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19 juin 2011

La Turquie sombre dans l’islamisme : Victoire écrasante de l’AKP


Les élections législatives en Turquie  se sont passées sans surprise  ce dimanche 12 juin 2011.
Le parti issu de la mouvance islamiste du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a remporté une victoire écrasante les législatives en Turquie, assurant une troisième législature consécutive, après dépouillement de la quasi-totalité des bulletins. Après comptage de 94% des voix, le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan, au pouvoir depuis 2002, a remporté 50,4% des voix, selon la chaîne d'information CNN-Türk. Le Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2002, assure ainsi  largement  la majorité absolue au Parlement de 550 sièges. Vient en deuxième position le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale force d'opposition avec 25,8% des voix, suivie des nationalistes du MHP (Parti de l'action nationaliste) avec 13,2%.

A la lumière de ceci le parti islamo conservateur au pouvoir issu de la mouvance islamiste pourra former seul un gouvernement. C’est surtout depuis que les Turcs ont élus ce parti  islamiste que beaucoup de choses ont changé dans ce pays. En 2002, un parti islamiste, l’AKP de Recep Tayip Erdogan, arrive au pouvoir en Turquie. L'AKP a nommé des fonctionnaires religieux à des postes importants dans les ministères de l’éducation, de la justice et des affaires sociales. En août 2010 le conseilleur du Premier ministre turc a déclaré qu'il envisageait d'épouser une quatrième femme. Sa nomination a toutefois été approuvée au sein du gouvernement. En octobre 2010 Un haut magistrat tire la sonnette d'alarme :  le procureur général turc Abdurrahman Yalcinkaya a mis en garde contre la levée de l'interdiction du voile à l'université, estimant que cela "ouvrirait une brèche dans le principe de laïcité en fondant un arrangement public légal sur des bases religieuses".

Le Parti Républicain du Peuple (CHP), d’opposition, soupçonne, quant à lui, que l’AKP veuille exploiter les sentiments religieux pour gagner les élections. L'AKP a imaginé, en effet, une théorie du complot, qu'il a appelée Ergenekon, dans le but d'arrêter environ 200 opposants au parti, parmi lesquels des officiers de l'armée, sous l'accusation de complot visant à renverser le gouvernement élu. Le gouvernement islamo conservateur a foncièrement réussi à annihiler de facto l'influence de l'armée turque en tant que protectrice de la démocratie laïque. Le 22 février 2010, la justice turque a arrêté une centaine d’officiers de haut rang. Ce coup de filet sans précédent a mis un point final à la guerre que mène l'état-major laïciste contre le gouvernement islamiste du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan depuis l'arrivée au pouvoir de celui-ci.
En septembre 2010 le gouvernement  islamiste d’Erdogan a fait passer  des amendements modifiant la Constitution de 1982. En faisant ces amendements, Erdogan a  surtout  voulu en finir avec l’héritage de Mustapha Kemal.

L’AKP a abandonné l’alliance turco-israélo-américaine contre une intégration dans une un clan pro musulman, pro palestinien et antisioniste. Le Parti d’Erdogan a amorcé un retour massif vers l'Islam, voire l'islamisme. Il  réussi à renforcer les relations  de son pays au sein du Moyen Orient, plutôt qu'avec l'Occident, notamment auprès de deux  voisins, l'Iran et la Syrie.
Le rapprochement entre la Turquie et les pays de l’axe du Mal, et les tensions dans les relations entre Ankara et Jérusalem  ont déjà provoqué des effets collatéraux préoccupants au sein de la communauté juive turque. Les Juifs de Turquie s'inquiètent des conséquences éventuelles sur leur communauté après cette  nouvelle victoire  des islamistes aux législatives en Turquie L’atmosphère est déjà  très tendue et pleine d’hostilité, et certains slogans visaient les juifs et non pas seulement l’état israélien. Plus de 10.000 Turcs ont défilé  le mois dernier le long de l'avenue Istiklal, la principale artère commerçante d'Istanbul aux cris de "Maudit soit Israël!" et "Israël, assassin!", agitant des drapeaux palestiniens et des flambeaux, pour commémorer l'assaut contre le Mavi Marmara, l'an dernier. Cette atmosphère hostile trouve confirmation dans la violence des commentaires et de l’attitude du premier ministre Erdogan, qui alimentent l’hostilité envers Israël.

Tayyip Erdogan avait levé le voile sur son changement de stratégie dès 2004 en qualifiant Israël «d’Etat terroriste» quand il avait éliminé le Cheikh Yassine. Il avait invité à Ankara en février 2006 le chef du Hamas Khaled Mashaal avec les honneurs réservés aux personnalités et enfin avait traité Shimon Pérès «d’expert en assassinat» à la conférence de Davos de janvier 2009. En Octobre 2009  le Premier ministre Erdogan a tenu des propos incendiaires, accusant Israël d’avoir « lancé des bombes au phosphore sur des enfants innocents dans la bande de Gaza ». Ce dernier a en effet porté des accusations très graves contre Tsahal, n’hésitant pas à affirmer qu’il avait commis des « crimes de guerre » pendant l’opération Plomb Durci. Erdogan a  rallumé un feu en soufflant dans tout le Moyen Orient : visite en Iran, en Syrie, soutien au Hamas et Hezbollah. En janvier 2011 le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que son pays soutient le Hamas : «Nous soutenons le Hamas quand il à raison, parce que le mouvement Hamas est un mouvement de résistance. Le Hamas n’est pas un mouvement terroriste. Ces gens là défendent la terre. C’est un groupe politique qui a remporté les élections » à déclaré Erdogan  le 12 janvier 2011 sur Al Jazira.(…) Erdogan a aussi  exhorté Tony Blair à inclure le Hamas dans le processus de paix.

Le régime islamique turc de Erdogan a minutieusement planifié et concrétisé, en mai 2010, avec les dirigeants du mouvement terroriste palestinien Hamas, depuis la zone chypriote occupée par l’armée turque, une flottille du jihad. Neuf terroristes  avaient été tuées lors de l'opération commando israélienne contre ces militants pro-palestiniens pseudo pacifistes à bord de la première flottille pour Gaza. Dans la flottille II  en route  pour Gaza, fin juin 2011,  il y’aura aussi  un bon nombre d’extrémistes turcs membres de l’association humanitaire à tendance islamiste connue par son sigle IHH. Par cette  nouvelle opération, la Turquie veut encore assurer son leadership sous l'égide de l'idéologie panislamiste et jihadiste. D'où le soutien et le relais apporté par le gouvernement turc AKP aux relais de l'Iran dans la région : Syrie, Hezbollah, Hamas. La Turquie a voulu organiser sa nouvelle mise sous tutelle du Proche-Orient.

Selon le quotidien koweïtien as-Siyassa,  du 11 juin 2010, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a adressé il y a quelques jours une invitation officielle en Turquie au secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Le quotidien affirme que l'initiative du chef du gouvernement turc a été prise à la demande du président du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal. De même source, on indique que la visite de Nasrallah à Ankara ne serait possible que si les gardiens de la révolution iranienne assurent la protection du chef du Hezbollah durant son séjour en Turquie ainsi que durant son déplacement.

La politique turque du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan n’est pas si étrange que ça, elle s’inscrit dans la ligne de celle de l’Iran, la Syrie dont l’objectif est de créer un bloc islamo/dominant Ces derniers mois, alors que les observateurs note une dangereuse radicalisation du gouvernement, le gouvernement d’Ankara , un haut responsable turc proche du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, a confirmé le 15 avril dernier  qu'une représentation diplomatique des Talibans allait bientôt être établie à Istanbul !

