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25 avril 2008

La Tunisie honore la mémoire de la Shoah, par Souhail Ftouh

Monument sur les Juifs de Tunisie et la Shoah,
Yad Vashem, Jérusalem
(source : site Harissa.com)

Une grande première, une initiative unique et sans précédent : pour la première fois dans l’histoire, un représentant d’un pays arabe prendra part à une conférence internationale sur l’Holocauste à Jérusalem.
Le 28 avril, Ahmed el-Abassi, représentant de la Tunisie dans l’Autorité Palestinienne, interviendra lors de l’ouverture de la conférence qui se tiendra pendant trois jours à l’Institut Yad Ben Zvi à Jérusalem, et qui aura pour thème « le sort des Juifs d’Afrique du Nord pendant la Deuxième Guerre Mondiale. » En tout, 21 chercheurs d’Israël, d’Europe et des États-Unis participeront à la Conférence. C’est la première fois dans l'Histoire, qu'un diplomate tunisien prend part à un tel événement (1).

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, deux régimes séparés opéraient simultanément en Tunisie. D'une part, le pays était sous mandat français, mais jouissait parallèlement de son propre gouvernement indépendant. Toutefois, pendant six mois - de novembre 1942 à mai 1943 - le pays s'est trouvé contrôlé par le régime nazi.
La Tunisie, à l’époque du protectorat français, est le seul pays d’Afrique du Nord à avoir connu l’Occupation. Les lois de Vichy étaient en vigueur depuis 1940 ; mais c’est en 1942 que les troupes allemandes font leur arrivée brutale en Tunisie. Comme l’écrira Albert Memmi, l’histoire du monde rattrape violemment les Juifs de Tunisie.
Tout juste arrivé à Tunis (2), les nazis appliquèrent le même système qu’en Europe : rationnements, port de l’étoile jaune dans certaines villes, réquisitions, spoliations, numerus clausus, amendes infligées aux communautés, le tout sous les bombardements intensifs des forces alliées. Le jour de la rafle, 2 000 hommes furent arrêtés, que les allemands iront parfois ramasser jusque dans les synagogues (3).
En six mois d’occupation, de décembre 1942 à mai 1943, sur une population de 85.000 Juifs, 4.000 hommes seront envoyés aux travaux forcés dans des camps - sans compter les « Tunisiens de France » qui seront déportés à Auschwitz. Le grand organisateur est le colonel Walter Rauff, qui dirige les troupes SS. Il s’est déjà fait un nom : il était le concepteur des chambres à gaz mobiles - où les gaz d’échappement étaient rejetés à l’intérieur du camion, provoquant ainsi la mort par asphyxie de cinquantaine de personnes -, c’est lui : 100.000 victimes en Ukraine, Biélorussie, Yougoslavie. Durant ces terribles six mois d’occupation, des jeunes hommes de la communauté étaient conduits vers l’un des plus grands Camps de Travail forcé du coté de Bizerte (au nord de la Tunisie). Les familles des travailleurs forcés, quand à elles, subissaient l’humiliation et toute l’injustice de l’occupant nazie.
Bien que les Nazis n'aient pas eu le temps nécessaire pour exterminer la population juive locale et appliquer la "Solution finale" en Tunisie, grâce essentiellement à la résistance de la communauté locale et du gouvernement tunisien indépendant, des milliers de Juifs ont été arrêtés et contraints de porter l'étoile jaune. Les Juifs tunisiens furent également contraints de payer des amendes et ils étaient systématiquement maltraités physiquement.
En Tunisie il y avait des justes parmi les nations qui ont sauvés des juifs (le règne du roi Moncef Bey) durant l’occupation allemande. Tous les hommes de 18 ans et plus de confession juive, furent contraints, raflés et expédiées dans des camps pour l’accomplissement du « travail obligatoire » avec les conséquences qu'on pourrait imaginer !
Mais dans la ville de Grombalia, (à 40 kilomètres au sud de la capitale Tunis) certains ont pu être sauvé par des habitants loyaux qui leur offraient un logement et de la nourriture, jusqu à la libération. Les justes sont effectivement des braves et le temps qui passe valorisera leurs actions d’avantage avec un réel espoir de servir d’exemple et de modèle pour un avenir de paix et d’entente entre tous les hommes (4).
Le Bey de Tunis avait aussi une attitude courageuse dans cette période sombre de l’histoire de notre pays. Moncef Bey n’a pas favorisé la moindre propagande anti juive comme le firent les autorités de Vichy. Le souverain tunisien, Moncef Bey, monté depuis peu sur le trône avait assuré que les juifs étaient des tunisiens comme les autres. A la période de l’occupation nazie, il n'avait certes aucune possibilité d'empêcher les Allemands de se prendre à la Communauté juive. Malgré l'antisémitisme de certains de ses sujets, il n'eut jamais une attitude hostile à l’égard des juifs tunisiens et, très habilement, il refusa de collaborer avec l'occupant allemand.
Aujourd’hui, nous tenons à rendre hommage à ce prince, dont les juifs de Tunisie ont honoré la mémoire après son décès, parce que son comportement contrastait avec celui de la quasi-totalité des gouvernements vichystes des pays occupés. Pendant que le maréchal Pétain et son administration favorisaient la chasse aux juifs, un prince musulman témoigna sa sympathie envers ses sujets juifs.
En cette période où des campagnes haineuses envers les juifs se développent dans des pays musulmans, il est bon de rappeler que, si le judaïsme tunisien a survécu à l'un des plus grands dangers de son histoire, c'est en partie au moins à un prince musulman qu'il le doit.
Après 65 ans de ces faits, et parce que la compassion et l’engagement envers nos compatriotes juifs sont un devoir moral, le représentant officiel de la Tunisie à la conférence internationale sur l'Holocauste organisée à Jérusalem, interviendra pour rappeler ce triste épisode de notre histoire et les grandes souffrances de la communauté juive de ce pays.
Durant trois jours, la conférence qui s'ouvrira le 28 avril à l'institut Yad Ben Zvi, abordera le sort des Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde guerre mondiale. Ahmed el-Abassi, représentant de la Tunisie auprès de l'autorité palestinienne, apportera lors de cette conférence internationale sur l'Holocauste un témoignage édifiant sur le sort des Juifs tunisiens, sous l’occupation allemande, qui reste un drame inestimable pour ce pays. Il sera ainsi le premier représentant d'un pays arabe et musulman à évoquer la Shoah (5).
Si les allemands ont échoué, en quelques mois d’occupations, à effacer des siècles de présence juive en Tunisie, aujourd’hui l’attachement des juifs tunisiens à cette terre fait qu’ils ne peuvent rester indifférents devant cette première participation tunisienne à une conférence internationale sur l'Holocauste.

