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10 avril 2014

La politique ? Pas très féminine !



Introduction :

J'ai le bonheur d'avoir comme amie une jeune et brillante étudiante en journalisme marocaine, qui vit actuellement en Tunisie. J'ai déjà dans le passé publié à plusieurs reprises de ses articles, qui sont autant de reportages "vécus de l'intérieur" sur le monde arabe.
Aujourd'hui, elle nous parle, à propos d'un forum, d'un sujet en fait bien universel : les femmes et la politique !

J.C

Désormais dans (le film) «Jacky au monde des femmes», «Mesdames faites la cuisine et Messieurs soyez politiques!» n’est plus valable. Qu’en est-il pour la Tunisie de 2014? Focus.
C’est dans ce sens que le Forum arabe pour la citoyenneté en période de transition (FACT) a organisé, le 29 mars, à Tunis, une journée d’étude sur la participation des femmes à la vie politique. La réflexion a été axée notamment sur le vote, en prévision de la phase de sensibilisation pré-électorale que devrait connaitre le pays, avant 2015. Quelle place pour la femme tunisienne dans la vie politique ? Electrice ou candidate aux élections, est-il très dur d’être une femme ? La couleur politique agit-elle sur le poids de la femme en politique? Ce sont autant de questions qui se posent aujourd’hui.

Une politique de moustache?

«Le problème du vote des femmes est un sujet d’actualité. Très rares sont les électrices qui votent pour d’autres formations politiques que celles admirées par leurs pères, leurs frères ou leurs maris. On doit leur faire prendre conscience de leur droit à la liberté de choix et mettre fin, en Tunisie, à l’approche de tutelle », nous a affirmé Neila Selini, professeure universitaire et présidente du FACT, dont l’ouverture des travaux a été officiellement annoncée, lors de la première journée d’étude organisée samedi dernier.
Quoique timidement, certaines citoyennes ont pris conscience, aujourd’hui, en Tunisie, du rôle important que pourrait jouer la femme dans la vie politique, tandis que d’autres (soumises?) ne «s’auto-suffisent» pas existentiellement. Et la tutelle semble manipuler à plus jamais leurs esprits.
«Nous avons constaté que les femmes ont acquis une certaine éducation à la citoyenneté. Certaines femmes sont conscientes de cette situation mais elles ne  sont pas encouragées à mettre en pratique leurs idées. Nous demandons aux hommes de nous laisser assumer notre responsabilité. Pourquoi s’ingèrent-ils dans notre avenir et nos activités?», s’est-elle demandée.
Plusieurs électrices citadines, comme les paysannes, trouvent des obstacles dans le processus de vote. Outre, les charges qui lui sont imposées au foyer, l’infrastructure et l’ingérence de l’homme ne l’encouragent non plus à prendre des décisions, alors que dans les pays scandinaves, la question du travail au foyer est dépassée.
«Nous souhaitons que l’inscription des femmes, aux prochaines élections, soient automatiques, car plusieurs femmes de zones rurales qui n’ont pas de carte d’identité ou habitent dans des régions enclavées sont exclues de ce processus», nous a affirmé Mustapha Touati, coordinateur de projets au FACT.

