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23 avril 2014

L’islamisme fait le lit de l’islamophobie



La violence intégriste exacerbe la peur et la haine des musulmans en Occident, déplore le libanais Hussein Ibish.


Si le terme “islamophobie” signifie quelque chose, ce doit être la peur et la haine des musulmans, qui rendent plus difficile à ces derniers de vivre dans des sociétés plurielles et de fonctionner effectivement dans une culture et une économie mondialisées. Mais, selon cette définition, qui sont les pires islamophobes ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas ceux qui font profession de diaboliser l’islam et les musulmans, tel le soldat de Dieu catholique et autoproclamé Robert Spencer [écrivain américain, directeur du site Jihad Watch]. Ni ceux pour qui la haine pure est une sorte de hobby dément, comme la Juive extrémiste Pamela Geller [blogueuse et journaliste américaine]. Ni même ceux qui affichent une intolérance plus modérée, comme le comique américain agnostique libéral Bill Maher, qui n’aime aucune religion, mais fait de l’islam un sujet d’opprobre particulier. Ce ne sont même pas les personnalités politiques des Etats-Unis et d’autres pays occidentaux comme [le républicain américain et prochain candidat à l’élection présidentielle de 2016] Peter T. King ou [la représentante républicaine du Minnesota] Michele Bachmann, qui ont essayé de ­remporter des votes en se présentant comme des garde-corps contre une cinquième colonne musulmane.

Malgré tout le mal incontestablement causé par les tenants du discours islamophobe usuel, les pires islamophobes – et, en fait, à bien des égards, les vrais islamophobes – sont les extrémistes musulmans violents qui semblent déterminés à fournir au discours islamophobe des faits sur lesquels s’appuyer. Il est ridicule d’assimiler l’islam au terrorisme, comme si les deux étaient synonymes. Il existe une infinie variété de terroristes et de pratiquants de l’assassinat politique. Et, cela va sans dire, les musulmans extrémistes violents ne sont pas seulement une minorité dans le monde islamique, mais une minorité dans une minorité. Pourtant, leurs actes sont extrêmement néfastes, faisant planer la menace et parfois même réussissant à exacerber la peur et la haine des musulmans en Occident et partout dans le monde.

Le stéréotype du "musulman fanatique violent"
La liste de ces paradoxes est presque sans fin. The New York Times, par exemple, a rapporté que Tamerlan Tsarnaev, l’instigateur de l’attentat du marathon de Boston [le 15 avril], était “furieux que le monde considère l’islam comme une religion violente”. Alors, il a décidé de contribuer à prouver que “le monde” avait raison en tuant au hasard autant de personnes que possible lors d’un événement sportif. Aucun délire de bigot, aucune propagande de semeur de haine ­n’aurait pu faire ne serait-ce qu’une fraction du tort qu’il a infligé à la cause qui lui tenait prétendument tant à cœur.

Depuis leur apparition, les diverses expressions musulmanes, sunnites et chiites, d’extrémisme politique se sont présentées comme des défenseurs des “opprimés”. Leur indignation vis-à-vis de la façon dont l’Occident et les autres sociétés non musulmanes dépeignent l’islam et les musulmans a toujours figuré en tête de la liste de leurs particularités. Néanmoins, en ­collant aux pires stéréotypes du “musulman fanatique violent”, Tsarnaev suivait une tradition qui remonte principalement à la fin des années 1970, lorsque des djihadistes salafistes et des khomeynistes ont curieusement essayé de défendre la réputation de l’islam en l’utilisant pour justifier leurs massacres de civils innocents.

Lorsque des caricatures danoises sont comprises comme une “insulte” au prophète Mahomet et que des organisations extrémistes profitent de l’occasion pour fomenter des émeutes violentes avec des conséquences mortelles, qui est le véritable colporteur du sentiment ­antimusulman ? Certaines des caricatures étaient racistes, d’autres intelligentes et d’autres tout simplement idiotes. Si personne n’avait réagi, probablement rien de mal ne se serait produit. Si des gens associés aux dessins danois voulaient alimenter la peur et la haine des musulmans et de l’islam, presque tout le travail a été fait à leur place par les groupes extrémistes et leur réaction disproportionnée et violente. Là se trouvaient la vraie ­islamophobie, et une insulte bien plus grave à l’islam et aux musulmans.

Cette année, la Grande-Bretagne a été choquée par l’assassinat brutal d’un soldat britannique [le 22 mai] par deux Nigérians islamistes à Woolwich. La diatribe dans laquelle les deux assassins se sont lancés juste après le meurtre reprenait les propos paranoïaques habituels des islamistes sur le monde musulman assiégé par l’Occident. Et, bien sûr, les deux Nigérians se sont plaints d’être traités d’extrémistes.

Hussein Ibish

Site NOW, Liban, 28 octobre 2013, repris sur Courrier International