Tous ces éléments ne peuvent pas nous rassure des conséquences  régionales de cette victoire des islamistes  turcs  aux élections législatives alors qu’en Tunisie,  par exemple,  le mouvement  islamique d’Ennahda (Parti de la Renaissance) qui se dit proche de l'AKP, le parti islamo-conservateur turc, se frotte aussi les mains pour prendre les commandes de l’Etat le 23 octobre prochain , lors des premières élections de l'après-Ben Ali.
  
Ftouh Souhail,
Tunis le 14 mars 2011

Nota de Jean Corcos
On connait l'engagement vigoureux de Souhail Ftouh contre l'islam radical, et je comprends parfaitement que ce jeune Tunisien s'inquiète de la contagion dans son pays, alors même que les partis islamistes justifient partout leur "modération" en disant, justement, que l'AKP est leur modèle ! Sur le plan géostratégique, par ailleurs, il est clair que le grand vainqueur des élections de dimanche dernier n'est pas un ami d'Israël, et que ce ne sont pas de bonnes nouvelles pour Jérusalem.
Mais on connait aussi mon souci de rigueur et mon esprit de nuance ... et je ne peux pas ne pas compléter ce long article par quelques "bémols" :
1) A propos de la "flottille numéro deux", on vient d'apprendre que le "Mavi Marmara" ne reprendrait pas la mer, et le gouvernement turc fait tout pour éviter une nouvelle aventure.
2) A propos du rapprochement avec la Syrie, force est de constater que Erdogan a condamné les "atrocités" de la répression menée par le régime, se démarquant ainsi clairement de l'Iran qui soutient le clan Assad par tous les moyens.
3) Enfin à propos du vote des Turcs, deux remarques : tout d'abord l'AKP n'a pas obtenu la majorité des deux tiers qui lui aurait permis de modifier la Constitution ; ensuite, ce soutien populaire est aussi - et peut-être surtout - le fruit d'une excellente situation économique, à l'actif de ce parti et même s'il nous inquiète par ailleurs.

17 juin 2011

Les rebelles, Kadhafi et les Juifs



On l'aura compris, je n'ai guère eu d'hésitation à soutenir l'ensemble des révoltes dans le monde arabe, quelles que soient les orientations du despote au pouvoir - pro-occidental ou anti - et quelles que soient les inquiétudes, légitimes, que l'on pouvait avoir vis à vis d'une possible récupération islamiste. J'espère que celles et ceux qui auront suivi la série d'émissions consacrées à ces révoltes auront aussi constaté que je posais, aussi, des questions non "politiquement correctes", tant il est vrai que le "Printemps arabe" ne fait l'objet que d'éloges dans nos grands médias ; et ce, alors et par contraste, que la "blogosphère juive francophone" nous aura inondé de billets méprisants, sarcastiques et trop souvent racistes vis à vis de ces peuples luttant pour leur liberté ...

Soyons donc très clair : la photo que je publie aujourd'hui (1) ne date pas d'hier : elle a été prise au début de la révolution libyenne, dans les rues de Benghazi ; elle a été royalement ignorée par la presse française, tandis que des sites juifs l'ont publiée et republiée, y voyant la preuve définitive de l'antisémitisme de tous les révolutionnaires du pays - ceci sans parler de l'absurdité totale du message, faisant du dictateur un Juif camouflé ou le jouet d'Israël. Depuis, il y a eu l'intervention de l'aviation de l'OTAN après une résolution du Conseil de Sécurité à l'initiative de la France - une décision de Nicolas Sarkozy qui devait beaucoup, on l'a dit, au "forcing" de Bernard-Henri Lévy qui a rencontré, régulièrement, les représentants du "Conseil National de Transition" (CNT) au pouvoir dans l'Est de la Libye.

Or de ce CNT, de BHL et d'Israël il a été question ces derniers jours, à propos d'une confidence du second qui a fait l'objet d'un sec démenti : les nouvelles autorités libyennes seraient prêtes à reconnaître Israël, et Bernard-Henri Lévy aurait remis un message en ce sens au gouvernement de Jérusalem. Hélas, c'était trop beau ... et dans le fond, bien surprenant : que l'on pense simplement à l'Irak nouveau, bâti sur les ruines du régime de Saddam Hussein, et qui doit tout aux Américains ; aucun geste, aucune ouverture, rien n'a été fait en provenance de Bagdad vis à vis de l’État juif!

En conclusion, et même s'il n'y a pas lieu de regretter Kadhafi, les choses me semblent donc aussi claires que figées à moyen terme : même avec un début de démocratie, la haine des Juifs a été distillée pendant trop longtemps à une population souvent inculte, et cela interdit, hélas, de se faire trop d'illusions ...

J.C


(1) : impossible hélas d'agrandir la photo par un simple clic : on devine simplement que le personnage de la caricature, chien-vampire crachant le sang, porte une étoile de David bleue pour l'identifier comme juif.

16 juin 2011

La double dynamique du conflit syrien

Si les révolutions en Tunisie et en Égypte se sont jouées en quelques actes dramatiques, relativement simples et décisifs, le cas syrien s'apparente plutôt à un feuilleton alambiqué, dont on ne devine pas le dénouement. Aussi faut-il en suivre attentivement les épisodes, et rester attentifs aux rebondissements.

La violence qui agite le pays repose sur une double trame. D'un côté, il s'agit d'une révolte des provinces négligées par un régime qui en est pourtant issu. Hafez Assad, le père du président actuel, appartenait à une génération d'outsiders provinciaux d'origines très diverses, qui s'est battue pour son ascension sociale, la conquête d'un pouvoir accaparé par une élite quasi-féodale, et la projection de l’État vers les périphéries, à travers la provision de services, l'extension du maillage administratif, le déploiement du parti Baath, la mise en œuvre de grands projets de développement. etc.

La génération aujourd'hui au pouvoir a oublié ses origines. Elle a grandi à Damas, s'est mêlée à une élite urbaine qui a fait semblant de l'accepter, et a investi dans un processus de libéralisation qui, en Syrie comme ailleurs, ne profite qu'aux grandes villes au détriment des provinces. Dans ces dernières, l’État s'est éclipsé, de même que le parti, laissant les services de sécurité contenir un nombre croissant de problèmes – quand ils n'y contribuaient pas directement, en composant avec les trafiquants, les islamistes et les réseaux de corruption. Un peu partout en Syrie, ce legs éclate désormais au grand jour.

De l'autre côté se joue la revanche du régime policier allawite qui s'était constitué à la faveur de la grande répression du début des années 1980, quand le régime affrontait une insurrection sectaire dominée par les Frères musulmans. Ce régime que Bashar a hérité, il l'a en partie démantelé, écartant les barons des services et tempérant les abus de leurs agents. Les perdants de ce processus font actuellement un retour en force. Bashar, comme auparavant en période de crise, suit le mouvement.

Ce qui se passe sur le terrain est donc bien différent de ce qu'en dit le régime, bien qu'il n'ait pas tort sur tous les plans. Dans le discours officiel, la révolte serait une insurrection à dominante islamiste sponsorisée par l'étranger – semblable au phénomène d'il y a 30 ans. Mais le régime combat ses propres bases sociales bien plus que celles des Frères musulmans – dont les initiatives lancées de l'étranger rencontrent de faibles échos au niveau de la rue. Si fondamentalisme il y a, c'est essentiellement le résultat d'un vide laissé par un parti impotent, un État en retrait et un leadership retranché dans la capitale.

