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12 octobre 2012

"L'invention des nations" par Guy Konopnicki : une cinglante réponse aux délires de l'antisioniste Shlomo Sand

Guy Konopnicki

Ce n’est pas la moindre des singularités d’Israël que de devoir à tout moment justifier sa légitimité et celle de son peuple. Cette négation répétitive pourrait, à elle seule, constituer une caractéristique nationale, puisque l’on s’obstine, depuis la nuit des temps, à dénier aux juifs tout ce qui les caractérise. L’antisémitisme des églises romaine et byzantine se fondait déjà sur ce principe : les juifs n’étaient plus Israël, peuple de l’alliance, puisqu’il n’avaient pas reconnu Jésus-Christ. Les églises chrétiennes étaient donc, chacune, le nouvel Israël et il ne pouvait en exister d’autre. L’Islam, à son tour, revendiqua l’exclusivité de l’alliance, affirmant sa vocation à établir sa domination exclusive au nom du Tout-Puissant. Or, au long des siècles, dans le monde du christianisme orthodoxe, dans celui du catholicisme romain, comme en terre d’Islam les juifs ont persisté, alors que la plupart des peuples du Moyen- Age ont disparu en tant que tels, se fondant en permanence dans de nouveaux ensembles. S’il est un mystère pour les historiens, c’est bien celui de la permanence du judaïsme, de la détermination de ce peuple, qui demeure, en dépit des persécutions, des massacres et de toutes les tentatives de conversions massives. Ce mystère a tant d’implications qu’il en devient insupportable pour les juifs. Petit-fils de rabbin, Karl Marx tenta de démontrer que le juif n’était qu’une création économique. Il réduisait son existence aux besoins de la société marchande et associait son universalité à celle de l’argent. L’origine et l’histoire du peuple juif ne l’intéressaient guère plus que les résurgences païennes du romantisme allemand. Pour Marx, tout cela n’était que fadaises et croyances, il cherchait, lui, à établir une histoire économique, sociale et politique de l’humanité.
La Question juive n’est, dans l’œuvre de Marx, qu’un petit texte polémique, destiné à nier l’existence d’une problématique particulière, au moment où l’antisémitisme moderne prenait corps en Europe. C’était aussi le moyen de ne jamais s’interroger sur ce qu’il était lui-même, en dépit de la conversion de son père et de son propre athéisme. Lui, le prophète du socialisme,  dont la doctrine émancipatrice trouva une résonance singulière parmi les juifs d’Europe, comme en témoigne la composition des partis qui s’en réclamèrent au début du siècle passé, les sociaux-démocrates allemands, autrichiens, et russes.

La négation marxiste de la nation juive s’inscrivait dans un projet d’émancipation du prolétariat mondial, qui impliquait le dépassement de toutes les nations. La négation d’aujourd’hui ne vise qu’un seul peuple, qu’une seule nation. Elle est de nouveau, portée par un juif, un historien israélien : Shlomo Sand.

Shlomo Sand ne s’interroge pas sur l’adéquation des autres nations avec le territoire qu’elles occupent. Tout État, est, par nature légitime, à l’exception d’Israël. Autour d’Israël, les frontières ont été tracées à la fin de la Première guerre mondiale, lorsque les Britanniques et les Français se partagèrent les dépouilles de l’empire Ottoman. Les Turcs ne considéraient pas la Palestine comme une entité spécifique, ils avaient découpé administrativement le territoire, en se gardant bien d’installer une autorité centrale à Jérusalem. La Palestine avait disparu depuis la fin des Croisades. Cette terre avait un peuplement composite, le Sultan avait, par exemple, installé dans la vallée du Jourdain, des Algériens qui, pour l’avoir servi loyalement, avaient été contraints de quitter leurs terres lorsque l’Algérie devint française. Cela ne signifie nullement qu’il n’y a pas, aujourd’hui, de peuple palestinien, ce n’est pas parce qu’une identité nationale s’est constituée récemment que l’on peut nier l’existence d’une nation.
Or toute la démonstration de Shlomo Sand repose sur ce postulat : le récit biblique n’a pas été écrit à l’époque des rois d’Israël, l’année que nous nous souhaitons, 5773, ne correspond à rien, toute cette histoire n’est qu’une légende inventée ultérieurement. Le judaïsme daterait, en fait, de l’époque de Babylone et ne serait arrivé à Jérusalem qu’au retour de l’exil, avec le second Temple. Quand bien même cette théorie ne serait pas dénuée de fondement, où trouvera-t-on une nation aussi ancienne que le peuple juif ?  Sans nul doute dans les civilisations asiatiques, et cependant, d’invasions en bouleversements, aucune frontière contemporaine ne correspond à celles des anciens royaumes et empires qui marquèrent l’Inde, la Chine et l’Indochine. Nul ne s’interroge sur la légitimité de la présence des Chinois contemporains au pied de la Grande Muraille. On s’attachera cependant à démontrer que les juifs n’ont rien à faire à Jérusalem. Ce peuple, nous répète Shlomo Sand a été inventé. Il aurait même fini par s’inventer lui-même, au point de revendiquer une terre dont il n’était pas issu. Il faut croire que des rabbins de Babylone ont posé, au hasard, un doigt sur une carte. Les cartes de géographie n’étaient pas très courantes à l’époque, mais nos rabbins, ayant entendu parler d’un Dieu unique, découvert par un autre peuple, auraient jeté leur dévolu sur une bourgade, pour y enraciner le peuple qu’ils venaient d’inventer et qui n’avait pas d’origine. 

