malsain. Mais il existe toutefois une différence entre la kippa et le voile, puisqu’encore une fois, le voile induit un enfermement de la femme. Toute forme de démonstration religieuse dans l’engagement politique n’est pas l’idée que nous nous faisons, nous, de la laïcité. Ce qui n’empêche pas chacun de croire ce qu’il veut. Quand une décision est prise, je ne veux pas qu’on puisse penser qu’elle l’a été par certains en fonction d’une croyance ou d’une foi. C’est l’intérêt général qui doit porter la décision politique. Cela ne veut pas dire que les gens qui portent une kippa ou un voile ne sont pas mus par l’intérêt général, mais au regard des autres, en quelque sorte, ils ne le sont pas. Aujourd’hui, nous sommes dans une atmosphère de tensions. Auparavant, reporter un conseil en raison d’une fête religieuse ne posait pas de problème, car le contexte était plus apaisé. C’est loin d’être le cas actuellement.
Bon, et un Quick halal, ça vous dit ou pas ?
Franchement, est-ce que j’ai le choix ? Sur cette affaire, ma position est claire. Première chose : ce n’est que du business. Les dirigeants derrière cette opération se foutent du halal. Deuxièmement, la logique serait d’avoir le choix. Aujourd’hui, si je vais dans ces fast-food halal, je suis obligé de manger halal. Si ça se trouve, McDo va créer un hamburger laïc ... Au fond, il faut juste pouvoir décider. Le halal, en soi, ne me dérange pas. Mais c’est stigmatisant pour les quartiers qu’à tel endroit, tout le monde mange halal. Je suis du côté des citoyens, pas de celui des commerçants qui font de l’argent. Pour bien vivre, il faut avoir le choix. C’est ma seule préoccupation.
Dans cette affaire, n’êtes-vous pas en train de faire de la surenchère par rapport au Front national ?
Donc, on estime qu’un socialiste n’a pas à se préoccuper de ces questions-là. Je trouve ce raisonnement dommageable. La réponse du PS, c’est simplement que Quick doit respecter le choix de chacun. Quitte à créer deux Quick si les viandes halal et classiques ne peuvent cohabiter.
N’assiste-t-on pas, à travers toutes ces questions - le voile de la candidate NPA, le Quick halal de Roubaix, sans oublier le débat sur l’identité nationale - à un dénigrement général de l’islam ?
Le problème c’est qu’aujourd’hui, deux extrêmes s’alimentent. On a d’une part une surenchère du côté religieux, et d’autre part, une surenchère dans le rejet de l’autre. On ne sort plus de la caricature. Le débat sur l’identité national a fait tomber les masques.
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Propos recueillis sur le « Bondy Blog » le 26 février 2010 par Sarah Battikh et Latifa Zahi
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