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27 août 2008

Georgie, 2 : quand ceux qui vomissent Israël font les yeux doux à Poutine

Chars russes entrant en Georgie
(photo Reuters)

Une fois "planté le décor" géopolitique de cette guerre éclair dans le Caucase, et après vous avoir invité à éviter les approches simplistes, je n’en suis que plus à l’aise pour dénoncer maintenant la mauvaise foi criarde d’un certain nombre de commentateurs, lus ou entendus au cours des dernières semaines. Non pas que l’on puisse leur reprocher, a priori, de tenter d’avoir une approche objective sur ce conflit ; ou de pointer du doigt le fait, rigoureusement exact, que le président géorgien Mikhaël Saakachvili ait été bien imprudent en ouvrant le premier les hostilités : mais ce qui est remarquable, c’est que les mêmes n’ont jamais utilisé une telle grille de lecture pour des conflits dans lesquels Israël était engagé - les arguments servis pour défendre Poutine (et son clone Medvedev) ayant alors été superbement ignorés ! Les citations relevées ci-dessous ont été enregistrées avant le tout dernier et grave développement de la soi-disant reconnaissance des républiques dissidentes de Georgie - étape cosmétique avant leur rattachement à la Fédération de Russie : mais parions que les mêmes commentateurs continueront, par haine rabique des États-Unis, à défendre Moscou sans états d'âme.

Ci-dessous, donc, un petit florilège de cette mauvaise foi hexagonale.


1. Joseph Macé Scaron dénonçant la "religion de la victime" : dans "Marianne" de la semaine du 16 au 24 août, cet éditorialiste écrit : "à l’aune de la victimisation, les Georgiens ont produit plus de décibels que les Ossètes et les Ossètes que les moines tibétains. L’économie médiatique aidant, les micros et les caméras se tournent vers les formes de désespoir les plus expressionnistes." Bien vu ! Mais que n’a-t-on lu, dans le même hebdomadaire, le même genre de commentaires à propos des Palestiniens, champions toute catégorie en matière de manipulation des médias ? Leurs quelques 6000 tués en environ 8 ans ont occupé la première place de toute la presse mondiale, occultant par exemple les 200.000 victimes du Darfour. Sans parler, bien sûr, du millier de civils tués et des milliers d’estropiés en Israël, victime du Djihad terroriste ... et qui n’ont guère suscité de sympathie dans "Marianne".

2. Jack Dion dénonçant le "Sergent major" (que c’est drôle !) dans le même numéro de "Marianne" : précisons que ce jeu de mot visait François Sergent, éditorialiste de "Libération" à qui il était reproché "le manichéisme le plus obtus" contre la Russie, et donc en faveur des Américains - les vrais responsable du "désordre mondial" comme cet hebdomadaire n’en finit pas d’en convaincre les Français ... Et il écrit : "Il y a les méchants (les Russes) et les bons (les Georgiens). Quand les premiers bombardent, c’est un crime contre l’humanité. Quand les seconds le font, c’est un acte de bienfaisance." Parfait, mais que n’a-t-on lu ce genre de propos au moment, par exemple, des bombardements du Hamas depuis Gaza, ou de ceux du Hezbollah à l’été 2006 ? Jack Dion doit être par ailleurs un peu gêné aux entournures pour dénoncer des islamo-fascistes, car il attribue doctement des guillemets au mot "démocraties" à propos des États-Unis et de leurs alliés, mais il délivre - en creux - un brevet de démocratie à Poutine, en écrivant que "la Russie d’aujourd’hui n’est pas vraiment la copie conforme de l’Union soviétique" !

3. Renaud Girard parlant du "retour de flamme du Kosovo" : dans une tribune du journal "Le Figaro" du mardi 12 août, le grand reporter revient sur le précédent des Balkans, et sur l’erreur occidentale dont j’avais déjà parlé : "Habilement, les Russes utilisent aujourd’hui la même rhétorique que celle utilisée par les Occidentaux en 1999, parlant d’une minorité ossète victime de "génocide" et "d’épuration ethnique." Rien à redire sur ce point là, car j’ai la même appréciation. Sauf que ... le même Renaud Girard n’a pas un mot pour dénoncer "la réaction démesurée" de Moscou devant l’attaque surprise de la Georgie sur son territoire (théoriquement souverain) d’Ossétie du Sud. Il écrit : "le président géorgien a commis une très grave erreur d’appréciation. Il a sous-estimé la détermination de Moscou et surestimé le soutien que les États-Unis seraient prêts à lui apporter." On a envie de se pincer et de dire ... je rêve ! Car le même Renaud Girard s’était fendu de plusieurs articles et même d’un bouquin pour dénoncer les "actes de guerre disproportionnés" et la "sur réaction israélienne" suite à l’attaque, sur son propre territoire, du Hezbollah en juillet 2006 ! Que n’avait-il, à l’époque, dénoncé l’erreur d’appréciation de la milice chiite, qui allait provoquer mille souffrances au Liban ? Toujours prêt à accabler le minuscule Israël (je l’ai même entendu, sur une radio communautaire, critiquer l’état juif pour avoir brisé l’encerclement arabe en juin 1967), Renaud Girard n’a pas un mot pour critiquer la Russie, cent fois plus puissante que la petite Georgie qu’elle vient d’envahir !

4. La liste complète de ces théoriciens de la mauvaise foi serait fastidieuse, et cet article serait bien long ... Évoquons juste, pour finir, l’incontournable Pascal Boniface auteur jadis d’un fameux "Est-il permis de critiquer Israël ?" (éditions Robert Laffont), venu avec un petit sourire en coin sur plusieurs chaînes de télévision nous expliquer que l’on assistait au grand retour de la Russie, un retour dont la brutalité et les orientations politiques ne lui inspiraient nulle critique ; et Paul Quilès, ancien ministre et hélas toujours responsable des questions de défense au Parti Socialiste : celui-là, aussi, ricanait devant les ratés de la guerre du Liban il y a deux ans, en écrivant qu’elle démontrait les limites d’une politique basée sur la force ; dans "Le Figaro" du 19 août, il ne devait pas émettre la moindre critique devant la déferlante des blindés russes dans le Caucase ... et cela, sans doutes parce que (il ne le dit pas, mais il le pense tellement fort !), Israël est l’allié des États-Unis, ce grand méchant loup qu’il nous invite par ailleurs à laisser tomber. Car, je le cite : "il ne sert à rien de feindre d’ignorer que la Russie détient d’énormes réserves d’hydrocarbures et qu’il existe une relation d’interdépendance objective entre celle-ci et les pays européens !"

J.C