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07 septembre 2012

Turquie : les Alévis tirent la sonnette d'alarme


Le désespoir envahit les Alevis face à la recrudescence de l'islamisation de la Turquie. Sous leur étiquette de pays "laïc", le gouvernement mène une guerre de propagande, à l'encontre de la laïcité, avec comme seul objectif d'instaurer un nouveau modèle idéologique, "une race, une religion, une langue"

La Fédération de l'union des Alévis de France (FUAF) fait partie de la dynamique croissante du mouvement Alévi en Europe représenté par notre Confédération Européenne qui regroupe plus d'un million d'adhérents dans 14 pays différents. Ainsi les 200 000 Alévis de tout l'hexagone, de Bordeaux à Strasbourg, se battent pour la liberté d'expression et de croyance de leurs proches. En effet, près de 25 millions d'Alévis vivent en Turquie. Ils ont même fait appel à la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour demander la suppression des cours obligatoires religieux chez les enfants et la suppression de la mention religieuse sur la carte d'identité. La justice turque a délibérément ignoré la décision du 9 octobre 2007 de la Cour Européenne des Droits de l'Homme donnant raison à un plaignant alévi.

Malgré notre combat acharné et une résistance continue, la Turquie continue d'appliquer une politique d'ignorance, d'injustice et avance progressivement vers une guerre civile par le biais d'une politique d'assimilation et de neutralisation par l'oppression. L'Anatolie, terre des richesses et des cultures, se transforme sous nos yeux en un lieu de haine et d'obscurantisme.
Le responsable du gouvernement des affaires religieuses et du culte a refusé toutes les propositions avancées par les Alévis jusqu'à ce jour. Ainsi nos doléances telles que la prise en considération des besoins d'autres religions dans les projets de cette structure ont été rejetées. Le rôle de cet organisme, qui se nourrit de l'impôt de l'ensemble de la population, est de financer les besoins des structures islamiques tels que les imams, les cours religieux et les mosquées. Nos demandes concernant la suppression des cours religieux obligatoires dans le secondaire ou la reconnaissance et la construction de nos lieux de cultes "cemevi" ont malheureusement été en vain.

L'atteinte des libertés fondamentales ne s'arrête pas là. La Turquie démontre une ferme volonté de créer des mosquées dans les universités, d'instaurer l'éducation religieuse dans le primaire et même d'interdire l'avortement.
Que dire de la libération des coupables de l'incendie de Sivas sous le prétexte d'expiration du délai de prescription ? Doit-on encore, au XXIe siècle être brûlé vif pour que l'Europe voie la réalité en face ? Nous, les Alévis, peuple pacifiste et humaniste, demandons votre soutien afin d'éviter l'irréparable.
Le Monde, le 30 juillet 2012

06 septembre 2012

Une autre lecture du Coran ...


Youssef Seddik est une personnalité à la fois singulière et attachante. On se réfèrera à cette courte biographie publiée sur Wikipedia (lire ici) : né à Tozeur dans le Sud Tunisien, élevé dans une famille à la foi musulmane profonde mais traditionnelle, donc bien éloignée des outrances intégristes d'aujourd'hui, il a acquis une culture française approfondie en étudiant la philosophie et la littérature, et même la civilisation grecque, ce qui démontre sa curiosité intellectuelle !

Installée en France depuis près de 25 ans, il a depuis longtemps à cœur de faire redécouvrir le Coran, en proposant une nouvelle lecture à travers une traduction originale, et même une présentation osée ... puisqu'il publia une édition sous forme de bande dessinée, version qui fut interdite en Tunisie même sous Ben Ali, et alors que les Salafistes étaient pourchassés dans le pays.

Seddik affirme qu'il est "légitime pour tout musulman de relire et d'interpréter le Coran de son point de vue personnel", recommandant donc de le lire "en dehors de toute source traditionnelle et avec un regard neuf". Pour lui, il faut écouter de préférence "le savant" plutôt que "l'imam" ou "le mufti", qui ne doivent pas outrepasser leurs fonctions en jouant aux guides spirituels : une vision peut-être trop idyllique d'un islam réconcilié avec la liberté individuelle, en tout cas aux antipodes de la version dominante, obscurantiste et littéraliste qui est importée et matraquée par les chaînes satellitaires en provenance du Golfe ...