En fait, rien ne vient des juifs, ni la Thora, ni le monothéisme, ni Jérusalem. Les premiers sionistes, les Hébreux qui partirent de Babylone pour la Judée étaient déjà de grands pervers, qui avaient inventé toute une histoire pour s’accaparer une terre. On comprend, dans ces conditions, que tout le monde est légitime sur cette terre, les descendants des soldats grecs et romains, les bâtards laissés par les croisés et les armées de Saladin, les populations issues des brassages de l’empire Ottoman, les serviteurs algériens du Sultan installés dans la vallée du Jourdain lorsque l’Algérie devint française, les Levantins, les Bédouins, les communautés chrétiennes fuyant l’Égypte à l’époque des Mameluks, bref, tout ce qui est issu du brassage de peuples nomades et d’envahisseurs au long de deux millénaire est légitime, seuls les juifs ne le sont pas. Shlomo Sand nous démontre que les juifs ne viennent de nulle part ! Belle découverte : c’est le leitmotiv de l’antisémitisme depuis deux siècles.

Les juifs conspirent, ils ont tout inventé. Ils ne viennent pas de cette terre. Jérusalem n’est qu’un mythe. En ce cas, on ne comprend pas comment Jésus-Christ a pris une telle importance, si l’histoire dont il se réclamait venait tout juste de sortir du cerveau obscur de quelque importance. Et pourquoi Mohamed tenait-il tant à poser le sabot de son cheval sur le Mont du Temple ?

Ce n’était rien encore. Non seulement la terre promise n’existe pas, mais la diaspora elle-même n’est qu’une fiction. Selon Shlomo Sand, les ashkénazes descendent en fait des Khazars convertis au judaïsme, tout comme les sépharades seraient des Berbères, datant de l’époque de la Kahina. D’un côté comme de l’autre, nous serions issus de conversions massives, entre le VIè et VIIè siècle de l’ère chrétienne. Comment ce peuple inventé a-t-il pu faire tant de conversions massives, sans quitter sa terre d’origine, ou toujours selon Shlomo Sand, les Hébreux se seraient massivement convertis au christianisme puis à l’Islam, afin de devenir les ancêtres des Palestiniens !
Arthur Koestler avait, en son temps, réfuté la théorie de l’origine Khazar. S’il n’est pas contestable que des Khazars et des Berbères convertis se soient intégrés au peuple juif, tout comme les Falashas, la volonté de réduire les origines du peuple juif à ces conversions nous ramène, une fois de plus, à l’obsession de Shlomo Sand, qui est de délégitimer Israël. Comment comprendre que des populations du Caucase et des Aurès n’aient eu de cesse de prier, pendant des siècles, pour que Sion retrouve sa splendeur ? 

Le complot n’a cessé de se renouveler : la minorité obscure, qui a inventé le peuple juif a réussi à convaincre des millions de Khazars et de Berbères, elle a éradiqué de leurs mémoires leurs origines réelles. Ces descendants de Khazars et de Berbères se sont installés en Palestine, ils ont asséché des marais et irrigué des déserts, ils ont affronté des voisins hostiles et subi le terrorisme, alors même qu’ils venaient de régions plus attrayantes ! Les Khazars avaient vécu en Crimée, région épatante pour y installer un Etat juif ! Et pourquoi pas la Tunisie ou le Maroc, terre d’origine de notre judaïsme berbère ?
Fort curieusement, la langue de ces ashkénazes qui seraient essentiellement des Khazars, n’a conservé aucune trace des idiomes transcaucasiens. Ce peuple parlait une langue voisine du turc, ce qui est, pour le moins, éloigné du yiddish. Il faut donc croire qu’une minorité audacieuse est parvenue à prendre l’hégémonie sur une population que la poussée mongole venait de disperser. Et ces mystérieux inventeurs du peuple juif auraient imposé un allemand rhénan du XIème siècle, à une population venue d’Asie centrale pour descendre jusqu’à la mer Noire, avant de se disperser des Carpates à la Baltique. Autant dire que les carpes remontent toutes farcies du Danube à la Volga.

Sur cette terre, peu de peuples se trouvent sur leur territoire d’origine. La Seconde guerre mondiale et la décolonisation sur les frontières coloniale ont dessiné, en Europe et en Afrique, des frontières arbitraires et souvent absurdes. On a déplacé, on déplace encore, des dizaines de millions d’individus. La Prusse a été partagée entre la Pologne et la Russie, la capitale de la Lituanie était jadis une ville polonaise à majorité juive, l’Ukraine occupe d’immense territoires polonais, slovaques et roumains, sans même parler de la Crimée, conquise et reconquise par la Russie.
 L’OTAN a bombardé Belgrade, pour contraindre la Serbie à abandonner sa province historique du Kossovo, parce que les Albanais y sont devenus majoritaires dans les années 70 du vingtième siècle. Le Soudan écrase les peuples du Sud, les  islamistes ravagent les tombeaux musulmans de Tombouctou… 
 Mais il n’y a qu’un pays artificiel et maléfique, l’État d’Israël. Il n’y a qu’un seul peuple inventé de toutes pièces, le peuple juif, qui n’est même pas juif, mais berbéro-khazar.

Le juif ment, il a toujours menti. 

 Il suffit de regarder autour d’Israël… On comprend qu’il y a un peuple syrien comme il y a un peuple libanais, ces nations homogènes, unies, offrent un contraste saisissant quand on songe qu’elles vivent aux frontières d’une terre occupée, à force de mensonges, par un prétendu peuple juif, illégitime depuis deux millénaires. Heureusement, il y aura toujours des Shlomo Sand pour débusquer le mensonge du juif.

Guy Konopnicki,
Information Juive, septembre 2012