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25 février 2018

Solidarité avec les Kurdes, 2/4. Kurdes et Juifs, une relation millénaire



Introduction :

Ci-dessous la première partie de ma conférence donnée à Saint-Mandé le 8 janvier 2018, dans le cadre de la soirée de solidarité judéo-kurde évoquée au 1/4.

J.C 

Première partie : l’histoire millénaire des relations entre Juifs et Kurdes

Au moment de l’indépendance de l’Etat d’Israël - qui va précéder partout dans le monde musulman le départ, forcé ou volontaire, de pratiquement tous les Juifs -, on estime leur nombre à environ 25.000 dans le Kurdistan irakien. Ce sont de loin les plus nombreux par rapport aux autres territoires peuplés de Kurdes, puisqu’on y dénombre 146 communautés, vivant dans des villes ou des petits villages, contre seulement une vingtaine en Iran ; seulement 150 juifs vivaient en Syrie, dans la localité kurde de Qamichli à la frontière turque ; et très peu dans les zones kurdes de la Turquie.

Mais quelle était l’origine de ces communautés ? Comme dans tous les pays de la Diaspora, il est impossible de définir une histoire linéaire. Il y a bien sûr les descendants des exilés, et pour l’Irak on sait qu’ils ont été déportés suite à la conquête assyrienne du Royaume d’Israël. Dans le deuxième livre des Rois, il y a un passage qui dit : « le Roi d’Assyrie prit Samarie ; et amena Israël captif en Assyrie ; il leur assigna pour séjour Hala, les rives du Habor, fleuve de Gosan et les villes des Mèdes ». Elément indiscutable, la tradition orale des Juifs du Kurdistan irakien les fait descendre de ce premier exil. Cette tradition situe dans cette région les tombeaux de Prophètes bibliques, Nahum, Daniel et Jonas. Mais il y a eu aussi, comme ailleurs, des mélanges de population. C’est ainsi que dans un petit royaume dont la capitale était Erbil – siège actuel du gouvernement autonome du Kurdistan – la maison royale et beaucoup de sujets se sont convertis au Judaïsme au 1er siècle après J.C. Il y a eu aussi en sens inverse beaucoup de conversions au christianisme. Au Moyen-Orient comme en Europe, les Juifs ont parfois dû fuir : or les montagnes du Kurdistan ont toujours servi de refuge, on l’a vu il y a deux ans quand des dizaines de milliers de Yézidis ont fui les troupes du Daech ; et ainsi, beaucoup de Juifs vivant dans les régions conquises par les Croisés sont venus se réfugier au Kurdistan irakien.

Alors comment vivaient-ils ? On a les témoignages de voyageurs juifs, Benjamin de Tudèle au 12ème siècle, et Petachiah de Ratisbonne au 13ème siècle. Ils décrivent des communautés prospères, et jouissant même d’une forme d’autonomie à Mossoul. Ensuite, il va y avoir une période moins brillante pendant deux siècles avec les invasions mongoles, jusqu’à ce que toute cette région passe sous contrôle ottoman, ce qui a apporté une forme de stabilité. Un autre voyageur juif, Zekariah al-Zahiri, a rapporté l’existence de communautés qui avaient une vie religieuse très intense, avec des Yeshivot, et une dynastie de Rabbins dont le nom était Barzani. Ces Juifs kurdes étaient commerçants ou artisans, mais aussi paysans ou éleveurs dans les villages. Dans l’ensemble correctement traités, ils étaient quand même dans une situation de sujets à maitre. Les Juifs négociaient leur existence au quotidien avec les chefs tribaux kurdes, jusqu’à la création de l’Etat irakien par les Anglais. Et là deux choses vont se passer : les débuts de la rébellion kurde dans les années 30 ; et puis l’hostilité suscitée par le Sionisme, qui va entrainer une hostilité vis-à-vis des Juifs, et même un pogrom de grande ampleur à Bagdad en 1941. Par ailleurs, l’attachement à la Terre Sainte était très vivace en Irak, et on sait que c’est une communauté qui a fait une Alya de masse et durable.

Mais ceux qui vivaient en zone kurde l’ont fait dans des conditions vraiment particulières : d’après les témoignages de leurs descendants vivant en Israël, « c’est le seul endroit au monde où les juifs sont sortis dans les rues pour célébrer leur retour après 2.700 ans, tandis que leurs voisins non juifs pleuraient leur départ. ».
Ces communautés kurdes sont ainsi toutes parties en 1950-1951.

Jean Corcos