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14 juin 2006

La plage de Gaza – ou : « c’est pas moi, c’est toi ! »

Enfants de la ville de Sderot
pendant un bombardement palestinien
(photo de la chaîne de télévision Channel 10)

D’abord - si l’on peut effectivement désigner un commencement dans la guerre de propagande - il y eut « le massacre de Sabra et Shatila » (1). Chacun se rappellera des démonstrations géantes de la gauche israélienne, appuyée par l’opinion publique internationale, qui amenèrent Menahem Begin à limoger le Ministre de la Défense d’alors, Ariel Sharon. Ensuite, il y eut ces images terribles où l’on voyait un petit garçon se faire assassiner de sang froid à bout portant devant toutes les télévisions du monde (2). Émotion. Colère. Indignation. Réactions à chaud : le pathétique, plus encore quand il est relayé par les images, sera toujours plus fort que tous les raisonnements.

Vendredi 9 Juin, suite à des tirs d’artillerie de l’armée israélienne, dont les circonstances restent à déterminer, une nouvelle « affaire » vient de naître qui alimente la soif de pathétique des politiques, du public et de la presse : sept membres d’une même famille palestinienne ont trouvé la mort sur une plage de Gaza. Tous les éléments sont réunis pour faire une bonne histoire : le choc émotionnel qui voit un après-midi familial basculer en massacre ; une petite fille transformée en témoin impuissant, dont la vie d’enfant est sacrifiée. Car comment ne pas être ému par les larmes d’une petite fille paniquée ? L’utilisation des enfants est d’ailleurs - et ce depuis longtemps - devenue une arme redoutable entre les mains des « combattants » palestiniens: soit que les « combattants » se mélangent a la population civile, soit qu’ils les utilisent pour les accompagner dans leurs opérations ou aux moments des transferts d’armes et d’hommes (3). De cette manière, si Israël décide une intervention armée, les enfants seront brandis comme des boucliers (aussi très utile pour la télé) Car comment ne pas être horrifié par la brutalité de l’armée israélienne ? Il se trouve que nous sommes tous disposés - y compris les Israéliens - à croire sans examen préalable dans la culpabilité de Tsahal. C’est pourquoi il est intéressant de resituer le contexte dans lequel se sont déroulés les événements, mais aussi la manière dont ils ont été utilisés comme outil de propagande.

Les tensions entre l’Autorité Palestinienne et le Hamas sont à leur apogée, et le bras de fer entre le Fatah et le Hamas ne semble pas devoir se terminer. En tous les cas, pas d’une manière pacifique. La décision d’Abou Mazen de conduire son référendum jusqu’à son terme exaspère le Premier Ministre, Ismaël Haniyé : celui-ci voit dans ce référendum une manière détournée de remettre en question son autorité. Et il a raison. Sur quoi porte le référendum ? Sur un document rédigé par des prisonniers dans lequel ceux-ci appellent à une reconnaissance de l’État d’Israël et à un retour aux frontières de 1967. Une politique tout à fait contraire aux principes que le Hamas revendique. On peut donc dire en clair que ce référendum est une nouvelle élection politique dans lequel le peuple est de nouveau appelé à choisir : le Hamas, ou l’A.P. Ce qui nous place dans un contexte de « campagne électorale » sur fond de violences où chacun est amené à surenchérir sur l’autre.