De cela, il s'en est expliqué sur ARTE dans le cadre d'une émission de Laure Adler, secondée par Nicolas Demorand et Ali Baddou qui ne lui ont pas posé des questions de connivence : une heure fort enrichissante, que je vous propose de passer en visionnant cette vidéo !

J.C


04 septembre 2012

Israël se rend compte : seuls les États-Unis peuvent empêcher l'Iran de devenir une puissance nucléaire, par Ron Ben-Yishai


Introduction :
C'est une nouvelle rubrique que je vous propose, amis lecteurs : "La traduction originale" (1), qui vous permettra d'accéder à une sélection d'articles de la presse israélienne et internationale, à partir de sources en anglais.
Premier papier, passionnant, d'un des meilleurs experts, sur un sujet toujours brûlant ... bonne lecture.
J.C
(1) Correction d'octobre 2014 : trop optimiste, j'avais prévu de faire une rubrique mensuelle, intitulée "La traduction du mois". Je corrige donc le "chapeau" pour la série d'articles déjà publiés. 
(2) J'ai également mis sous ce libellé quelques articles traduits par mes soins, mais avant septembre 2012

La traduction originale

- septembre 2012

C'est un secret bien connu : l'armée israélienne et les services sécurité ont eu comme axe de travail, ces dernières années, la création d'une option militaire viable pour une frappe en Iran. 
  
Israël a investi des milliards dans cette entreprise. Le but était d'obtenir des capacités opérationnelles qui pourraient servir de base à une frappe, qui, si elle était lancée, ramènerait le programme nucléaire iranien plusieurs années en arrière. Avec un peu de chance, on pourrait même arrêter le programme nucléaire tout à fait.

Un plan créatif à cette fin a été conçu pendant le mandat de Gabi Ashkenazi comme chef d'état major de Tsahal, mais à l'époque le Premier Ministre Benjamin Netanyahu et le Ministre de la Défense, Ehud Barak, ont été confronté à deux obstacles : l'administration Obama a été, et demeure, farouchement opposés à une frappe, de peur de une flambée des prix du pétrole, ce qui pourrait entraver la reprise économique et malmener les chances du Président pour sa réélection. En Israël, des officiers supérieurs de Tsahal et la communauté du renseignement ont exhorté Barak et Netanyahu de retarder les plans d'une attaque. Ashkenazi, l'ancien chef du Mossad Meir Dagan, puis la tête du Shin Bet, Yuval Diskin, ne sont pas contre attaquer l'Iran par principe. Ils étaient convaincus, avec d'autres responsables du renseignement de haut niveau et des officiers de l'état-major, que l'Iran doit être empêché d'atteindre des capacités nucléaires à n'importe quel prix. Ils sont toujours convaincus de cela. Mais, à leur avis, une frappe en Iran, en particulier si elle est menée par Israël, doit être un dernier recours, lorsque, comme Ashkenazi l'a déclaré à l'époque, «l'épée sera  sur le cou d'Israël."

La position de l'échelon de la sécurité était d'avis que si l'Iran atteint le point où seule une opération militaire pourrait mettre un frein ou d'arrêter son programme nucléaire, il serait préférable que les États-Unis mènent à bien une telle opération, surtout parce qu'ils possèdent les capacités, les ressources et les bases militaires pour opérer dans tout l'Iran, et soutenir une campagne militaire sur une longue période de temps - voire des mois. Une telle opération serait capable d'empêcher l'Iran de remettre en route son programme nucléaire.

À l'époque, l'establishment de la sécurité et le Mossad étaient encore sous l'impression que les sanctions économiques, la diplomatie et la guerre secrète technologique conduite par Washington pourraient retarder le programme nucléaire iranien, plus que tout frappe israélienne le pourrait. Il faut noter que, à ce moment-là,  l'agitation sociale en Iran a menacé de renverser le régime conservateur dirigé par le chef suprême Ali Khamenei.