Dans les provinces, les Syriens ne voient plus aujourd'hui du régime que son pire visage : des services de sécurité qui ne se contentent pas de réprimer la composante armée du mouvement de protestation, mais tentent de l'écraser dans son ensemble, en recourant abusivement à la force, en multipliant les humiliations, en s'efforçant en somme de restaurer le mur de la peur. Peine perdue : s'il y une chose que les manifestants ne laisseront pas définir leur avenir, c'est le règne des services. Ce qu'ils veulent, fondamentalement, c'est celui de l’État – à savoir une forme de gouvernement leur assurant une représentation politique et une redistribution économique un tant soit peu équitable… et des recours contre la violence de l'appareil sécuritaire.

La majorité silencieuse soutient tacitement le régime par crainte, justement, que sa chute ne précipite aussi l'effondrement de ce qu'il existe d'une structure étatique. C'est le cas d'une portion importante des minorités (qui tremblent à l'idée d'un agenda islamiste hégémonique) des classes moyennes (dont le statut est largement tributaire de l’État) et des hommes affaires (qui craignent pour leurs intérêts prosaïques). La révolte des provinces les inquiète et l'opposition en exil ne les rassure pas, appelant au renversement du régime tout en se passant d'articuler la moindre alternative crédible.

Prié de garantir une forme de stabilité, le régime ne s'en comporte pas moins de façon chaotique, que ce soit en matière de répression, de réforme, de dialogue avec l'opposition, ou encore de gestion des conséquences économiques du désordre. Ce faisant, il convainc une part croissante de cette majorité silencieuse de son incapacité à offrir une issue ; en somme, bien que la dichotomie offerte par le pouvoir, "nous ou le chaos", l'ait bien servi au début, de plus en plus de Syriens répondent "quand à subir le chaos, autant se passer de vous". Ainsi, le régime pose les bases d'une mobilisation qui dépasserait largement le cadre de la révolte des provinces.

Aussi peu probable soit il, on ne peut pas exclure un autre scénario. L'approche sécuritaire adoptée par Bashar et portée par toute une élite soucieuse de protéger ou promouvoir ses intérêts, est en passe de démontrer son échec patent. Elle permet certes au régime de contenir l'ampleur de la mobilisation, mais ne l'éteindra pas. Elle catalyse la militarisation de certaines de ses franges, qui infligent à l'appareil de sécurité plus de pertes qu'il ne peut tolérer sur la durée. Et elle perpétue une instabilité qui fait perdre au régime ce qui lui reste de soutiens. Or, avec des ennemis nombreux et sans base populaire solide, il ne survivra pas.

Ce fiasco pourrait l'amener à rechercher plus sincèrement une sortie de crise politique, quand les partisans de la ligne dure n'auront plus rien à proposer. Il apparaît aujourd'hui qu'il a toujours été illusoire d'espérer que Bashar prendrait les devants, en se lançant dans une révolution contre son propre entourage. Mais les dynamiques au sein de l'élite pourraient néanmoins changer, en faveur d'éléments plus rationnels et raisonnables qui ont été marginalisés.

La lutte pour que la famille régnante se maintienne dans un climat de corruption, d'incompétence et d'impunité est une bataille qu'elle ne peut que perdre. La seule cause que le pouvoir peut espérer défendre, c'est celle de l’État, ce qui exigera de défaire bien des aspects qui font de lui un "régime". A ce stade, celui-ci a le choix entre se démanteler lui-même par ses erreurs et ses excès, jusqu'à l'implosion, ou se démanteler de façon volontaire et systématique. S'il fait ce second choix, il aura besoin de tous les encouragements que la société internationale peut offrir.
Il y a fort à parier que le régime opte plutôt pour la voie du suicide collectif. Dans ce cas, tout reposera, en dernière analyse, sur la détermination de la société syrienne, qui pour l'instant résiste aux dynamiques d'éclatement dont joue le pouvoir, à l'y pousser sans l'y suivre.

Peter Harling, 
directeur de projet, basé à Damas, pour l'International Crisis Group
Le Monde, 1er juin 2011

14 juin 2011

Connaissez-vous ce charmant pays (suite) ?



La devinette du mois
- juin 2011

Nouvelle devinette, dans la série inaugurée il y a maintenant deux mois : il s'agit de deviner un pays musulman, d'après l'architecture, typique, de sa capitale ou d'une grande ville.

Sur cette photo, vous remarquerez plusieurs immeubles datant de l'avant-guerre, plutôt de style européen, et entourant une tour surmontée d'une horloge : nous sommes au cœur d'une capitale, en plein Orient ... et cette place piétonnière est célèbre !
Comme d'habitude, e-mails bienvenus à l'adresse du blog : rencontre@noos.fr. Le résultat sera donné avec la prochaine devinette, le mois prochain.

Quand à la devinette précédente, il s'agissait ... du Maroc, la photo ayant été prise à Casablanca, grande métropole bâtie sous la colonisation,et qui renferme en effet plusieurs immeubles de style "art déco" ! 


J.C

13 juin 2011

Un chroniqueur jordanien : le droit de retour est une exigence irréaliste

Réagissant à l'initiative de paix pour le Moyen-Orient du président américain Barack Obama, incluant la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967, mais non le droit de retour pour les réfugiés palestiniens, le Dr Fahd Al-Fanek, ancien président du Conseil du quotidien gouvernemental jordanien Al-Rai, met en garde l'Autorité palestinienne contre le rejet d'un tel plan, estimant que le droit au retour est une exigence irréaliste. Extraits: [1]

Lorsque le président américain Barack Obama présente un projet de règlement global du problème palestinien, il le considère comme réalisable, vu qu'il ne le présenterait pas s'il n'avait au préalable obtenu l'approbation du côté israélien. La question est donc de savoir comment l'Autorité palestinienne régira.

La solution d'Obama sera la création d'un Etat palestinien dans les frontières du 5 juin [1967], avec échange de territoires agréé des deux côtés, et ayant pour conditions le renoncement au droit de retour des réfugiés palestiniens, et que [les Palestiniens] se satisfassent d'un retour des réfugiés aux frontières de l'Etat palestinien, pour ceux qui le souhaitent.

Il y a ceux qui disent que la partie américano-israélienne ne proposerait pas cette résolution si elle ne savait pas [déjà] que l'Autorité palestinienne la rejetterait ; si elle avait estimé possible que l'Autorité [palestinienne] renonce au droit de retour en échange d'un Etat, elle n'aurait jamais fait cette proposition.

Le commentateur réaliste est toutefois en droit de dire que le rejet du plan Obama par l'Autorité palestinienne... signifie que les Palestiniens n'obtiendront ni Etat, ni droit [de] retour...

Il semble que l'Autorité palestinienne conserve un espoir, même léger, de voir se concrétiser le droit de retour des réfugiés en Israël. Mais une analyse réaliste doit reconnaître que le retour [des réfugié] est impossible dans le cadre d'un règlement pacifique, vu qu'Israël n'a nullement l'intention de [renoncer à son identité] d'Etat juif. Seule une défaite militaire pourrait contraindre Israël à reconnaître le droit de retour, ce qui n'est pas à prévoir dans un avenir proche.

Pour ce qui est du long terme, avec le temps, le droit de retour devient de moins en moins réalisable, même s'il est une option formelle. Déjà aujourd'hui, aucun Palestinien de moins de 70 ans en diaspora ne connaît la Palestine.

En outre, la plupart des villages palestiniens auxquels [les réfugiés] demandent de revenir n'existent plus, et la plupart des Palestiniens vivant en diaspora ont obtenu la nationalité étrangère et se sont installés dans leur pays de résidence. On se souvient encore de comment des dizaines de hauts responsables palestiniens pour lesquels Yasser Arafat avait obtenu le droit de retour, et pour qui une [cérémonie] d'adieu avait été organisée sur le pont [Allenby], sont revenus à Amman en l'espace de deux semaines !