La scientificité de la parité

Touati avait conduit une recherche basée sur des sondages dans le grand Tunis, sur la participation des femmes à la vie politique, basée sur des sondages dans le grand Tunis, avec un échantillon de 300 femmes.
Un Rapport sur cette recherche sera publié officiellement en juillet 2014. 172 femmes parmi cet échantillon encouragent leurs filles à faire de la politique, les autres affirment que la politique est une priorité pour l’homme car il assume plus les responsabilités.
D’après 130 femmes, leurs chefs de famille leur interdisent de faire la politique.
«La participation des femmes à la politique est minime, notamment dans la région du nord-ouest. Dans cette région, les femmes assurent un double travail, la terre et le ménage», nous affirme Touati.
La parité quoique mentionnée dans l’article 46 dans la nouvelle constitution, semble être étrangère à la mentalité de certaines femmes, d’après les indicateurs soulevés par la recherche du FACT.
L’image de la femme politique dans la société tunisienne est divisée, dans les schémas mentaux, entre deux grandes couleurs : laïque et religieuse. Dans ce sens, l’ONG "Search For Common Ground" (SFCG) avait organisé, le 25 mars, une cérémonie de clôture du projet de dialogue entre femmes religieuses et laïques. La conclusion à laquelle ont abouti les sessions de dialogue entre les deux parties : «religieuses ou laïques, ces femmes sont finalement toutes tunisiennes et doivent être d’accord de ne pas être d’accord pour relever les défis qui se présentent à la Tunisie».
Cette thèse est confirmée. En marge de la journée d’étude du FACT, Hajar Azaiz, députée, représentante d’Ennahda, à la Commission des droits et des libertés à l’Assemblée nationale constituante (ANC) (dont la composition a été basée sur un système de parité), nous a déclaré qu’au sein de la commission présidée par Souad Abderrahim, les femmes étaient «plus sérieuses et assidues», en référence à l’absentéisme qui avait secoué, à plusieurs reprises, l’ANC. «Nous étions, nous les femmes, réservées parce que nous n’étions pas habituées à nous exprimer en politique. Mais aujourd’hui nous avons pu démontrer notre compétence», nous a-t-elle affirmé.
«De gauche ou de droite, nous, les femmes, parvenons à un terrain d’entente au sein de notre commission, car c’est la femme qui parle. Mais dès qu’il s’agit d’un débat à large échelle dans l’ANC, la femme se convertit en porte-parole de parti», a-t-elle souligné, appelant les médias à être neutres et à ne pas omettre l’existence d’une majorité de femmes "nahdaouis" dans l’assemblée.
Pour sa part, Najoua Mkhlouf, coordinatrice nationale de la femme ouvrière à l’UGTT, estime que plusieurs femmes tunisiennes, notamment les activistes et syndicalistes, ont milité, pendant plusieurs années pour la cause féminine, soulignant que l’absence de la femme est une responsabilité attribuée à chacune des deux parties : le système politique et la mentalité des femmes.

Des solutions

Hilary Clinton, Catherine Ashton, la nouvelle maire de Paris et bien d’autres personnalités font couler beaucoup d’encre. L’exception fait le bruit.
Lors de cette journée d’étude, les femmes, de différentes idéologies, ont élaboré une série de recommandations. Hajar Azaiz appelle à la concrétisation d’une parité électorale non seulement verticale mais aussi horizontale.
Les différentes parties ont réclamé le lancement d’une campagne médiatique de sensibilisation, car la question de la parité ne se résume pas seulement à la loi.
Les mentalités aussi devraient changer, soulignent les femmes. La femme doit également avoir confiance en elle et se battre contre toute forme de violence.
Les systèmes normatifs de toute société circulent des sous-systèmes de valeurs et de coutumes, souvent admis et rarement périphériques. A travers les médias, la femme se construisait un modèle-unique de sa société, même avec la mondialisation plusieurs stéréotypes ont été reconstruits. Dans la publicité et les débats, on voit très rarement la femme politique, mais par contre nous trouvons souvent une femme objet si comme sujet, on ne la présente pas comme médecin, cheffe cuisinière ou professeure (des métiers softs).
Mais les sujets dits sérieux sont débattus, notamment sur les plateaux TV, essentiellement par des hommes et accessoirement, pour ne pas dire jamais, par des femmes. Ceci est-il du à une négligence ou à une imposition? La femme n’a ni d’intérêts ni de positions? La question mérite toute une réflexion.

Chaïmae BOUAZZAOUI

Commentaire d’un internaute sur la parité homme-femme en Tunisie (site de Mosaïque).
C'est ridicule cette parité forcée, c'est une insulte aux compétences et à l'intelligence des femmes. Elle n'existe nul part ailleurs au monde. Homme tunisiens, vous devez constituer une association des hommes tunisiens