En regardant en arrière, à la lumière des développements récents, on peut supposer sûrement que, si les sanctions américaines et européennes avaient été imposées il y a deux ou trois ans, l'Iran aurait été prêt à faire des compromis
maintenant. Mais dans la situation actuelle, l'Iran ne fait que commencer à ressentir les effets économiques des sanctions occidentales, tandis que son programme nucléaire est à un stade avancé et a même été accéléré. Mais l'administration Obama et l'Europe ont perdu un temps précieux lorsque le Conseil sécurité de l'ONU a tenté de mener un dialogue avec l'Iran. Pendant ce temps, Téhéran a construit le complexe fortifié dans Fordo, installé des centrifugeuses de pointe dans ce centre, et il produit suffisamment d'uranium faiblement enrichi pour trois ou quatre ogives nucléaires. Aujourd'hui, les centrifugeuses en Fordo sont déjà capables d'enrichir de l'uranium à une concentration de 20% de matière fissile. A partir de là, il ne faudrait pas à l'Iran beaucoup de temps pour produire des matières fissiles. Ils ont déjà assez d'uranium enrichi pour construire un certain nombre de bombes.

Par conséquent, à partir d'un point de vue militaire et peut-être même stratégique, Netanyahu et Barak ont ​​eu raison dans leurs hypothèses. À l'époque, Israël aurait pu frapper les installations nucléaires iraniennes avec une relative facilité et retarder le programme nucléaire de plus d'un ou deux ans. Mais depuis lors, l'Iran a développé des "zones d'immunité" qui protègent son programme nucléaire et de missiles. À l'époque, ils ont été assez exposés.

Mais les chefs de l'establishment de la sécurité ont également eu raison de s'opposer à une attaque unilatérale israélienne contre les installations nucléaires de l'Iran et les caches de missiles. Une telle frappe, si elle n'est pas effectuée par les États-Unis, doit au moins être lancé en pleine coordination avec Washington - en raison de son champ d'application et des complications possibles. Ce ne serait pas une attaque ponctuelle comme celle qui a détruit le réacteur irakien en 1981 ou celle qui a visé le réacteur syrien en 2007 (selon des rapports étrangers, l'attaque en Syrie a été menée par Israël). Une attaque contre l'Iran nécessiterait de survoler ou d'envoyer la flotte à travers le territoire ennemi, ce qui augmente naturellement les chances d'être détecté dès le début de l'opération. Pour pallier au moins à certaines des complications qui pourraient survenir dans le cas où les forces israéliennes seraient détectés avant d'atteindre leurs objectifs, nous aurions besoin des États-Unis. C'est du moins ce que les officiels de la Défense israéliens prétendent, lors de leurs entrevues avec le "New York Times" et le "Washington Post".

Les Iraniens utilisent les négociations avec l'Ouest pour gagner du temps, un temps qui leur sert pour augmenter le rythme d'enrichissement d'uranium et de développement d'armes. Toutefois, pour le moment, Khamenei ne peut pas se prononcer sur l'avancement vers la «percée nucléaire", lui donnant la capacité pour construire une véritable bombe atomique ; mais il sera en mesure de prendre une telle décision dans le début de l'année prochaine.

Pendant ce temps, Israël poursuit ses préparations, qui sont dirigés par le Chef d’État Major des Forces de Défense d'Israël , Benny Gantz. Les membres de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset prétendent que les anciens responsables de sécurité qui sont contre une frappe israélienne ne sont pas familiers avec le plan actuel et les capacités existantes. A en juger par ses comparutions devant le comité, Gantz semble être à peu près certain que, s'il avait l'ordre d'attaquer, l'armée israélienne serait capable de surprendre les Iraniens et de créer un choc dans le monde. Il y a, cependant, ceux qui prétendent que Gantz est également opposé à une frappe, comme le sont les actuels chefs de l'Armée de l'Air, les services de renseignement de l'armée, le Mossad et le Shin Bet. Mais cette affirmation est fausse. Des Ministres ont entendu Gantz dire qu'il n'y aura apparemment pas d'autre choix que de frapper l'Iran. Il semble que, tout comme Netanyahou et Barak, il est convaincu que les sanctions et les pressions diplomatiques ne suffiront pas à freiner les ambitions nucléaires de la République islamique.