Face à cette occasion, nous ne devons pas oublier [de mentionner] que l'Initiative [de paix] arabe a supprimé le droit de retour en stipulant qu'elle serait acceptée par Israël, ce qui explique pourquoi, malheureusement, il ne reste plus qu'[à accepter] des réparations."

[1] Al-Rai (Jordanie), 29 avril 2011.

Source : MEMRI, 10 mai 2011 

Nota de Jean Corcos :
Cette position d'un intellectuel jordanien est remarquable, par sa lucidité et son courage: si les dirigeants arabes avaient fait sérieusement pression sur Arafat, puis sur Abbas, un accord de Paix aurait peut-être été déjà signé - au moins avec le gouvernement israélien précédent. "Israël n'a nullement l'intention de renoncer à son identité juive", voilà ce que l'on aimerait entendre aussi de la part de la communauté internationale, de façon à briser définitivement les illusions palestiniennes. Hélas, le mythique "droit au retour" continue d'être revendiqué, et il se transforme en un nouvel instrument de propagande comme on l'a vu récemment : à l'occasion du jour de la "Nakba", puis de celui de la "Naksa" - commémorations sinistres des défaites de 1948 puis de 1967 - on a vu des centaines de Palestiniens de Syrie se ruer sur la frontière du Golan - avec, à chaque fois, un lourd bilan de tués inutiles.
 

12 juin 2011

Libye, Syrie, les limites de l'intervention occidentale : Jean-François Daguzan sera mon invité le 19 juin

Jean-François Daguzan

Nous allons poursuivre dimanche prochain notre tour des révolutions qui agitent le monde arabe depuis le début de l'année, en traitant enfin deux pays qui ont connu des violences extrêmes, la Libye et la Syrie. Pour en parler, j'aurai comme invité Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la Recherche Stratégique. Jean-François Daguzan a écrit un nombre impressionnant d'ouvrages, articles et communications depuis près de trente ans, mais j'ai surtout noté sa spécialisation dans les équilibres géostratégiques en Méditerranée, et plus particulièrement sur le Maghreb. Il s'est intéressé aux problèmes de prolifération, de terrorisme, mais - tout étant lié - également aux échanges Nord-Sud et à l'économie. Il est également le rédacteur de la revue "Maghreb-Machrek" depuis 2003. Quelques mots pour expliquer pourquoi j'ai choisi de  l'interroger d'abord en première partie sur la Libye, puis en deuxième partie sur la Syrie. Pourquoi avoir rapproché ces deux pays, qui ne sont même pas voisins ? Et bien d'abord parce que leurs régimes, en première approche, ont des points communs : dans les deux cas une famille qui met en coupe réglée un pays depuis plus de 40 ans, et qui se maintient par des répressions féroces, répressions qui, étrangement, ont peu mobilisé les consciences jusqu'à ces dernières semaines ; des régimes qui ont été, toujours en paroles mais souvent en actes, en opposition frontale aux intérêts occidentaux, et ont été aussi parfois des bases arrières de mouvements terroristes. Et puis, par contre et depuis qu'une vraie révolution s'est déclenchée cette année, deux pays qui ont eu deux traitements radicalement différents : la Libye, où l'aviation de l'OTAN bombarde les troupes de Kadhafi depuis environ 3 mois ; et la Syrie, où le régime Assad a massacré plus de 1000 manifestants sans réaction forte de la communauté internationale.

Parmi les questions que je poserai à Jean-François Daguzan :

- Pourquoi cette longue complaisance des Occidentaux vis à vis du colonel Kadhafi ? A cause des intérêts pétroliers ? D'une corruption de nos politiques ? Des intérêts géostratégiques ?
- Comment expliquez-vous le "lâchage" assez rapide du régime Kadhafi par les pays arabes "frères", était-il vraiment détesté et pourquoi ?
- Comment se fait-il que Kadhafi conserve pour le moment, malgré trois mois de bombardements de l'OTAN, un soutien au moins d'une partie de son armée et de sa population ? Et quelle porte de sortie imaginer, dans la mesure où sa personnalité lui interdit toute vision réaliste de la situation et des rapports de force ?
- N'avez-vous pas été surpris par la vague de fond de la contestation populaire en Syrie,  qu'une répression féroce n'arrive pas à mater ? D'abord le régime pensait bénéficier d'un prestige du à ses postures nationalistes arabes, anti-américaines et anti-israéliennes, or cela n'a pas du tout joué en sa faveur ; ensuite, on sait le pays quadrillé par plusieurs appareils répressifs, l'armée dominée par les officiers alaouites, les multiples services secrets ou "moukhabarates", le parti Baath, et malgré cela on a vu des foules manifester dans presque tout le pays.
- Il y a en gros deux écoles en Israël face à ce qui se passe en Syrie. Les pessimistes qui disent qu'il n'y a pas d'autres forces organisées d'opposition que les Frères Musulmans, et que tout détestable qu'il était, ce régime a pu dans le passé imposer sa volonté aux éléments incontrôlées dans le pays, et maintenir calme la frontière depuis la guerre du Kippour en 1973 ; et les optimistes, qui pensent d'abord qu'à terme les démocraties engendrées par le "Printemps arabe" sont une bonne chose pour l'acceptation d'un état juif dans la région, et ensuite que la chute de la famille Assad porterait un coup, à la fois au Hamas et au Hezbollah : d'après vous, qui a raison ?

Des sujets passionnants et le regard d'un expert du monde arabe ... j'espère donc que vous serez très nombreux à l'écoute !

J.C

10 juin 2011

Libye: Le calvaire d’Eman al-Obeidi n’était pas fini

Eman al-Obeidi


Eman al-Obeidi, cette Libyenne qui a ému les médias en leur racontant le viol collectif dont elle a été victime en mars dernier, a été expulsée du Qatar où elle tentait de trouver refuge. Maltraitée, humiliée, elle est aujourd’hui retranchée à Benghazi, et espère trouver un pays d’asile, pour recommencer sa vie à zéro.
 
Le 26 mars dernier, cette femme avait touché au cœur les journalistes du monde entier, réunis en majorité à l’hôtel Rixos de Tripoli. Bravant les gardes de sécurités, Eman al-Obeidi fut la première opposante à atteindre les médias stationnés dans la capitale, soumis à un stricte encadrement du régime. Elle avait raconté avoir été arrêtée par des membres des troupes de Kadhafi à un point de contrôle de Tripoli, puis retenue deux jours durant et violée par quinze hommes. Traitée de folle par les fidèles du dirigeant libyen, Eman al-Obeidi avait été embarquée, écrouée, puis relâchée à la demande d’un des fils du colonel, Saadi Kadhafi. Depuis une interview téléphonique le 4 avril avec CNN, elle n’avait plus donné signe de vie. Sybella Wilkes, une représentante de l'ONU, a indiqué ce vendredi qu’elle venait d’être expulsée du Qatar, où elle a tenté de trouver refuge le mois dernier. La Libyenne dont on ignore l’âge et le parcours, se trouverait désormais à Benghazi, le fief des rebelles, dans l’Est du pays. Sybella Wilkes a dénoncé sa déportation, dans la mesure où la jeune femme est une réfugiée reconnue.
Nasha Dawaji, une militante libyenne pro-liberté basée aux États-Unis, a précisé à CNN qu'Eman al-Obeidi était avec trois membres hauts-placés du Conseil national de transition, le gouvernement formé par les insurgés et reconnu par la communauté internationale. Ces derniers auraient été choqués par son état. La Libyenne a été décrite comme «abattue et meurtrie». De même source, Eman al-Obeidi aurait été récupérée avec un œil au beurre noir, des ecchymoses sur les jambes et des griffures sur les bras. Le CNT lui aurait promis d'ouvrir une enquête. Dans les heures ayant précédé son expulsion, des gardes armés avaient été postés devant sa chambre d'hôtel, empêchant un représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés de l'aider, a confié l’expulsée à CNN. L’agent de l’ONU avait préparé des documents pour lui permettre un nouveau départ au Qatar, pour lui permettre de débuter une nouvelle vie après le cauchemar qu’elle a vécu. Au lieu de cela, elle aurait été conduite de force, avec ses parents, de l’établissement Kempinski Residences & Suites, où elle se trouvait, à Doha, jusqu’à un avion militaire, où elle aurait été menottée et battue. Elle a également dit que les Qataris leur avaient tout pris, y compris leurs téléphones portables, son ordinateur portable, et de l'argent.

