Notre radio

Notre radio

03 août 2008

"Le Monde" est-il en train de tourner ?



Introduction :
Les lecteurs fidèles l'auront surement noté, je fais rarement référence au journal "Le Monde" sur mon blog ... Une très ancienne tradition d'hostilité envers l'état d'Israël, d'une part, et un "politiquement correct" souvent complaisant envers les totalitaires - islamistes ou autres - et critique envers les démocraties, d'autre part, m'en ont éloigné durablement ; même si, et cela m'est aussi arrivé de les signaler, il y a eu (rarement) dans ce journal des articles sortant de cette ligne. J'essaie, au moins, de ne pas adopter la rigidité bornée de trop de publications communautaires qui refusent la simple lecture de la presse de gauche, ou n'y relèvent que les publications hostiles ; je serais d'ailleurs un piètre journaliste si je ne lisais que les journaux d'un seul bord, ou si je passais mon temps à faire partager des rancœurs, exercice dont certains semblent ne pas se lasser, hélas !
J'ai relevé ces dernières semaines deux éditoriaux qui marquent un changement notable par rapport à "l'ère Plenel", du nom de l'ancien rédacteur en chef qui avait - par exemple - combattu la loi interdisant le port des signes religieux ostensibles à l'école, et maintenu une chape de plomb dans son journal sur les massacres au Darfour.
Ces deux éditoriaux, revenant sur ces deux sujets, méritent d'être signalés et je les reproduis intégralement !
J.C

1 : La Burqa, symbole

"Peut-on devenir française quand on porte la burqa, ce vêtement qui, à l'exception des yeux, masque entièrement les femmes dans les pays (ou les familles) musulmans les plus rigoristes ? Non, vient de répondre sans détour le Conseil d'Etat dans un arrêt qui, sans aucun doute, fera date.
L'affaire sur laquelle la haute juridiction a tranché tient en quelques mots : une Marocaine mariée à un Français et mère de trois enfants nés en France s'est vu refuser, en 2005, la nationalité française, au motif qu'elle porte la burqa et que cela constituerait un "défaut d'assimilation". Saisi en appel, le jugement du Conseil d'Etat tient, également, en quelques mots, manifestement pesés au trébuchet : cette femme "a adopté, au nom d'une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française et notamment le principe d'égalité des sexes".
Voilà donc relancée la controverse sur la place des religions, et de l'islam en particulier, en France. Le débat sur le port du "voile" à l'école avait déjà soulevé la question il y a quelques années : la France doit-elle, avec tolérance et sagesse, accepter l'expression publique de l'identité religieuse et de la différence culturelle ? Ou doit-elle, au contraire, marquer nettement les limites au-delà desquelles le principe de laïcité, fondement de la République, serait bafoué. En adoptant la loi de 2004 interdisant le port de tout signe religieux ostensible dans les établissements scolaires, le Parlement avait clairement choisi la seconde réponse.
Dans son arrêt du 27 juin, le Conseil d'Etat adopte une position similaire. Nul doute qu'il va se voir reprocher, à nouveau, de stigmatiser une religion, l'islam. Et de ne pas mesurer le fossé qui le sépare de la réalité complexe de la société française. Le Conseil, il est vrai, s'en tient à une appréciation de principe : à ses yeux, la burqa est tout sauf un signe religieux banal, qui relèverait d'un simple choix privé ou de la liberté de conscience ; à ses yeux, c'est au contraire un symbole majeur pour les musulmans les plus militants et minoritaires, qui revendiquent une pratique extrême de leur religion. Un symbole de ségrégation entre les hommes et les femmes. Un symbole inacceptable du statut d'infériorité de la femme dans cette conception de l'islam. Comment lui donner tort ?"
Editorial du journal "Le Monde" paru dans l'édition du 12 juillet 2008

2 : Solidarité africaine

"Après le Zimbabwe, le Soudan. A quelques semaines d'intervalle, deux dirigeants africains mis en cause sur la scène internationale pour des crises, et des crimes, qui frappent en premier lieu leurs populations appellent leurs pairs à leur secours.
Robert Mugabe, le président zimbabwéen, a pu compter sur la solidarité continentale, au sein de plusieurs organisations, notamment l'Union africaine (UA), pour se protéger. Mais des voix africaines discordantes, lassées de son entêtement à se maintenir au pouvoir à tout prix, fût-ce en ruinant son pays, commencent à émerger. Des présidents africains se refusent à ce que la mise en question des agissements de l'un des leurs soit assimilée à une trahison au profit des ex-puissances coloniales et des pays occidentaux.
Omar Al-Bachir, son homologue soudanais, est le premier président en exercice mis en cause par la Cour pénale internationale (CPI). Il l'est sur la base d'accusations présentées lundi 14 juillet par le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, pour son rôle dans la tragédie du Darfour. La nature de ces accusations est, à la mesure des faits, d'une gravité exceptionnelle. Elle s'appuie sur "des preuves sur les crimes commis dans l'ensemble du Darfour (ouest du Soudan) au cours des cinq dernières années" pour mettre en cause directement le chef de l'Etat soudanais.
Le président Al-Bachir compte sur des réflexes d'autodéfense pour que l'UA et la Ligue arabe s'emploient à torpiller une éventuelle action de la CPI. Les premiers résultats sont déjà visibles. Hisham Youssef, chef du bureau du secrétaire général de la Ligue arabe, a enjoint la CPI de "ne pas politiser" son action et de ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures soudanaises, contestant ainsi la légitimité de la juridiction, désignée en filigrane comme le bras judiciaire des pays occidentaux. Une réunion de la direction de l'UA s'est conclue, elle, par un communiqué rappelant "la préoccupation de l'UA face à la mise en accusation abusive de dirigeants africains".
Pourtant, tous savent à quel point Omar Al-Bachir est coupable. La dignité serait pour la Ligue comme pour l'UA de se désolidariser de ceux qui humilient et martyrisent l'Afrique et le monde arabe."
Editorial du journal "Le Monde" paru dans l'édition du 15 juillet 2008