Les responsables israéliens pensent que l'Iran aura la capacité d'atteindre "la percée nucléaire" bien avant que les sanctions puissent menacer le régime de Téhéran.

D'après les information déjà été divulguées dans la presse, il est assez évident que Gantz préfère qu'une telle opération militaire soit dirigée par les Américains - pour un certain nombre de raisons : l'armée américaine a le pouvoir de rester pour mener une campagne militaire qui serait capable arrêter le programme nucléaire de l'Iran complètement, alors qu'Israël a seulement la capacité de ramener ce programme nucléaire quelques années en arrière. En outre, si les Américains décident de frapper l'Iran, ils pourraient aussi aider Israël à repousser une contre-attaque par l'axe du mal, qui comprendra le Hezbollah, le Hamas, le Jihad islamique et peut-être aussi bien la Syrie. Une autre raison possible est qu'une frappe unilatérale israélienne lancée sans le soutien de Washington isolerait Israël diplomatiquement.

Il semble que Gantz - comme Ashkenazi, Diskin et Dagan - pensent que l'Iran doit être empêché d'atteindre des capacités nucléaires à n'importe quel prix - de préférence avec l'aide des États-Unis.

Dans tous les cas, Israël n'a pas encore atteint le moment où elle doit décider si oui ou non il doit attaquer l'Iran. À la lumière de la situation économique en Iran et au stade actuel de son programme nucléaire, Israël a jusqu'à la mi-octobre à décider. Après cela, la météo peut empêcher toute attaque israélienne. Mais Israël peut même différer la frappe jusqu'au printemps. Il ne semble pas que la situation sur le terrain va changer radicalement au cours de cette période.

Ceux qui prendront la décision en Israël, dirigés par Netanyahou et Barak, sont de plus en plus convaincus de l'intention des États-Unis à empêcher un Iran nucléaire - indépendamment de savoir si Obama sera réélu ou si Mitt Romney prendra ses fonctions. La foi de Jérusalem dans la détermination de Washington a été grandement renforcée par la connaissance d'un plan du Pentagone pour une grande opération aéronavale, au cas où l'Iran déciderait d'opérer une décision pour  la "percée nucléaire".  "Nous ne permettrons pas l'Iran de développer une arme nucléaire, point à la ligne", a déclaré cette semaine, lors de sa visite en Israël, Léon Panetta Secrétaire à la Défense américain. De plus en plus familiarisés avec le plan du Pentagone, les dirigeants israéliens ont abouti à la conclusion que les États-Unis sont apparemment prêts, et ils en ont les capacités, pour pulvériser le programme nucléaire militaire de l'Iran. La poursuite du déploiement de forces américaines, britanniques et françaises (à la fois aériennes et navales) dans le Golfe Persique et la Méditerranée, est considérée par Jérusalem comme la preuve que les intentions de l'Occident sont sérieuses.

 Il est clair que Netanyahu et Barak devront déterminer si Israël peut faire confiance à la promesse du États-Unis à contrecarrer les ambitions nucléaires de l'Iran par la force militaire dans les cas où les négociations et les sanctions s'avèrent insuffisantes - ou s'il faut lancer une attaque unilatérale bleu et blanc sur la République islamique.
 
Ron Ben-Yishai,
Ynet, 3 août 2012

Traduction Jean Corcos

03 septembre 2012

Peut-on écrire l'Histoire avec des citations ? Eric Keslassy sera mon invité le 9 septembre