Le rôle confus du CNT

Vincent Cochetel, du bureau du HCR à Washington, a rapporté ce que les autorités qataries leur ont expliqué pour justifier l’expulsion: ils disent avoir agi sur ordonnance du tribunal, selon laquelle le visa d’al-Obeidy avait expiré. Ce à quoi le HCR a rétorqué que la jeune femme et avait déjà le statut de réfugiée, et donc l’autorisation de rester. Vincent Cochetel indique que Doha a ignoré cette information. «Renvoyer de force un réfugié qui a survécu à un viol collectif, non seulement viole le droit international, mais est aussi cruel et pourrait déclencher d'autres traumatismes», a déploré Bill Frelick, directeur du programme des réfugiés à Human Rights Watch. «Tous les yeux sont maintenant rivés vers les autorités dans l'Est de la Libye, qui devrait permettre à al-Obeidy de quitter le pays.» Le CNT, lui, assure qu’Eman al-Obeidi est libre de voyager où bon lui semble. Mais son rôle dans l’histoire comporte néanmoins quelques zones d’ombre. Après avoir été agressée par les sbires de Kadhafi, puis libérée de prison, la victime présumée raconte avoir fui son pays, avec sa famille, vers la Tunisie, avec l'aide de deux officiers de l'armée ayant fait défection au régime. Des diplomates français les auraient conduits à la frontière, où des fonctionnaires du CNT auraient organisé leur voyage jusqu’au Qatar. Seulement, une fois sur place, al-Obeidy a dû expliquer son cas, assurant notamment avoir reçu l’aide des nouvelles autorités libyennes –avec qui le Qatar coopère. Or, le Conseil a nié cela, comme si cette affaire l’embarrassait finalement. A Washington, le porte-parole adjoint du Département d'Etat Mark Toner s’est dit jeudi «très préoccupé» par la sécurité de la Libyenne, et a souligné que ses hommes étaient en relation avec des organisations internationales pour s'assurer de son sort, et de lui trouver asile dans un «pays tiers». CNN, qui enquête sur cette affaire depuis le début, a précisé n’avoir eu aucune réponse, que ce soit de l’ambassade du Qatar à Washington, de celle de Londres, de l’hôtel où résidait al-Obeidy à Doha, ou même des ministères qataris –sachant que ce vendredi est un jour férié là-bas. Le siège social de Kempinski, situé à Genève, n'était pas au courant de l'incident, mais s’est dit prêt à réagir quand il s’en sera informé.
Le 26 mars, Eman al Obeidi avait suscité l’émotion en faisant irruption à l'hôtel Rixos à l’heure où les journalistes prennent leur petit-déjeuner, avant d’être prise à partie par des représentants du gouvernement libyen et expulsée de l'hôtel. Dans l’établissement, le terrible témoignage avait provoqué une cohue. Un employé de l’établissement avait menacé Eman d’un couteau en la traitant de «traîtresse», des journalistes tentant de s’interposer avaient été plaqués au sol et leur matériel saisi. Le 4 avril, elle avait raconté son calvaire à Anderson Cooper, de CNN, par téléphone: «Ils m’ont lié les mains derrière le dos, et attaché les jambes, ils m'ont frappé (…) et ils versaient de l'alcool dans mes yeux pour que je ne sois pas capable de les voir, et ils m’ont sodomisé avec leurs fusils et ils ne nous laissaient pas aller à la salle de bains, a-t-elle confié. Nous n'étions pas autorisés à manger ou à boire. (…) Un homme partait et un autre entrait. Il finissait, puis un autre homme arrivait», poursuivait-elle avec douleur. Ses bleus et autres blessures apparentes témoignaient en effet de la violence de ses bourreaux. «Ils m’ont violé mon honneur», s’était-elle morfondue ce fameux samedi. Un honneur qu’elle n’arrivera pas à laver tant qu’elle se trouvera dans ce pays où elle ne se sent plus en sécurité. Point final

Marie Desnos
Parismatch.com, le 3 juin 2011

Nota de Jean Corcos
Cette information jette à nouveau une lumière crue sur le Qatar, Émirat très proche de l'actuel gouvernement de notre pays, et dont le rôle apparait, une fois de plus, très ambiguë : soutien indirect des révolutions arabes par sa chaîne satellitaire Al-Jazeera, il se comporte ici de manière abjecte par rapport à une réfugiée sur son territoire, victime des sévices des sbires de Kadhafi ... et alors même que les Qataris participent officiellement aux opérations militaires ; mais de manière plus que symbolique, avec quelques avions !

07 juin 2011

Musulmans de France : le RMF, pro-marocain, remporte les élections

Le Rassemblement des musulmans de France (RMF), pro-marocain, a remporté dimanche, avec 62 % des voix, mais sans surprise car sans réel adversaire, les élections pour le renouvellement des instances régionales du Conseil français du culte musulman (CFCM).
Sur les 3.631 délégués inscrits, représentant 700 mosquées et lieux de culte, 3.176 ont participé au vote, a annoncé Mohammed Moussaoui, président du CFCM. Soit un taux de participation de 87,35 %.
Le 19 juin, les conseils régionaux, issus des élections de dimanche, et réunis en assemblée générale éliront à leur tour le bureau exécutif et le conseil d'administration du CFCM, lequel choisira le nouveau président du CFCM.
M. Moussaoui a fait savoir qu'il était candidat à sa propre succession.
Le résultat en faveur du RMF était largement prévisible dans la mesure où les deux autres principaux courants du CFCM, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans, et la Fédération de la Grande Mosquée de Paris (GMP), proche de l'Algérie, avaient appelé à boycotter le scrutin.

DÉMISSION DU PRÉSIDENT DE L'UOIF

Cependant, deux listes algériennes ont participé au scrutin malgré l'appel du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, opposé au mode de représentativité des mouvements en fonction de la surface des lieux de prière.
Aux divisions entre les courants pro-marocains et pro-algériens au sein des musulmans de France, qui n'ont fait que croître au fil des mois, s'est ajoutée la démission, rendue publique dimanche, du président de l'UOIF, Fouad Alaoui.
M. Alaoui, président de ce deuxième mouvement représentatif des musulmans de France (après le RMF, Rassemblement des musulmans de France, et avant la GMP, fédération de la Grande Mosquée de Paris), a démissionné des fonctions qu'il occupait depuis dix-huit mois "pour cause de divergences". Ahmed Jaballah, un théologien d'origine tunisienne, a été élu pour lui succéder.