Le président Ben Ali, qui contrairement à tant d’autres, s'est toujours montré bienveillant et amical vis à vis de la communauté juive, témoigne aujourd’hui de sa solidarité pour le sujet et sa reconnaissance des peines et souffrances qu’a endurées la communauté juive tunisienne sous l’occupation allemande.
La participation tunisienne, à cette conférence internationale, est à inscrire dans les annales: Elle montre que la Tunisie s’est engagée, comme l’ensemble des pays civilisés, à s'assurer que le monde n'oubliera jamais l'horreur de l'Holocauste.
Nous Tunisiens, avions et possédons toujours cet esprit de tolérance et d'amitié pour tous, c'est pourquoi, nous nous souvenons toujours des peines et souffrances qu’a endurées la Communauté juive tunisienne sous l’occupation allemande. Il faut garder l'espoir que d'autres pays s'inspireront de la politique de la Tunisie pour faire rayonner la paix dans le monde.

Ftouh Souhail,
Tunis

(1) C’est ce qu’a annoncé le porte-parole du mémorial de la Shoah Yad Vashem, Iris Rosenberg, le mercredi 2 avril. « C’est la première fois qu’un représentant des Arabes musulmans est recruté pour sensibiliser le monde arabe au Moyen-Orient sur la question. » Le porte-parole du Musée de l’Holocauste à Jérusalem a considéré que : « Sa présence exprime sa solidarité pour le sujet et la reconnaissance des peines et souffrances qu’a endurées la Communauté juive tunisienne sous l’occupation allemande ». Extrait d’un article paru le 6 Avril, dans la rubrique ‘Daily Israel Report’ d’Arutz Sheva, traduit par Claude Lesselbaum.
(2) Les Allemands qui étaient refoulés d'Egypte après El Alamein et Tobrouk sont arrivés à la capitale Tunis, le 8 novembre 1942.
(3)Durant le Rafle des Juifs de Tunis, un jour du 9 décembre 1942 (le 2 Tevet 5703) quelques 2 000 juifs furent arrêtés. Des centaines d’entre eux avaient trouvé la mort et plusieurs d’entre eux en trouvé la route de la déportation.
(4) L’an dernier, un Tunisien Khaled Abdelwahhab a été le premier Arabe à recevoir le titre de « juste des Nations » par le Mémorial de la Shoah Yad Vashem.
(5) Plus récemment, cette année, le Musée de l’Holocauste de Yad Vashem a lancé un site Internet en langue arabe, pour sensibiliser le monde Arabe sur la question de l’extermination des Juifs par les Nazis et pour combattre la négation de l’Holocauste. Le Prince Hassan de Jordanie a enregistré un discours sur vidéo pour l’inauguration du site Internet