Dimanche prochain, je retrouverai nos amis auditeurs, après la longue pause estivale. Alors j'ai pensé qu'il serait bon, avant de replonger dans l'actualité brûlante, d'évoquer un peu l'Histoire pour les deux premiers numéros de rentrée, et le 9 septembre nous allons parler d'un livre bien original puisqu'il a pour titre : "Citations politiques expliquées" ; c'est édité chez Eyrolles, et je recevrai pour en parler son auteur, Eric Keslassy. Eric Keslassy est politologue et universitaire, il enseigne à Sciences Po Lille. Ce n'est pas la première fois qu'il vient sur notre plateau, la dernière fois nous avions parlé de son ouvrage précédent "Mémoires vives", où il avait analysé les défis de la concurrence des mémoires, sujet bien sensible pour les relations entre Juifs et Musulmans : et bien à nouveau on retrouve la mémoire dans cet ouvrage, plus précisément celle des citations historiques, petites phrases restées célèbres et parfois sorties de leur contexte. Il en présente dans ce livre quelques dizaines, toutes prononcées par des politiques, depuis la Troisième République jusqu'à la dernière élection présidentielle, citations de personnalités françaises mais aussi étrangères, et qu'il resitue, à chaque fois dans l'espace d'une page. Alors bien sûr, j'ai fait une sélection, et nous ne parlerons aujourd'hui que des citations concernant les Juifs, les Musulmans, et le conflit israélo-arabe. 

Parmi les questions que je poserai à Eric Keslassy : 

- Vous avez eu le grand mérite de publier la phrase de David Ben Gourion, proclamant l'indépendance le 14 mai 1948, c'était juste avant l'entrée du Shabbat : qu'a-t-il dit exactement en direction des Arabes ? Comment les pays voisins ont-ils réagi, on sait qu'il y a eu la guerre mais vous ne citez aucune déclaration en retour ? Et est-ce qu'à votre avis, ces paroles conservent encore une actualité, alors qu'on a connu tant de guerres et de déceptions ?
- Autre citation qui est régulièrement ressortie par les politiques de droite contre la gauche à propos de l'immigration qui, comme on le sait, est très majoritairement issues de pays musulmans : c'est ce qu'a dit Michel Rocard le 3 décembre 1989, en disant que "la France ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde" ; l'a-t-il vraiment dit, parce qu'il affirme autre chose ? Et comment être sur de ce qu'il a dit ou non ?
- Toujours à propos du Moyen-Orient, avec deux déclarations historiques, l'une qui a ouvert la voix vers une vraie paix, même si elle est menacée aujourd'hui, c'est le discours de Sadate devant la Knesset le 20 novembre 1977. On se souvient du rejet, véhément à l'époque de Yasser Arafat qui avait dit "nous couperons les mains qui ont signé les accords de Camp David". Or vous consacrez aussi la page 103 au fameux "c'est caduc", à propos de la charte de l'OLP, mot en français prononcé par Arafat au milieu d'une déclaration en arabe, lors d'un entretien à Paris le 2 mai 1989. Est-ce que, rétrospectivement et en reprenant exactement ce qu'ont dit l'un et l'autre, on pouvait deviner lequel était sincère et lequel ne l'était pas ?
- Vous rappelez comment Marine Le Pen, alors qu'elle était confrontée à Bruno Gollnisch, a comparé le 10 décembre 2010 les prières musulmanes dans les rues à une "occupation de pans de territoires". Vous dites que cela l'a aidé à triompher de son adversaire. Est-ce que c'était uniquement tactique, ou est-ce que le pensait vraiment ? Est-ce que c'était bien vu de la part de ce parti, parce que, finalement, la montée de l'islamisme est une réalité qui inquiète les Français ? Et est-ce qu'à votre avis, ce sujet - comme l'islamophobie qui est aussi une réalité - ne va pas polluer la vie politique française, à droite comme à gauche ?

Un invité intéressant, et une manière originale de revisiter l'Histoire ... j'espère que vous serez nombreux au rendez-vous !

J.C

02 septembre 2012

Candice Cohen-Ahnine, in memoriam


Il y a des photos souvenir dont on ne se doute pas combien, après coup, elles peuvent sembler douloureuses ... Je "n'immortalise" pas systématiquement, loin de là, les passages de mes invité(e)s dans notre studio de Judaïques FM, mais j'avais eu l'idée de le faire, ce jour là, le 1er mai dernier, alors que j'enregistrais mon interview de Candice Cohen-Ahnine qui devait passer le dimanche suivant.