Le Monde, 
6 juin 2011

05 juin 2011

Ali Abdallah Saleh ou la stratégie du chaos

Ali Abdallah Saleh, le 13 mai à Sanaa


"Si le Président Saleh veut gouverner avec un bâton (sâmil) alors chacun sortira le sien". C'est ce qu'avait annoncé Hamid Al-Ahmar, dirigeant du parti "islamo-tribal", le Rassemblement yéménite pour la réforme et frère de Sadek Al-Ahmar, cheikh suprême de la confédération tribale des Hachid, lors d'un entretien télévisé en janvier 2011.
Le mouvement de contestation en cours au Yémen a cependant toujours réussi à préserver son caractère pacifique en dépit d'une forte répression qui s'est soldée par des centaines de morts et des milliers de blessés. L'opposition parlementaire rassemblée dans le Forum commun qui regroupe le Rassemblement yéménite pour la réforme, le Parti socialiste yéménite, des partis nassériens et zaydites a rejoint, avec un temps de retard, la jeunesse contestataire.

DÉFECTION

Après le massacre du 18 mars à Sanaa, avec plus de 50 manifestants tués par des francs-tireurs, le général Ali Muhsin Al-Ahmar, apparenté au président Saleh et un de ses principaux rivaux, a fait défection et ses troupes se sont déployées autour de la place du Changement à Sanaa afin d'empêcher de nouvelles attaques contre le campement de l'opposition.
Le refus du président Saleh de signer, le 22 mai, le plan de transition préparé par les pays du Conseil de coopération du Golfe a inauguré un nouveau cycle de violence : le bombardement de la résidence du cheikh Sadek Al-Ahmar à Sanaa, les combats subséquents entre ses forces tribales et des unités militaires fidèles au régime, la tuerie perpétrée par ces dernières dans le campement de l'opposition à Taez, la prise de la ville de Zinjibar par des combattants présumés jihadistes, les combats entre la Garde républicaine et des groupes tribaux dans plusieurs régions du pays…
Un groupe d'officiers yéménites a diffusé un communiqué le 29 mai pour enjoindre l'armée de ne pas se laisser entraîner dans une guerre fratricide alors même que les troupes fidèles à Ali Mohsen Al-Ahmar essuient en permanence des tirs visant à les inciter à la riposte.

SALEH SANS ALLIÉ POLITIQUE

C'est la première fois tout au long de ses 33 ans à la tête du pays que le président Saleh se retrouve sans allié politique, ne pouvant compter que sur les affidés d'un maillage clientéliste et sécuritaire bénéficiant des ressources de l'Etat et une force militaire contrôlée en grande partie par des membres de sa parentèle.
Son fils aîné Ahmad qui apparaissait comme le successeur désigné de son père est le chef de la Garde républicaine, un autre fils Khaled commande une division d'infanterie postée dans la région de Sanaa, ses neveux Ammar, Yahya et Tarek sont respectivement aux commandes de la Sûreté nationale, de la Sûreté centrale et de la Garde présidentielle, tandis que le demi-frère du Président, Mohammed Saleh al-Ahmar, est commandant des forces aériennes.
En 1994, le recours à la guerre semblait aussi hasardeux qu'aujourd'hui lorsque Saleh avait lancé les hostilités contre les troupes de l'ex-Yémen du Sud. Il pouvait cependant compter à l'époque sur son alliance avec le Rassemblement yéménite pour la réforme du cheikh Abdallah Al-Ahmar dont les contingents tribaux allaient lui prêter main forte ainsi que les troupes sudistes d'Ali Nasser Mohammed, réfugiées au Nord depuis 1986.
Il avait là encore joué sur les deux tableaux de la violence et de la négociation. Son adversaire d'alors, le Parti socialiste yéménite avait été affaibli par l'assassinat de plusieurs dizaines de ses militants. Mais en février 1994, le pacte d'Amman censé mettre un terme à la crise politique, était signé par des responsables de la majorité et de l'opposition avant que n'éclatent les premiers combats deux mois plus tard.

MANIFESTATIONS "SPONTANÉES" DE SOUTIEN À SALEH

En 2006, il avait annoncé qu'il ne souhaitait pas se présenter aux élections présidentielles puis fit marche arrière, "porté" par les manifestations "spontanées" de soutien à sa candidature. Ce fut donc pour répondre à l'appel du peuple" qu'il "se sacrifia" encore une fois pour le bien de la patrie ! Ce mélange de duplicité et de ruse tactique a permis à Saleh de "danser sur la tête des serpents" comme il l'a déclaré pour qualifier le fait de gouverner le Yémen.
Confronté dès sa prise de pouvoir en 1978 à une tentative de coup d'Etat tout près de réussir et à une guerre ratée contre le Yémen du Sud, la capacité de Saleh d'intégrer ses rivaux dans ses réseaux de clientèle, des tribus à l'armée en passant par les leaders de l'opposition, est une des raisons de sa survie politique.
Rares étaient les Yéménites qui auraient pu envisager que ce jeune officier, peu instruit et à l'arabe fautif, allait les gouverner pendant trois décennies et réaliser le rêve de l'unité yéménite. A ses débuts sa réputation était même sulfureuse. En tant que gouverneur militaire de la région de Taez il était suspecté d'avoir trempé dans certains trafics transitant par la mer Rouge mais aussi, plus grave, d'avoir participé au complot contre le très populaire président Ibrahim Al-Hamdi assassiné en 1977.

CLIENTÉLISME

Son mode de gouvernement basé sur le clientélisme a produit un système politique qui combine une extrême centralisation du pouvoir et un essaimage du contrôle politique et de la force répressive au niveau local. Au verrouillage des forces armées et de sécurité correspond aussi la prolifération de petits chefs et de leurs clientèles.
Sa connaissance détaillée de la carte tribale et sa haute main sur les ressources de l'Etat et les aides étrangères lui ont permis de distribuer les prébendes et d'impliquer une grande partie du personnel politique dans la mise en coupe réglée des richesses nationales : de la distribution des terres anciennement nationalisées de l'ex-Yémen du Sud aux opportunités économiques offertes par le commerce d'import-export.

OPTION SUICIDAIRE

Ses rivaux actuels, la famille tribale des Al-Ahmar et son parent Ali Mohsen ont été les bénéficiaires de ce système, ce qu'il ne se prive pas aujourd'hui de rappeler en les accusant d'être des "corrompus, saboteurs et alliés d'Al-Qaida". La stratégie du chaos qu'il semble avoir choisie pour briser la coalescence de ses oppositions, partis du Forum commun, mobilisation populaire conduite par la jeunesse, mouvement sudiste et rébellion zaydite, découle aussi d'un caractère impulsif et vindicatif qui transforme chaque différend politique en une atteinte à sa personne.
Au fur et à mesure que le mouvement de contestation populaire devenait de plus en plus massif et menaçait le cœur de son système clientéliste, la machine de répression s'est affolée. Elle multiplia les crimes collectifs et in fine s'attaqua à ses anciens alliés des tribus Hachid et du Rassemblement yéménite pour la réforme. Cette option suicidaire peut sembler être une tentative désespérée de sauver un régime qui s'est lancé dans sa dernière bataille, exposant au grand jour sa face criminelle.
La France a apporté un soutien sans faille au régime du Président Saleh et a en contrepartie obtenu de juteux contrats (gaz, pétrole, matériels de défense et de sécurité, etc.). Ce n'est certainement pas pour sa contribution à la francophonie ou au développement des relations culturelles entre les deux pays que la France a décerné, en 2010, le grade de chevalier de la légion d'honneur à Ammar, le neveu du Président Saleh qui est en première ligne dans la répression sauvage frappant les manifestants. Elle devrait aujourd'hui tenter de redorer son blason en apportant un soutien sans faille au mouvement démocratique yéménite.

