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18 novembre 2016

Malek Chebel, in memoriam



Introduction


La mort de Malek Chebel, anthropologue, militant d'un "islam des lumières" défendu dans le contexte affreux que nous connaissons, m'a bien sûr empli de tristesse. Tristesse de voir partir un homme d'une telle qualité, d'un cancer à 63 ans. Mais tristesse aussi parce que je n'aurais jamais eu le plaisir de le recevoir à mon émission. Sa mort fut un choc pour moi, mais pas vraiment une surprise : notre station avait reçu son dernier livre, "Mohammed prophète de l'islam", et je comptais - enfin - le recevoir pour en parler dans mon émission. Mais son attachée de presse m'avait dit qu'il était sérieusement malade et hospitalisé, sans donc qu'on puisse fixer de date pour un rendez-vous ; je pressentais donc ce genre de mauvaise nouvelle. Hélas, deux ans après Abdelwahab Meddeb, ce sont vraiment les meilleurs qui partent en premier !

Je reproduis ci-dessous l'article publié en hommage par le journal "Le Monde", immédiatement après sa mort. J'ajouterai que, dans cet article comme dans tous les autres, est oublié un ouvrage iconoclaste de Malek Chebel, et où il fit vraiment preuve de courage : "L'esclavage en terre d'islam" (éditions Fayard, 2007) ; en effet, il osa aborder dans cette étude historique ce qui reste vraiment un tabou, chez les Musulmans mais aussi pour le monde universitaire français. J'avais eu le plaisir de l'entendre présenter ce livre il y a quelques années, et ce fut la seule occasion pour moi de le voir et d'échanger quelques mots avec lui.


J.C

Mort de l’anthropologue Malek Chebel, défenseur d’un « islam des Lumières »

Il était notamment l’auteur de « L’islam pour les nuls » et « Le Coran pour les nuls », qui s’étaient arrachés dans les librairies après les attentats de janvier 2015.

L’anthropologue des religions et psychanalyste algérien Malek Chebel, défenseur d’un « islam des Lumières », est mort des suites d’un cancer, samedi 12 novembre au matin, à l’âge de 63 ans, a appris l’Agence-France -presse (AFP) auprès de sa famille .

« Malek Chebel, c’était l’islam des Lumières et la modernité. Son œuvre dit quel doit être notre ouvrage : bâtir l’islam de notre temps », a tweeté le premier ministre Manuel Valls . Pour Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), interrogé par l’AFP, sa disparition constitue « une grosse perte pour l’ensemble des musulmans de France ».
Il sera enterré en Algérie, après une probable cérémonie en région parisienne, lundi, a précisé à l’AFP son fils Mikaïl Chebel.

Trente-cinq livres publiés

Arrivé à Paris en 1980 pour préparer un doctorat en psychopathologie et psychanalyse, après une licence de psychologie clinique à Constantine (Algérie), Malek Chebel voulait contribuer , par ses études, à voir l’Orient et l’Occident s’éloigner des « lieux de confrontation » où les extrémistes voulaient les conduire .
Il « a appris le dictionnaire » français en arrivant en France « pour s’approprier les mots, la langue », a raconté à l’AFP son ami Hichem Ben Yaiche. « Il avait une capacité de travail inouïe », avec trente-cinq livres publiés et cinq prévus pour la seule année 2016. Il voulait « ratisser plusieurs thématiques », dans « une quête d’identité personnelle », selon ce proche.
Parmi ses livres, L’islam pour les nuls et Le Coran pour les nuls s’étaient arrachés dans les librairies après les attentats de janvier 2015. Il a aussi traduit le Coran et publié, entre autres, Mohammed, prophète de l’islam, L’islam et la raison, L’Erotisme arabe, ou L’islam en 100 questions.
Face au « détournement de l’islam » par ceux qui ont alimenté sa « dérive sectaire » et djihadiste, Malek Chebel a donné naissance au concept d’« islam des Lumières » pour « dire que l’islam n’est pas extrémiste, qu’il n’est pas ce qu’on peut dire à travers les actes de quelques fous de Dieu », a expliqué Hichem Ben Yaiche.

Chevalier de la Légion d’honneur

Selon le président du CFCM, Malek Chebel proposait « une démarche innovante, une lecture contextualisée des préceptes de l’islam et de la pratique religieuse ». Et il avait « un rôle précurseur » avec « des analyses pertinentes, notamment sur la place de la femme dans l’islam, de la conception, de la relation de l’homme au plaisir d’une manière générale », des thèmes qui « apportaient une certaine fraîcheur à la vision que pouvait avoir la société française sur la religion musulmane », a souligné Anouar Kbibech.
En 2008, Malek Chebel avait été décoré chevalier de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy , alors président de la République. « Grâce àvous , la France découvre, ou redécouvre, un islam qui connaît et aime la vie, le désir, l’amour, la sexualité », avait déclaré M. Sarkozy.

Le Monde.fr avec AFP

12 novembre 2016