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24 novembre 2016

"Sacrées graines", une exposition à l'Institut des Cultures d'Islam



J'ai eu la chance, il y a plusieurs semaines déjà, d'assister à une visite guidée et à l'inauguration de cette exposition, bien originale, qui se tient à l'Institut des Cultures d'Islam, dans le 18è arrondissement de Paris, jusqu'à 15 janvier 2017.


Quelques mots de présentation, d'abord, tirés de la présentation sur le site de l'I.C.I :

"Les graines dont parle cette exposition à l’Institut des Cultures d’Islam sont celles du couscous. Ce plat emblématique des pays méditerranéens, élu à plusieurs reprises, "plat préféré des français" est exploré dans cette exposition dans sa dimension symbolique. Le couscous sous-tend des questions culturelles, sociales et politiques : le partage, la famille, l'exil, le genre, l'héritage, le colonialisme, etc. Les artistes choisis pour cette exposition explorent la simplicité de la forme de la graine, la détournent et exploitent son potentiel symbolique.

Une programmation de concerts, projections, pièces de théâtres et bien d'autres événements festifs et moments de partage est proposée autour de l'exposition : le collectif Mix ta race animera tout un week-end, concert de la chanteuse lyrique Sandra Bessis (musique judéo-espagnole, judéo-arabe et arabo-andalouse) dans l’Église Saint-Bernard pour la Fête des Vendanges, pièce de théâtre : Moi, le couscous et Albert Camus du collectif Teatro delle Ariette, ciné-couscous au Louxor et conférences et débats avec notamment une table-ronde sur le couscous d’un point de vue sociologique et historique."


On peut voir aussi une présentation dynamique de l'exposition, avec défilé d'images sur ce lien .


Ensuite, quelques souvenirs marquants de la visite de l'exposition.


Tout d'abord, sa modernité qui n'était pas évidente autour d'une matériau - la graine du couscous - traditionnel s'il en est. Ainsi, j'ai assisté à un "tableau vivant" avec la performance de Ninar Esber, d'origine libanaise, procédant au tri méticuleux de grains de maïs : discrimination envers les minorités ? Répétition absurde évoquant le quotidien dévolu aux Femmes ou une bureaucratie sans âme ? Toutes les interprétations étaient possibles. La plaquette de présentation évoque aussi "la fermeture des frontières", "les processus de séparations communautaires", thématique correspondant certainement à la sensibilité d'une partie du public de l'exposition, même si bien sûr on peut ne pas s'y reconnaitre. Dans une autre salle, une multitude d'écrans permettait de suivre toutes les étapes de la préparation traditionnelle du couscous et d'autres aliments, graines passées au tamis, blé trié, pâte à pain malaxée, sucre concassé ... L'artiste qui nous proposait ce "happening vidéo", Ymane Fakhir, d'origine marocaine, nous a expliqué qu'elle voyait son travail comme une pérennisation d'une mémoire en péril, celle d'un monde qui risque de disparaitre.


Mehdi Georges Lalou a réalisé une œuvre aussi impressionnante qu'originale, une immense structure murale faite en graines de semoule, en partie lacunaire et qui évoque une reconstruction archéologique.


Zoulikha Bouabdellah, elle aussi d'origine marocaine, présentait un triptyque de photographies en forme de clin d'œil, avec couscoussiers et évocation des fameux trois singes dont l'un ne voit rien, l'autre n'entend rien et l'autre ne dit rien (voir photo ci-dessus).


Pour finir, trois artistes évoquaient des conflits contemporaine concernant le monde musulman ... et ses voisins proches. Une œuvre monumentale nommé "Beiti" (ma maison, en hébreu et en arabe) reconstituait à l'aide d'épices colorées un carrelage de sol, comme s'il était fait de ciment peint (voir photo ci-dessous). Mais en même temps - et c'était l'intention de l'artiste, Laurent Mareschal - voulait être évoquée "la situation entre Palestiniens et Israéliens ; deux peuples qui se disputent un même territoire chaque jour plus morcelé". 



Mircea Cantor - né en Roumanie, et qui expose à Tel Aviv - proposait une autre réalisation très originale, sous la forme d'une rosace enserrant des couscoussiers de tailles diverses  ; et dont on découvre, en y voyant de plus près, qu'ils ont été percés de munitions en or et en béton. Enfin, dernière "œuvre", en fait une série brute de produits alimentaires dans leur conditionnement d'origine", "Produits de Palestine" : Jean-Luc Moulène, figure connue de l'Art contemporain, a voulu par ces photographies "assurer une circulation symbolique à des produits n'ayant pas accès au marché international". Un mot de commentaire personnel à ce sujet : certes, on peut regretter les entraves administratives, ou le retard économique qui limitent le progrès économique dans les Territoires palestiniens, mais il est inexact de dire que les exportations y sont quasi nulles ; lire ce document officiel publié par le Quai d'Orsay.


J.C