Habib Abdulrab, écrivain yéménite, professeur des universités, INSA, Rouen
et Franck Mermier, chercheur au CNRS
Le Monde, 3 juin 2011

Nota de Jean Corcos :
Cet article, que j'ai découvert vendredi dernier sur le site du journal "Le Monde", avait été écrit avant le bombardement du palais présidentiel dans la capitale, au cours duquel - on le sait maintenant - le président yéménite fut sérieusement blessé, puisqu'il a été transféré en Arabie Saoudite pour y être soigné. "Stratégie du chaos", donc, mais aussi fin tragique pour celui qui n'a pas su fuir à temps un pouvoir qui lui échappait ...

"Vends poupée récitant le Coran"



Le sourire du mois
 - juin 2011

Sans commentaires, cette publicité publiée le 29 avril dernier sur le site musulman très suivi, "Saphir News" ... voici la copie intégrale de l'annonce. Pour être parfaitement clair, je trouve tout à fait ridicule ce genre de "bondieuseries" pour enfants comme pour adultes, mais je pense que ce genre d'exploitation commerciale existe dans toutes les religions : ainsi avais-je reçu une publicité d'un site juif vendant des espaces publicitaires ... sur des pierres du Kotel, tandis que Lourdes présente dans ses boutiques des cadeaux traditionnels tels que flacons d'eau, porte-clés, etc.

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J.C

03 juin 2011

Les voisins de la Syrie embarrassés par la crise


Turquie: un partenaire privilégié ... et inquiet

Partenaire privilégié de la Syrie, la Turquie redouble d'efforts pour appeler le président Bachar el-Assad à la raison, tout en gardant le silence sur d'éventuelles sanctions contre son voisin. La Turquie redoute une division de la Syrie et l'entrée de réfugiés syriens sur son sol mais elle craint aussi que la question kurde chez son voisin fasse tache d'huile en Anatolie (voir encadré). 
Or, avec une opinion publique déçue des relations avec l'Union européenne et les Etats-Unis, Ankara a réorienté sa diplomatie vers ses voisins de la région ces dernières années: "zéro problème avec les voisins" est la ligne de conduite depuis quelques années. Jadis en mauvais termes en raison du soutien de Damas aux rebelles séparatistes kurdes, la Turquie et la Syrie entretiennent désormais des liens diplomatiques et économiques étroits. Les deux pays ont récemment supprimé les visas et le volume commercial bilatéral a triplé en dix ans, atteignant 2,5 milliards de dollars en 2010. 
Mais face à la brutalité de la répression en Syrie, Ankara a haussé le ton récemment. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a une nouvelle fois exhorté Bachar el-Assad à entreprendre des réformes, le 27 mai. Quelques jours plus tôt, le ministre des Affaires étrangères, estimait que Damas pouvait encore résoudre pacifiquement la crise, si elle lançait des "réformes drastiques et de grande ampleur", non sans ajouter que "le temps presse". Le 9 mai, déjà, Damas n'avait pas apprécié la comparaison par le Premier ministre turc, de la répression en cours au gazage de milliers de Kurdes dans la ville de Halabja, en 1988, par le régime de Saddam Hussein en Irak. 
Autre signe de tension, la Turquie accueille une grande réunion, du 1er au 3 juin, des opposants au régime syrien à Antalya, ville turque sur la Méditerranée. 

Liban: à l'ombre de Damas

La répression en Syrie, puissance de tutelle au Liban pendant 30 ans, est un sujet ultrasensible dans le petit pays méditerranéen. Le Liban, qui est encore aujourd'hui le théâtre d'affrontements récurrents entre pro-syriens, menés notamment par le puissant Hezbollah chiite, et anti-syriens, mené par l'ancien ministre en exercice Saad Hariri, craint plus que tout une nouvelle immixtion de troubles sur son territoire. Les troubles en Syrie pourraient se propager dans le Liban voisin -sans gouvernement depuis plus de quatre mois- à tout moment, estiment des analystes. 
Les signes de tensions sont multiples. Une réunion de soutien aux manifestants en Syrie a du être organisée, le 24 mai, dans un entrepôt près de Beyrouth, après que 28 hôtels libanais eurent refusé de l'accueillir. La semaine passée, le chef du très puissant Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, a appelé les Syriens à "sauvegarder" le régime du président Bachar el-Assad. "Nous appelons les Syriens à sauvegarder leur pays et leur régime", a-t-il déclaré. Et en avril, la Syrie a accusé des proches de Saad Hariri de financer et d'armer les contestataires en Syrie.  
Damas et Beyrouth ont une histoire commune tumultueuse. En pleine guerre civile (1975-1990), la Syrie a envoyé ses troupes au Liban, où elles sont restées jusqu'à leur retrait en 2005, après l'assassinat de Rafic Hariri, l'ancien Premier ministre libanais. Les liens diplomatiques formels n'ont été renoués qu'en 2008, et la Syrie, tout comme l'Iran, soutient toujours le camp du Hezbollah. 

Israël: la paix froide

La contestation en Syrie pourrait profiter à Israël en affaiblissant l'influence de l'Iran, et en portant un coup au Hezbollah libanais, ainsi qu'au Hamas, le mouvement islamiste palestinien. Mais elle fait craindre de nouvelles tensions à la frontière entre les deux pays et l'instabilité en cas de chute de Bachar el-Assad, selon des analystes.  
Israël et la Syrie sont toujours officiellement en état de guerre. Damas exige un retrait intégral du plateau du Golan, occupé depuis 1967. Les dernières négociations de paix entre les deux pays ont été suspendues fin 2008 à la suite de l'offensive israélienne à Gaza. Mais "depuis 40 ans, la frontière entre Israël et la Syrie est la plus calme" souligne Yoav Limor, commentateur militaire de la télévision publique, cité par Marc Henry dans Le Figaro. Celui-ci rappelle également que un commentaire de Schlomo ben Ami, ancien ministre des Affaires étrangères, selon qui, les dictatures qui entourent Israël "sont stables et savent imposer leur volonté aux éléments incontrôlés". 
Certains observateurs craignent néamnoins "la possibilité, imprévisible, que le régime syrien cède à la tentation de provoquer une crise à Gaza ou au Liban sud, afin de détourner l'attention de l'opinion" estime Michaël Eppel, spécialiste du Moyen-Orient à l'Université de Haïfa. C'est notamment ce qui expliquerait la virulence des manifestations sur le front du Golan, lors de la commémoration de la Nakba, le 15 mai, alors que cette zone était restée calme pendant des décennies.  
Dans tous les cas de figure, quels que soient les changements politiques en Syrie, le mouvement islamiste Hamas (au pouvoir à Gaza), préservera son statut privilégié à Damas "car le Hamas est arabe et sunnite", comme la majorité de la population, estime Eyal Zisser, chercheur sur le Moyen-Orient à l'Université de Tel-Aviv. 
Côté Palestinien, l'accord de paix signé début mai entre le Hamas et le Fatah montre l'affaiblissement de Damas, selon certains observateurs. Si "le chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, a fait le voyage de Damas au Caire, pour signer un accord de paix avec le chef du Fatah", Mahmoud Abbas, c'est que les islamistes "sentent le changement arriver en Syrie", estime le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari. 

