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21 avril 2011

Ergenekon : 4000 procès contre les journalistes turcs



Busra Erdal, journaliste spécialisée sur l’affaire Ergenekon, est l’objet de nombreuses poursuites avec pas moins de 70 procès en cours la visant.
Des organisations de défense de la presse dénoncent l’acharnement judiciaire contre les journalistes turcs qui ont couvert l’affaire Ergenekon. Pas de moins de 4000 procès sont en cours contre l’ensemble de la profession. L’armée et la justice turque sont pointées du doigt et l’Union européenne s’inquiète de la multiplication des attaques contre la presse.
La vague de protestation contre l’arrestation des journalistes Ahmet Şık et Nedim Şener laisse dans l’ombre une autre forme de censure dénoncée par de nombreuses organisations de défense de la presse. Dans un communiqué publié le 14 mars, Freedom House avait dénoncé les arrestations de journalistes soupçonnés d’être liés au réseau Ergenekon. La directrice de l’organisation américaine de défense de la liberté de la presse, Karin Deutsch Karlekar, a déploré le fait qu’en Turquie près de 4000 procès sont en cours contre des journalistes. A elle seule, Büşra Erdal, connue pour sa critique d’Ergenekon, est la cible de près de 70 de ces procès. Spécialiste de l’affaire, elle comparaissait en audience le 1er avril avec le soutien de l’Association de la justice et du droit, l’Association des juristes, le Conseil de la presse, la Société des journalistes de Turquie et la Plateforme de la liberté des journalistes.

Le risque d’un contrôle militaire des médias

L’audience a été finalement reportée au 27 avril. Si les craintes d’une ingérence gouvernementale dans la Justice pour faire taire l’opposition sont souvent évoquées à travers les arrestations des journalistes Ahmet  Şık et Nedim  Şener, de l’autre côté, cette même Justice a déjà ciblé de nombreux journalistes dénonçant le réseau putschiste et anti-gouvernemental Ergenekon. Dans ce contexte, Freedom House avait exprimé sa vive préoccupation sur les tentatives de contrôle des médias par l’armée. Karin Deutsch Karlekar déclarait alors : « Il est manifeste que l’armée tente de contrôler ce type de média. Et le fait qu’internet soit devenu un média aussi important rend plus préoccupantes encore ces tentatives [de l’armée] d’en manipuler le contenu. »

La pression n’est pas nécessairement gouvernementale

Elle soulignait en outre que « la pression n’est pas à chercher automatiquement du côté du gouvernement ou du chef de l’Etat ; en Turquie, le pouvoir judiciaire se fait volontiers complice pour que certains cas soient jugés et que soit décidée ensuite l’interdiction de certaines choses. Il arrive ainsi que les intentions du gouvernement se voient dévoyées dans la pratique par ceux qui exercent réellement la pression sur les journalistes : l’armée et la magistrature. » Par ailleurs, dans son dernier rapport publié en novembre 2010 intitulé Les attaques contre la presse, le Comité de protection des journalistes (CPJ) rappelle comment l’Union européenne a adressé des remontrances à la Turquie au sujet de la liberté de la presse. Elle lui a notamment  reproché « de poursuivre des journalistes ayant exprimé des opinions non violentes » et a soulevé ses « préoccupations particulières au sujet du nombre élevé d’affaires pénales portées contre les journalistes qui couvrent le complot anti-gouvernemental connu sous le nom de l’affaire Ergenekon. » Citant entre autres Büşra Erdal et Melih Duvaklı du journal Zaman ou Helin Şahin de Star, le rapport précise que « les journalistes et rédacteurs en chef de la totalité du spectre politique ont été ciblés pour leur couverture du complot Ergenekon. » Les chefs d’inculpation portent notamment sur la violation de secrets d’Etat dans cette affaire judiciaire.

ZAMAN FRANCE
le 15 avril 2011