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17 janvier 2017

Les coptes d’Egypte, cibles des islamistes

L'intérieur de la Cathédrale copte du Caire, après l'attentat du 11 décembre

Editorial du « Monde »

Une fois de plus, la violence islamiste a visé la minorité copte d’Egypte. Malgré l’absence de revendication, il ne fait pas de doute que l’ignoble attentat commis à l’intérieur de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul du Caire, dimanche 11 décembre, est le fait d’un des nombreux groupuscules djihadistes en guerre contre l’Etat égyptien depuis le coup d’Etat militaire de 2013, qui avait vu le président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, renversé par son ministre de la défense, le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, devenu depuis président à son tour.

Mais si les régimes se succèdent, les chrétiens d’Egypte n’échappent pas à leur condition de boucs émissaires et de cibles de substitution dans le combat mortifère que se livrent, depuis plusieurs décennies, l’appareil d’Etat et les franges les plus violentes de la mouvance islamiste sur les rives du Nil. C’était le cas à la fin des années 1970, lors de la vague de violence qui culmina avec la mort d’Anouar El-Sadate. Ce fut à nouveau le cas tout au long des années 1990, durant lesquelles, faute de pouvoir renverser Hosni Moubarak, les djihadistes s’en prirent aux coptes et aux touristes. C’est encore le cas dans les années 2010, depuis l’attentat de la messe du Nouvel An 2011 à Alexandrie (21 morts).

Trois jours de deuil national

Bien qu’elle s’inscrive dans une longue liste, l’attaque de dimanche se distingue par plusieurs aspects : elle a été commise à l’intérieur même d’une église à l’heure de la messe dominicale ; le lieu de culte visé jouxte la cathédrale Saint-Marc, le Vatican des coptes d’Egypte ; enfin, son bilan est le plus lourd dans la série d’attentats antichrétiens à ce jour. Pour la première fois également, le chef de l’Etat égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, a décrété trois jours de deuil national, ce que son prédécesseur, Hosni Moubarak, s’était bien gardé de faire au lendemain du carnage d’Alexandrie, le 1er janvier 2011. Le geste est suffisamment important pour être salué.
Mais cela ne changera pas la donne. Car les coptes ne sont pas seulement la cible d’extrémistes qui veulent déstabiliser le pouvoir en le forçant à prendre la défense de la minorité chrétienne, pour mieux le délégitimer auprès de la majorité musulmane, ils sont les victimes d’une discrimination quasi institutionnalisée, les privant des plus hautes fonctions dans l’armée, la justice, la police, bref toutes les fonctions régaliennes, voire même l’université. Le pouvoir, même anti-islamiste, les considère comme des « protégés » et non comme des citoyens égaux en droits.

L’une des plus anciennes communautés chrétiennes

La réforme récente de la loi sur les constructions d’église n’a fait qu’alléger à la marge la procédure d’autorisation, qui n’a jamais été appliquée aux mosquées. Autant que les attentats, ces brimades et ce déni du droit sont à l’origine d’un drame silencieux, moins spectaculaire que l’attentat de dimanche, mais bien plus grave pour l’avenir de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde : l’émigration en masse vers l’Europe, l’Amérique du Nord ou l’Australie.
Pour venir à bout de décennies de préjugés qu’il a lui-même encouragés, le pouvoir égyptien doit s’atteler à traiter les chrétiens, comme tous leurs compatriotes musulmans d’ailleurs, en citoyens et non en sujets. Seule une société forte sera à même de combattre l’extrémisme en Egypte. Pour cette raison, le projet de loi récent mettant l’ensemble des ONG sous la tutelle de l’Etat ne va pas dans le bon sens.

Le Monde, 12 décembre 2016