Irak: la crainte de tensions confessionnelles

Les chiites irakiens, qui ont attendu 80 ans avant d'accéder au pouvoir, en 2003, après la chute du régime de Saddam Hussein, sont en général favorables au maintien du régime baassiste en Syrie. Ils redoutent une arrivée au pouvoir à Damas de sunnites qui empoisonnerait le climat en Irak.  
Pour Hamid Fadel, professeur de Sciences politiques à l'université de Bagdad, les chiites irakiens (un peu plus de 60% de la population) redoutent d'être encerclés par des régimes sunnites.  
L'Irak a soutenu les mouvements de contestation dans plusieurs pays arabes en raison de la "tyrannie" et l'"oppression" subies par les peuples, et condamné l'intervention saoudienne à Bahreïn contre la majorité chiite de ce royaume. Mais plusieurs personnalités politiques chiites circonspectes vis-à-vis des manifestations en Syrie. " N'oublions pas que les dirigeants (syriens) ont aidé l'opposition à Saddam Hussein", explique un dirigeant du Conseil supérieur islamique d'Irak (CSII), un des principaux mouvements religieux chiites, tandis qu'un député reprend l'antienne du pouvoir syrien, à savoir que "des étrangers interviennent dans la situation en Syrie".

Iran: l'allié fidèle

Les troubles en Syrie mettent dans l'embarras son plus proche allié dans la région, l'Iran. Ainsi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères affirmait début mai que l'Iran "n'accepte en aucune manière l'usage de la violence et la répression contre ceux qui expriment leurs revendications pacifiquement", avant d'ajouter que les médias occidentaux "exagèrent les manifestations limitées qui peuvent exister (en Syrie) pour faire croire qu'elles représentent la demande de la majorité de la population". 
Cette prudence contraste avec la virulence des critiques iraniennes contre la répression des mouvements populaires partout ailleurs dans le monde arabe, notamment à Bahreïn où la population, majoritairement chiite comme en Iran, est dirigée par une dynastie sunnite. "L'Iran appuie le mouvement de révolte arabe dans les autres pays, mais pas en Syrie car Damas résiste à Israël, et Téhéran fonde ses relations avec les pays arabes sur leur degré d'opposition" à l'Etat hébreu, relève Mohammad Saleh Sedghian, directeur du Centre d'études irano-arabes basé à Téhéran.  
La Syrie est le principal allié de l'Iran dans le monde arabe depuis la révolution islamique de 1979. Sur le plan stratégique, un renversement ou un affaiblissement du régime syrien "ne pourrait qu'avoir des conséquences négatives pour l'Iran", estime Mehrdad Serjouie, analyste indépendant à Téhéran, mais "Compte tenu du sentiment anti-israélien dans les mouvements de révolte arabes, (une victoire du) mouvement démocratique ne placerait pas la Syrie sous l'influence d'Israël" tempère Amir Mohebian, directeur du centre d'étude Arya Strategic Studies. En revanche, reconnaît-il, "le soutien iranien au régime du président Assad pourrait être perçu négativement par l'opposition syrienne" et peser sur les relations avec Téhéran si elle arrivait au pouvoir.

Les autres pays arabes

Les régimes arabes épargnés par la contestation gardent le silence face à la répression sanglante des manifestations en Syrie, préférant le maintien du pouvoir, bien qu'il s'en méfient, à une déstabilisation de la région. Les dirigeants arabes se sont abstenus de condamner le régime syrien, et sont évidemment inquiets des conséquences" du soulèvement en Syrie "sur leurs propres pays", estime Maha Azzam, analyste au groupe de réflexion britannique Chatham House. "C'est au moins un régime qu'ils connaissent (...) ils ne veulent pas un changement radical qui ferait de la Syrie une société démocratique, ce qui constituerait une plus grande menace pour ces régimes qu'une Syrie dirigée par le Baas", explique-t-elle.  

Catherine Gouëset,
L'Express, le 31 mai 2011

01 juin 2011

Syrie : Hamza, torturé à 13 ans, emblème de la révolution

Hamza al-Khatib, tué sous la torture

 

Arrêté fin avril par les autorités syriennes, le corps tuméfié du jeune garçon a été rendu à sa famille un mois plus tard. Une vidéo, qui circule sur la toile, laisse peu de doute sur les violences qu'il a subies. Depuis, la colère des insurgés ne cesse d'enfler.


Après plus de deux mois et demi de révolte, les insurgés syriens viennent de trouver leur icône. Un jeune garçon de treize ans, affreusement torturé par les services de sécurité du pays, avant d'être exécuté en détention. Un étendard de la révolution qui n'est pas sans rappeler ceux que s'étaient choisis les insurgés égyptiens et tunisiens. Les premiers avaient porté aux nues Khaled Said, un jeune homme brutalement tué par la police à Alexandrie, tandis que les seconds avaient vu dans Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur ambulant qui s'était immolé par le feu, le symbole de leur mouvement de protestation.
Hamza al-Khatib a été arrêté par les services de sécurité syriens le 29 avril dernier, en marge d'une manifestation à Deraa, l'épicentre de la contestation syrienne. Son tort ? Avoir fredonné des chants hostiles au régime. Dès lors, le garçon, dont la figure encore pouponne trahit son jeune âge, ne donne plus signe de vie. Ce n'est qu'un mois plus tard, le 27 mai, que sa mère est priée de venir chercher son corps.
L'horreur des sévices qu'il a subi lorsqu'il était enfermé dans une geôle syrienne est alors dévoilée. Dans une vidéo diffusée vendredi sur Youtube, des images d'une rare violence montrent le cadavre d'Hamza, le visage tuméfié et violacé, et le corps couvert de brûlures de cigarettes, de traces de coups et d'impacts de balles. «Tous ces actes de torture ne leur ont pas suffi, ils lui ont même coupé le pénis avant de le tuer», indique également le commentaire de la vidéo, ajoutant que son cou est cassé.

Bachar el-Assad ordonne l'ouverture d'une enquête

Alors que ces images ne laissent aucun doute sur le traitement subi par le jeune insurgé, les causes exactes de son décès ne sont pas encore connues. Interviewé par la télévision syrienne pro-régime Al Dunia, le Dr Akram al-Shaar, de l'hôpital militaire Tishreen, à Damas, dit avoir supervisé l'autopsie de Hamza et assure n'avoir trouvé «aucune trace» de torture sur son corps. La détérioration du cadavre serait due, selon lui, à la longue période écoulée entre le décès et le tournage de la vidéo, ce dernier étant intervenu juste avant que le corps d'Hamza ne soit rendu à sa famille, indique Rue 89. Le président syrien, Bachar el-Assad, a de son côté fait savoir à une agence locale qu'il avait ordonné l'ouverture d'une enquête.
Mais son geste n'a pas calmé la colère des insurgés. Au contraire, il a accru leur détermination, en donnant une icône à leur mouvement. Depuis vendredi, plusieurs groupes Facebook se sont créés dans la foulée de la diffusion de la vidéo. L'un d'entre eux, intitulé «Nous sommes tous des Hamza al-Khatib» et rédigé en arabe, recueille déjà plus de 60.000 fans. Une page en anglais affichait pour sa part ce mardi plus 6600 fans. Si l'accès à Internet reste très surveillé en Syrie, cette propagation de la révolte sur la toile pourrait toutefois accroître l'opposition au régime de Bachar el-Assad, qui jusqu'alors se mobilisaient surtout les vendredis. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu dans tout le pays le week-end dernier en l'honneur du jeune garçon.
Mais cette mobilisation ne semble pas pour l'instant avoir été bénéfique à la famille d'Hamza, dont le père vient d'être arrêté par la police secrète, a indiqué la chaîne qatarie al-Jezira. Selon son épouse, les officiers souhaitaient qu'il accuse publiquement les salafistes d'avoir torturé et exécuté son fils. Un groupe que le clan Assad accuse déjà d'être à l'origine des troubles dans le pays ...

Marion Brunet
Le Figaro, 31 mai 2011