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18 septembre 2005

A propos de "la politique arabe de la France" : un blog et des commentaires

Blog en stock 

http://www.politiquearabedelafrance.blogspot.com/ 

Je vous recommande aujourd’hui un nouveau blog, celui-là déjà suivi par de nombreux internautes qui cherchent à comprendre les « dessous des cartes » d’une diplomatie qui ne se remet jamais en question (ou plus précisément jamais à découvert : voir le Liban). Il s’agit du blog « Politique arabe de la France ».
Quelques mots d’introduction : pour le gros de la communauté juive de France, il s’agit d’un sujet à la fois douloureux et épineux. Très sensibles aux souffrances d’Israël (où ils ont souvent de la famille), et exaspérés par la sympathie majoritairement pro palestinienne des médias et de l’opinion publique (l’orientation des uns influant celle des autres, et réciproquement), la plupart des Juifs ont « en travers de la gorge » cette fameuse « politique arabe » et son impact sur leur vie quotidienne (au travers d’un retour de l’antisémitisme longtemps nié par les autorités). Polarisés par ce conflit, ils renoncent à toute vue d’ensemble sur la géopolitique. Or « Rencontre » ne traite que rarement du conflit israélo-palestinien (moins de dix pour cent des émissions passées). Et nous avions essayé de faire un bilan global de cette « politique arabe de la France » avec le député Pierre Lellouche, le 4 mai 2003.
Il faut donc dénoncer l’attitude purement émotive d’une partie de nos auditeurs, le « judéocentrisme », cette façon bien naïve de s’indigner de ce que les autres ne partagent pas notre sensibilité. En réagissant ainsi, on ne comprend rien à ce que ressentent sincèrement la majorité de nos compatriotes qui s’identifient tout à fait au flamboyant Galouzeau De Villepin à l’ONU, hier croisant le fer contre la guerre en Irak, et cette semaine déployant son lyrisme devant les grands de ce Monde. Pour la majorité des Français de Droite comme de Gauche, il incarne un message merveilleux, celui de l’intelligence qui dénonce la misère comme la racine de toutes les violences, et qui parle "des identités blessées, de l'exigence de justice et de respect, comme préalable à toute paix". 

Or « Politique arabe de la France » passe au scanner cette diplomatie qui est devenue une véritable institution nationale, un joyau du patrimoine comme le champagne, l’Ecole Polytechnique ou la porcelaine de Sèvres, un élément de consensus dont ne débattent pratiquement jamais nos journalistes (dépendant directement pour leurs informations du Quai d’Orsay au travers de l’AFP) ou nos députés (non consultés quand des choix stratégiques lourds sont décidés à l’Elysée). Il en révèle les turpitudes (comme par exemple l'affaire Boidevaix). Il donne des informations étonnantes de précision, par exemple sur les négociations entre l’Union Européenne et l’Iran sur le nucléaire, ou sur les interventions internationales au Liban après le départ des troupes syriennes ... en bref il analyse froidement le jeu diplomatique du Quai d’Orsay, à l’aune simple des jeux d’intérêts entre grandes puissances. Son webmaster est (un peu comme moi) un fou d’Internet, et il jongle avec d’innombrables sites, arabes ou autres, qui constituent une mine incroyable d’informations. Enfin et surtout, ce « blog » manifeste de l’empathie pour les peuples arabes, leur manque de liberté et la duplicité de trop de leurs régimes, posant la question de fond jamais posée par les journalistes à nos hommes politiques de Droite comme de Gauche : en quoi le soutien à des dictatures féodales peut-il permettre de combattre la misère, « racine du terrorisme » comme disait l’autre ? Comme le soulignait François Heisbourg dans "La fin de l'Occident" (il fut notre invité le 19 juin dernier), "ces plus ou moins bonnes causes masquent une forme de mépris, voire de racisme habillé d’un discours de relativisme culturel : la démocratisation et les droits de l’homme, ce n’est pas pour les Arabes, ils sont trop différents de nous (...)". Corollaire de ce silence : que valent les beaux discours sur "l'exigence de justice et de respect" lorsque l’on profite - ni plus, ni moins que les autres Occidentaux - d’un pompage régulier de richesses, pétrodollars recyclés dans l’immobilier ou capitaux de toutes les nomenklatura du Maghreb (sujet évoqué avec Pierre Vermeren en octobre 2004) ? On pourrait enfin ajouter à ce cynisme autosatisfait, un simplisme jacobin parfaitement intégré par nos élites sorties du moule de la haute administration, et qui ignore superbement "les identités blessées" de toutes les minorités (Arabes chiites, Kabyles d’Algérie, Kurdes d’Irak, Chrétiens du Soudan ou d’ailleurs), autant de populations souvent évoquées par « Rencontre » !  
J.C