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04 avril 2011

Laïcité et Islam par Gérard Akoun


Les représentants des six grandes religions de France, réunis au sein de la Conférence des responsables du culte en France, ont pris leurs distances avec le débat controversé sur la laïcité dans une déclaration commune rendue publique mercredi. Ils désapprouvent « sans précisent ils, aucun esprit polémique ou partisan » ce débat décidé par le Président de la République.

Comme le Grand Rabbin Gilles Bernheim l’avait fait il y a une dizaine de jours, dans une tribune parue dans le journal le Monde, certains d’entre eux avaient, déjà, exprimé des réserves, ou s’étaient interrogés sur le bien fondé d’un tel débat dans la période difficile que la France traverse. Mais  c’est la première fois que  la Conférence des responsables du culte en France, de fondation  récente - le 23 novembre  2010 - s’exprime publiquement et de manière solennelle. Les résultats des élections cantonales, un  taux d’abstention  très élevé, le score du Front National qui a fait campagne sur la défense d’une laïcité « nationale », sur  la lutte contre  l’immigration illégale en provenance des pays musulmans et l’insécurité qui en découle, leur a fait mesurer les risques de fracture encourus par notre société. Ils ont tenu à préciser pour éviter toute ambiguïté : «  la laïcité est un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre ensemble». Les mots employés dans  cette déclaration ont été bien pesés et ils sont adressés directement au Chef de l’État. Je cite : «  veillons à ne pas dilapider ce précieux acquis, il est capital pendant cette période pré-électorale, de bien garder sereinement le cap en évitant amalgames et risques de stigmatisation » Et ils ajoutent : «  le débat est toujours signe de santé et de vitalité, mais un parti politique, fut-il majoritaire, est il la bonne instance pour le conduire seul ? » fin de citation.

Je ne crois pas, malheureusement, que Nicolas Sarkozy soutenu en cela par Jean François Copé, Claude Guéant et quelques autres éminences grises, soit à même d’écouter ces mises en garde. Il n’écoute pas davantage celles de ses propres amis politiques, il les oblige même à se rétracter quand ils osent exprimer un point de vue différent ou plus nuancé, comme l’ont fait François Baroin et François Fillon. L’UMP est coupée en deux. Les uns s’imaginent qu’il faut  durcir encore plus le discours sur  l’Islam, sur l’identité, sur l’immigration et l’insécurité pour répondre au défi  lancé par Mme Le Pen. Des phrases, des expressions, des mots connotés, sont employés de manière irresponsable, pour susciter une complicité avec un électorat désemparé à la recherche de bouc émissaire. Je cite en vrac « la France n’est plus la France, on n’est plus chez soi,  l’opération en Libye qualifiée de croisade, les français musulmans, les vagues d’immigration, tout est bon pour récupérer l’électorat du Front National et permettre, croient ils, la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012.
Les autres s’inquiètent de cette dérive vers l’extrême droite qui, loin de profiter au président sortant - il baisse encore dans les sondages, - ne fait que conforter le Front National et sa candidate à la présidentielle. Ils considèrent  que la France dispose d’un arsenal juridique  suffisant pour faire respecter la laïcité et que ce débat de quelques heures est inutile et surtout inopportun. 

Mais Nicolas Sarkozy s’obstine et pour le moment tout le monde rentre dans le rang, sauf, semble t-il, François Fillon qui ne participerait pas à la convention du 5 avril.
Certains essaient d’imaginer quelques propositions concrètes, pour se donner une raison de participer à ce débat. La ministre de l’enseignement supérieur Valérie Pecresse, par exemple, proposera de créer une formation à la laïcité, « un diplôme de la laïcité et des principes républicains à l’intention des personnes en charge des cultes, des directeurs des ressources humaines dans les entreprises, des agents des services publics, pour régler au quotidien les problèmes dans les écoles, les hôpitaux, les services publics ». Pourquoi pas ! mais il serait, sans doute, plus utile dans le cas de l’école d’avoir plus de surveillants, et d’assurer une formation pédagogique plus adaptée, aux jeunes certifiés ou aux jeunes agrégés qu’on envoie sans formation dans des zones difficiles ; il faudrait aussi trouver les moyens financiers et juridiques pour construire des lieux de culte qui permettent aux croyants musulmans de pratiquer dignement leur religion, sans avoir besoin pour cela de déborder sur les chaussées.
Des problèmes existent, il ne faut pas se le cacher, mais ils ne se règleront pas avec un débat qui dégage un parfum délétère.

Gérard Akoun               
Judaïques FM, le 31 mars 2011