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30 octobre 2012

Philippines : accord avec les rebelles musulmans du MILF



 Drapeau des Philippines

Le gouvernement des Philippines et les rebelles séparatistes musulmans du Sud de l'Archipel ont annoncé dimanche 7 octobre la conclusion d'un accord pour mettre fin à une rebellion qui a causé 150.000 morts et des centaines de milliers de déplacés depuis 1978

L'accord-cadre, annoncé par le président Benigno Aquino, prévoit l'établissement d'une zone semi-autonome dans le sud de l'archipel, la région de Mindanao à forte population musulmane dans un pays très largement catholique. Mindanao, qui désigne la grande île du sud, sert de base au Front moro islamique de libération (MILF), le principal groupe de la rébellion musulmane fort de quelque 12 000 membres.
"Cet accord-cadre ouvre la voie à une paix durable à Mindanao, a déclaré le président. Il amène tous les anciens groupes sécessionnistes en son sein. Le MILF ne réclame plus un Etat séparé".

DES OBSTACLES À FRANCHIR
Le groupe rebelle s'est félicité de cet accord, intervenu samedi en Malaisie, après des mois de négociations, et y voit "le début de la paix". "Nous sommes heureux et nous remercions le président pour cela", a déclaré Ghazali Jaafar, le vice-président du MILF en charge des affaires politiques.
Benigno Aquino n'a pas donné de calendrier pour la proclamation d'un accord de paix définitif, mais Ghazali Jaafar a indiqué que les deux parties tablaient sur la mi-2016 comme échéance ultime. Aquino et Jaafar ont souligné que des obstacles restaient à franchir, dont la soumission de l'accord à la population philippine via un référendum.
Or rien ne garantit que le référendum passera dans ce pays très largement catholique. Sous Gloria Aroyo, la présidente précédente, un projet d'accord s'était effondré en 2008 dans la dernière ligne droite, en raison d'une forte opposition intérieure.
Jaafar a également rappelé que l'accord annoncé ce dimanche était une simple ébauche, "une feuille de route", et qu'il restait à discuter de nombreux points, dont l'étendue de la région semi-autonome. Rien n'a également été communiqué sur un éventuel abandon des armes par les rebelles.

LE GOUVERNEMENT GARDE LA DÉFENSE ET LA SÉCURITÉ
Mindanao est une des zones les plus fertiles de l'archipel et ses sous-sols recèlent or, cuivre et autres minerais, peu exploités pour le moment. Des décennies de violences et de troubles en ont fait une des régions les plus pauvres des Philippines. Elle compte quelque 4 millions de musulmans (sur plus de 20 millions d'habitants), qui la considèrent comme leur territoire ancestral, depuis l'époque des sultanats musulmans établis avant l'arrivée des catholiques espagnols au XVIe siècle.
Le gouvernement maintiendrait son contrôle dans les domaines de la défense, la sécurité, les politiques étrangère et monétaire.

Source : "Le Monde", 7 octobre 2012

29 octobre 2012

Thaïlande : dans le Sud musulman, l'insurrection sans fin





Le 25 janvier, un nouvel attentat a fait 9 morts après les 4 militaires tués lors d'un assaut contre leur caserne le 20 janvier. Pourtant les autorités ne cessent dire que la situation s'améliore. Faux, rétorque The Nation. Le quotidien estime que tous les gouvernements successifs ont brillé par leur impuissance à stopper cette hécatombe.

Juste au moment où la situation était sensée s'arranger, les insurgés du Sud ont rappelé au gouvernement de Bangkok, de la plus brutale des manières, qu'il ne serait pas si facile de parvenir à la paix. Jeudi dernier, un groupe de combattants a pris d'assaut un camp militaire du district de Rangae, dans la province de Narathiwat, faisant quatre morts et sept blessés. Cette audacieuse opération commando a pris par surprise le dispositif de sécurité du camp et semble avoir été minutieusement préparée, les insurgés ayant disposé des troncs d'arbres et des herses sur la route pour empêcher toute poursuite. Les assaillants se seraient emparés d'une multitude d'armes et de près de 5 000 balles. Si cela se confirme, la préparation de cette opération serait digne de celle du 4 janvier 2004, lorsque des insurgés avaient mis la main sur plus de 350 fusils après avoir attaqué un camp de l'armée à Joh I Rong [un district voisin].

