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22 septembre 2019

Présidentielles en Tunisie : les ombres du passé

Kaïs Saied

Quelle élection singulière ! Tout d’abord, elle n’était pas programmée si tôt, mais la mort de Beji Caïd Essebsi, à la fin du mois de juillet a précipité ce scrutin. Ensuite, si le premier tour s’est bien déroulé dimanche dernier 15 septembre, la date du second reste à fixer mais on sait qu’il se fera au plus tard fin octobre. Enfin, on a vu ces derniers jours comme l’ombre portée de figures passées : le jour même du premier tour, la disparition de la veuve du défunt président ; quelques jours après, celle de l’ex-président dictateur Ben Ali, chassé du pouvoir par la révolution de 2011 et décédé en Arabie Saoudite, là où il s’était exilé ; mais aussi, ombre de la face la plus noire de la jeune démocratie tunisienne incarnée par le favori du second tour, Kaïs Saied, soutenu par le parti islamiste Ennahda.

Faisons un petit zoom sur la personnalité de ce candidat. En effet, la presse française nous a proposé un « service minimum », disant surtout que c’était un candidat à la fois « conservateur » et « hors normes » : ont-ils lu simplement ce que je reproduis ci-dessous ?

-          L’écrivain algérien Mohamed Kacimi a écrit un article empreint d’une amère lucidité sur sa page Facebook, qui est publique. En voici un extrait.

« En face de Karoui, émerge la singulière figure de Kaïs Saïed, le Robocop tunisien, raide comme un passe-lacet, froid comme un colin, avec un phrasé particulier, le menton toujours en l’air, les yeux au ciel, il parle un arabe classique, sorti du Lissane al arab, et qui fait penser à un prêche du vendredi plutôt qu’à un cours de droit. Homme d’un autre temps, illuminé, en lévitation permanente, il caresse les foules dans le sens du poil : il est contre l’égalité dans l’héritage, pour la peine de mort, contre la dépénalisation de l’homosexualité, imposée, selon lui, par la commission européenne.
Son idéologie est aussi simple qu’une notice du jeu de dominos : tous les malheurs de la Tunisie viennent des autres, de l’étranger : le terrorisme, la liberté des mœurs, la crise économique.
Pour Kais Saïed la recette du bonheur est facile, il suffit de supprimer l’étranger, et les tunisiens retrouveront leur sourire légendaire. »

-          Le site tunisien « Espace Manager » avait publié le 29 juillet 2014 une interview de Kaïs Saied. On était alors en pleine guerre de Gaza, dans un nouveau round entre Israël et le Hamas. Voici ce que disait ce probable futur président tunisien :

« En tant que Tunisien, comment êtes-vous en train de vivre la lâche attaque sioniste sur Gaza ?

Tout d’abord, Gaza est une partie de la Palestine et c’est vraiment dommage que les gens oublient que c'est toute la Palestine qui est occupée et non  pas seulement Gaza bien que Gaza souffre le plus en ces moments.

Malheureusement, le massacre du peuple palestinien frère continue avec la complicité des régimes arabes et avec l’appui des puissances occidentales. Les grandes questions qui se posent c’est de savoir qu’est-ce qu’en a fait pour eux et quelle est la différence entre l’attitude des régimes arabes actuels  et ceux de 2008.

Le comble c’est qu’encore une fois, on n’a rien fait pour les Palestiniens. Rien n’a changé au niveau des positions de nos gouvernants après ces fameuses révolutions.
Les mêmes décisions : De l’assistance humanitaire…  comme s’il s’agit de la simple assistance. Cela veut dire que les peuples n’ont pas pris le pouvoir et que les positions de leur politique n’expriment pas leur volonté. Pourtant, une seule décision arabe courageuse et digne pourrait mettre un terme à ce massacre.

Quel genre de décisions ?

Tout d’abord,il faut être souverain pour prendre des décisions. Regardez ce qu’ont fait la Bolivie ou les Iles Maldives qui ne sont pourtant pas des pays arabes ou musulmans. Leurs positions sont plus respectueuses et plus proches de Palestine.

Regardez les positions  officielles de ces pays qui sont des pays souverains. Nous devons être souverains  pour prendre des décisions qui s’imposent dans des indépendances  réelles.

Que peut faire la Tunisie ?

Elle peut faire beaucoup de choses, bien que la libération de Palestine ne passe pas par la Tunisie mais par tous les pays arabes. Avec ses moyens très limités, la Tunisie fraîchement indépendante a pris des positions plus respectueuses dans les années 60.Hélas, aujourd’hui on n’arrive même pas à ce niveau de réaction.

Le comble c’est que les pays arabes ne sont même plus maitres de leur volonté pour dénoncer le génocide Israélien et se limitent simplement à dénoncer la violence… Cela se passe de tout commentaire et explique tout. »

J.C