Ce qui s’est passé sur la plage de Gaza - et reste justement à savoir ce qui s’est vraiment passé (4) - a ouvert une fenêtre d’opportunité pour les deux hommes qui sont en train de s’affronter : Abou Mazen, Ismaël Haniyé. Tsahal est de nouveau placée sous le regard accusatoire de la Communauté Internationale mais aussi de l’opinion israélienne. Le Hamas en profite pour bombarder la ville de Sderot au moyen de roquettes Qassam. Le Hamas revendique d’ailleurs sans honte aucune ces attaques dont les cibles sont des maisons familiales, des écoles (voir photo), des jardins d’enfants. Parallèlement, Le Hamas a déclaré la fin de la trêve, et il appelle à une reprise de la lutte armée (dit autrement : la reprise des bombardements (5) et des attentats suicides). De son côté, le Fatah n’est pas resté inactif : aujourd’hui, le Parlement et la maison du Premier Ministre à Ramallah, tous les deux tombés entre les mains du Hamas, ont été incendiés par ses hommes. Les salaires des fonctionnaires ne sont pas payés : une manière de maintenir la population sous pression et de « l’orienter » (6). Enfin, Abou Mazen, comme Ismaël Haniyé, ont largement utilisé cette « affaire de la plage de Gaza » : la petite fille rescapée a accompagné le Premier Ministre à toutes ses conférences de presse. Elle était assise sur ses genoux - c’est un message - comme les enfants des « martyrs tombés au combat ». Il est heureux que Monsieur Olmert ne brandisse pas pareillement les enfants victimes d’attentat ... il faudrait installer tout un collège en annexe à sa résidence !

Est-ce à dire que ce sont le Hamas ou le Fatah qui ont tué cette famille palestinienne sur la plage de Gaza ? Évidemment non. Cependant, certaines zones d’ombre exigent des éclaircissements. Vendredi 9 Juin vers 21h, le Chef d’État-Major israélien Dan Halouts déclarait à la télévision israélienne qu’une enquête était immédiatement ouverte. Dimanche matin, on apprenait d’une source sécuritaire palestinienne non-citée que les hommes du Hamas avaient déjà déblayé la plage de Gaza, rendant par avance toute enquête impossible. Première question : pourquoi le Hamas est-il intervenu avec une telle précipitation? Aujourd’hui, l’Observatoire des Médias Palestiniens (PMW) publie ce communiqué : " la télévision de l’A.P a diffusé de manière répétée une vidéo falsifiée des événements liés au décès de sept membres d’une famille palestinienne sur la plage de Gaza (...) Afin de rendre la marine israélienne responsable de ces morts, cette TV publique a intercalé des images vidéo d’un navire israélien tirant en direction de Gaza plus tôt dans la journée entre des scènes relatives à ces morts, induisant l’impression qu’Israël était responsable de ces morts. " La semaine passée, le Hamas accusait l’A.P de diffuser des informations partiales, contrôlées, orientées. Si le Hamas dit vrai, on peut alors supposer que les informations relatives à la plage de Gaza ne font pas exception. D’où la seconde question : quel intérêt l’A.P a t-elle à diffuser des informations qui incriminent Israël ? On se rappellera seulement qu’aux moments les plus sanglants de la guerre civile au Liban, alors que les Druzes, les Chiites, les Sunnites, les Maronites, se livraient une guerre impitoyable sur le dos de leur population, ils trouvaient cependant toujours un terrain d’entente : quand il y avait un massacre, c’était évidemment la faute de l’Autre (Israël).

Avons-nous une chance de savoir un jour ce qui s’est véritablement passé sur la plage de Gaza ? Hautement improbable. C’est aussi le droit à la vérité sur son histoire que cette petite fille aura perdu en allant à la plage ... (7)

Isabelle-Yaël Rose
Jérusalem, le 13 juin 2006

Notes de Jean Corcos :
(1) : à propos de l’accusation récurrente associée à Ariel Sharon, lire sur le blog.
(2) : le petit Mohamed Al Dura, « héros » du film tourné par une équipe de France 2.
(3) : comme ce fut hélas le cas ce mardi 13 juin, où il y eut sept victimes civiles innocentes lors d’une frappe par un missile israélien.
(4) : on ne peut que souhaiter une enquête neutre pour convaincre "l'opinion publique internationale".
(5) : ceux-ci n’ont jamais cessé depuis l’évacuation de la bande de Gaza, mais étaient le fait du « Djihad islamique » ... avec la complicité bienveillante du Hamas.
(6) : une pression bienvenue politiquement pour l’A.P, mais venant d’abord des USA et de l’U.E.
(7) : voir aussi détails sur l’enquête israélienne en lien sur le site du Haaretz.