Il s'agit d'un grave revers pour le pouvoir et les responsables de la sécurité qui se vantaient quelques jours auparavant des progrès accomplis en termes de justice et de sécurité dans la région. Il avait également été question de lever l'état d'urgence dans plusieurs districts de cette province agitée. Comment les militaires ont pu aboutir à la conclusion que la sécurité s'était améliorée reste un mystère. Ce qui est certain, c'est que cette attaque a permis de questionner la logique et les outils dont les militaires se servent pour mesurer leur succès. Le code de couleurs [par lequel les autorités déterminaient les zones en proie à l'insécurité] fonctionnait peut-être à l'époque de la rébellion communiste et du mouvement séparatiste Malay Muslim, il y a vingt ans, quand les rebelles se concentraient dans des régions montagneuses ou dans les collines de l'extrême Sud. Aujourd'hui, leur réseau est tellement étendu et mobile qu'il est presque impossible d'affaiblir le mouvement dans son ensemble.

L'idéologie séparatiste, la radicalisation des esprits et le recrutement des insurgés sont entretenus par l'incapacité des autorités à répondre aux doléances locales. A cela s'ajoutent en outre la violence de leurs interventions, les violations des droits de l'homme, les mauvais traitements infligés aux musulmans et l'impunité de leurs auteurs. Ces facteurs sont particulièrement prononcés dans les "zones rouges" où les insurgés poursuivent leurs attaques, continuent de recruter et bénéficient toujours du soutien des populations locales malgré les opérations militaires censées les "étouffer" depuis des années. Cependant personne au sein du gouvernement ou de l'armée n'est prêt à admettre cette vérité. La série d'attaques perpétrées depuis la fin de 2010 montre que nous assistons à un nouveau cycle de violence, caractérisé par des attaques à la bombe parfaitement préparées et coordonnées avec des raids contre des casernes et des barrages militaires. Cette nouvelle vague est menée par des militants endurcis et radicalisés qui ne semblent nullement intéressés par une offre de dialogue avec les autorités.

Pendant ce temps, les musulmans de la région ne voient aucune différence entre le gouvernement d'Abhisit et ceux de ses prédécesseurs. La plupart semblent être parvenus à la conclusion qu'ils ne seront jamais traités avec équité par les autorités. Tous les discours sur les stratégies pour gagner les cœurs et les esprits ne sont que des vœux pieux. La récente levée de l'état d'urgence dans le district de Mae Lan, dans la province de Pattani, ne constituait pas une concession majeure de la part d'Abhisit. Pour les musulmans, ce geste est insignifiant et trop tardif. Cette mesure n'est que de la poudre aux yeux et n'aide en rien à améliorer le bilan des droits de l'homme ou la situation de la justice, qui restent au cœur des doléances des habitants. Il est temps de penser différemment, même si cela implique de requérir à des médiateurs extérieurs. Trop de vies ont été perdues pour que nos prétendus dirigeants se permettent de continuer comme si de rien n'était. Leur ego ne devrait pas entraver la mise en œuvre d'une politique appropriée.

Source : article du journal thaïlandais "The Nation" du 26 janvier 2011, 
repris du site de "Courrier International"

Islam asiatique, islam méconnu ...

Prières de femmes en Indonésie

Pour "ouvrir" un peu mon blog à d'autres horizons, je vous propose de voyager cette semaine en Asie du Sud Est ... loin donc du Monde arabe et de ses soubresauts violents, loin de l'inquiétante République Islamique d'Iran, loin aussi - bien que ce ne soient pas non plus des Arabes - du Pakistan remuant et de l'Afghanistan toujours en guerre depuis plus de 30 ans !

Manie héritée de ma vie professionnelle - on n'a pas été Ingénieur pour rien -, je pense qu'il est utile de commencer par quelques chiffres : ceux-ci, qui sont tout à fait officiels, peuvent être trouvés sur l'article de Wikipedia en lien :
- les Musulmans représentent près de 23 % de la population mondiale ;
- leur pourcentage en Asie est à peine supérieur (24 %), mais ceci reflète des situations bien contrastées : très faible minorité en Chine (1,6 %, les Ouighours persécutés), ils sont une majorité écrasante au Pakistan (174 millions), ou en Indonésie (le plus grand pays musulman du Monde, avec plus de 200 millions d'âmes) ;
- ils constituent aussi des minorités remuantes aux Philippines (4,6 millions) ou en Thaïlande (environ 4 millions) ...

J'ai sélectionné pour vous quatre articles, où il sera question lors de cette "semaine asiatique" successivement de la Thaïlande, des Philippines, de l'Indonésie et de la Malaisie : bonnes lectures ! 

J.C

28 octobre 2012

Peut-on éviter une guerre avec l'Iran ? Stéphane Juffa sera mon invité le dimanche 4 novembre


Manoeuvres en Iran : tir de missile

Retour à l'actualité dimanche prochain, une actualité brûlante puisque le sujet est : "Peut-on éviter une guerre avec l'Iran ?". Et pour en parler, j'aurai vraiment un invité compétent et concerné puisqu'il s'agit de Stéphane Juffa. Stéphane Juffa est israélien, journaliste et rédacteur en chef de l'agence de presse "Metula News Agency". Je fais partie des privilégiés qui reçoivent régulièrement les articles de son agence, et on peut dire que grâce à lui et à son équipe on a un regard original et qui change de ce que l'on peut lire ailleurs. C'est vraiment un observateur de terrain, puisque Metula est un petit village qui jouxte la frontière libanaise, et il nous envoie parfois des photos prises de sa fenêtre, où on voit flotter juste en face le drapeau du Hezbollah : autant dire, donc, qu'il serait aux premières loges si une guerre avec l'Iran éclatait. Même si cela ne l'enchante pas, il pense que seule une action militaire serait à même d'empêcher la République Islamique d'acquérir l'arme atomique ; et que si les Américains ne voulaient pas y aller, et bien il faudrait qu'Israël tente de détruire seul les installations nucléaires de l'Iran. Alors soyons bien clair, parce que c'est un sujet trop grave pour qu'on l'aborde de façon superficielle ; il y a quelque chose de tout à fait insupportable dans certains articles publiés sur des sites juifs francophones, par des commentateurs qui nous vendent depuis des années la guerre pour demain matin, et qui spéculent sur de soit disant armes miracles qui mettraient l'Iran à genoux et en quelques heures. Ce n'est pas le cas de cet invité, je sais qu'il pèse et re pèse ses arguments : aussi allons-nous, je l'espère, éclairer nos auditeurs.

Parmi les questions que je poserai à Stéphane Juffa :

- Le 17 août dernier, on apprenait que les lignes haute tension alimentant l'usine souterraine d'enrichissement d'uranium de Fordo, près de Qom, avaient été sabotées ; le 6 octobre, on apprenait ensuite qu'un drone iranien était parvenu à déjouer la surveillance israélienne et à survoler des installations sensibles dont Dimona ; le 25 octobre, que des avions venus probablement d'Israël avaient détruit une usine d'armement iranienne près de Khartoum, au Soudan : dans le fond, la guerre n'a-t-elle pas déjà commencé ?

- A deux jours des élections américaines, partagez vous le jugement de Guy Millière qui fait partie de vos collaborateurs et qui a écrit le 16 janvier dernier : "Les objectifs fondamentaux de son premier mandat ont été largement remplis : ils consistaient à ruiner le pays (...) et à rendre le Proche-Orient plus sûr pour l’islam radical." ? Et pensez-vous que Mitt Romney serait plus dur vis à vis de l'Iran et qu'il prendrait le risque d'une guerre, vu par ailleurs la situation calamiteuse des finances américaines ?

- En retenant le scénario catastrophe d'une guerre avec l'Iran : d'abord, la défense civile est-elle prête dans le pays ? Quand on voit que la moitié de la population n'a pas encore de masques à gaz, et qu'il n'y a que quelques batteries de missile anti-missiles "Dôme d'acier" que l'on déplace de ville en ville à mesure des bombardements du Hamas dans le Sud, on peut en douter. En partant du postulat qu'il y aura cette fois des destructions massives au centre névralgique du pays, est-ce que les images de tours détruites ou en feu à Tel Aviv ne seraient pas un coup terrible porté à la dissuasion d'Israël au Moyen-Orient ? Il y a le coût humain : pensez-vous que les victimes se compteraient en centaines ou en dizaines de milliers de victimes ? Et il y a le coût économique, une estimation de 42 milliards de dollars circule : qu'en pensez-vous ?

- Un paramètre clé est l'évaluation de l'attitude du monde arabe. Il y a deux scénarios, l'optimiste et le pessimiste. L'optimiste, c'est la prédominance du clivage sunnite / chiite, ce sont les deux mondes qui s'affrontent aujourd'hui en Syrie alliée de l'Iran, et l'espérance d'une neutralité bienveillante des régimes sunnites, Turquie comprise, en cas de guerre. La pessimiste, c'est une explosion de haine de la part de la "rue arabe", maintenant dominée par les islamistes et qui s'engouffrerait dans un choc frontal contre Israël et les États-Unis : qu'en pensez-vous ?

Mais je ne vais pas dévoiler tous les sujets que j'espère avoir le temps d'aborder, et sur lesquels il faut réfléchir, froidement et en pesant le pour et le contre de chaque décision possible ... je vous espère donc très nombreux au rendez-vous, dimanche prochain pour suivre l'émission ; et pour celles et ceux qui l'auraient manqué, pendant plusieurs mois sur la page de podcasts de Judaïques FM !

J.C

26 octobre 2012

Internet et le monde musulman




Pour beaucoup de Musulmans, la fin de la journée de jeûne est signalée par un coup de canon, mais pour d’autres, c’est le bip de l’app « Ramadan Times » qu’ils ont téléchargée sur leur iPhone qui annonce ce moment. The Economist rappelle qu’en dépit de quelques fatwas lancées contre la technologie numérique, le monde musulman dans son ensemble s’est emparé de la technologie d’internet, parfois même avec plus de ferveur que le reste du monde. 

La firme d’études de marché Ipsos a ainsi conclu que le taux de pénétration des smartphones était particulièrement fort dans les pays à majorité musulmane les plus riches, comme les Emirats Arabes Unis, où il est de 61%. Et même dans les pays plus pauvres, ce taux reste significatif, comme en Egypte, où il est de 26%, finalement assez proche de celui de l’Allemagne, 29%. De fait, internet a été adopté par un tiers de la population du Moyen-Orient.
De multiples apps ont été développées pour couvrir les besoins religieux, dont certaines très populaires, comme Quran Majeed, une app qui propose des versions multilingues du Coran, et qui a été téléchargée plus de 3 millions de fois. Les sites internet destinés à la communauté musulmane sont aussi très nombreux. En novembre prochain, SalamWorld, un nouveau réseau social islamique, sera lancé en Indonésie. Les réseaux sociaux ont joué un rôle important dans les soulèvements populaires du Printemps Arabe. Il existe également des sites de rencontres musulmans, comme Muslima, et même des sex-shops en ligne, comme Al Asira, qui se vante de respecter la Charia.

Grâce à internet, on assiste ainsi à l’émergence d’une version virtuelle de l’Oumma, la nation musulmane sans frontières à laquelle tous les Musulmans se sentent rattachés. Internet donne la possibilité à de nombreux musulmans de ne plus se fier seulement à ​​leurs prédicateurs locaux mais de rechercher et de débattre de leurs propres interprétations des textes religieux avec les autres au travers de forums.
Confrontés à cette remise en question de leur autorité, certains religieux choisissent la censure, d’autres préfèrent utiliser internet pour éviter de se retrouver écartés, comme ceux de l’université al-Azhar du Caire, qui tiennent une « hot-line islamique» qui répond aux questions des utilisateurs sous 48 heures.

Très tôt, Internet a été l’outil de communication de choix des jihadistes pour recruter des combattants, ou de certains religieux fondamentalistes pour diffuser des discours de haine à l’égard des auteurs déclarés blasphématoires. Mais le web a déjà démontré qu’il favorisait la tolérance et l’ouverture d’esprit, et en fin de compte, il est bien plus probable qu’il conduira à l’ouverture de l’Islam, conclut The Economist.


Mylène Vandecasteele
Express.be, le 21 août 2012

Nota de Jean Corcos :

J'ai trouvé ce court article (reprenant en fait en lien celui du journal "The Economist") intéressant, car il donne une bonne synthèse de l'influence considérable de l'Internet dans le monde musulman. Ceci étant on peut être moins optimiste, au moins pour le court terme, que ce qui est dit en conclusion : pour le moment, ce sont les propagateurs de haine qui en ont tiré le meilleur parti ... pour preuve, "l'auto radicalisation" de jeunes européens, convertis ou non, et qui n'ont pas eu besoin d'un "stage" en Afghanistan pour devenir jihadistes !