Je ne l'avais encore jamais rencontrée, mais je me souviens combien j'avais été frappé, à la fois par sa beauté, son calme et l'air résolu avec lequel elle répondait à mes questions. Pourtant, je n'avais été pas été complaisant, lui reprochant - mais bien sûr sans brusquerie, je l'espère - sa naïveté qui lui avait fait croire aux sornettes du Prince saoudien l'ayant séduite (pour mémoire, il lui avait fait croire au début de leur liaison que sa grand-mère était juive). Je lui reprochais aussi de ne pas avoir écouté ce que lui conseillaient ses parents et ses amis, en laissant l'amour l'aveugler complètement ; et d'avoir pu le suivre jusqu'au Liban, en vivant même à ses côtés la guerre de 2006 : comment une jeune fille juive avait-elle pu aller jusqu'à côtoyer, ainsi, les pires ennemis d'Israël ? Je savais aussi - et on l'a suffisamment lu sur les forums de la "blogosphère juive" -, combien cette liaison avait été jugée sévèrement par certains dans ma communauté, qui l'ont traitée dans les termes les plus grossiers !

Cependant, je tenais à faire cette émission pour différentes raisons. Candice avait été reçue par plusieurs radios juives consœurs, et par des médias israéliens. La cause essentielle, celle de son livre au titre qui résumait tout - "Rendez-moi ma fille" - c'était Haya, cette fillette de 11 ans retenue en Arabie Saoudite à l'issue d'un traquenard. Il fallait donc l'aider, car il s'agissait d'abord d'une cause humanitaire, comme celle des infirmières bulgares jadis otages de Kadhafi, comme celle de Guilad Shalit, objets d'émissions passées et que j'avais rappelées en introduction. J'avais dit : "j'espère Candice que cette interview vous portera chance et que votre fille sera bientôt libérée". Hélas, elle ne la reverra jamais, et cette interview me laisse bien sûr un souvenir bien amer, après sa mort aussi brutale qu'injuste, si jeune - elle avait 35 ans - et surtout, intervenue dans des conditions troubles ... j'y reviendrai plus loin. Mais j'avais trouvé intéressant, aussi, de faire entendre à mon auditoire de la fréquence juive un témoignage unique, celui de quelqu'un ayant passé une partie de sa vie au Moyen-Orient. Pas le témoignage d'un expert, mais celui d'un regard innocent et sans haine, évoquant à la fois la gentillesse et l'hospitalité en Égypte comme au Liban, que l'antisémitisme hystérique dévoilé plus tard dans la famille du fameux Prince Sattam el-Saoud !

A propos de la mort de Candice, que dire d'autre qu'elle aura été aussi tragique que sa courte existence ? Pour rappel, elle a chuté du quatrième étage de son domicile, après avoir glissé en essayant d'enjamber la rambarde en fer forgé devant sa fenêtre, sans doute pour rejoindre l'appartement de ses voisins, deux balcons plus loin. Il suffit de taper son nom sur le Web pour retrouver le fil complet des articles publiés depuis le 17 août, jusqu'à hélas, le récit terrible de son enterrement : d'autopsies en enquête de police, la malheureuse n'aura pu être inhumée qu'au bout de deux semaines ; et même son enterrement jeudi dernier aura donné lieu à une bagarre entre sa famille et son ex-mari, mis en cause dans sa mort - une plainte a d'ailleurs été déposée contre lui. N'étant pas un journaliste d'investigation, je n'ajouterai rien à ce que vous lirez par ailleurs, et je voudrais pour terminer, revenir à son combat pour retrouver sa fille.

Outre cette émission de radio, j'ai eu l'occasion de revoir Candice une deuxième et dernière fois au CRIF, dans le cadre de la "Commission pour les relations avec les Musulmans" que j'ai l'honneur de présider. Il s'agissait d'essayer de l'aider, par nos propres contacts, à retrouver sa fille ... Si des autorités respectées en matière de jurisprudence islamique avaient pu prendre sur elles de défendre son dossier, si un "mémo" avait pu être déposé auprès du souverain saoudien - apparenté, mais pas en ligne directe du fameux Prince - alors, espérions-nous, y avait-il une chance. Aucun mariage en bonne et due forme n'avait uni Candice au père de sa fille, et en droit musulman, il ne s'agissait que d'une - mot affreux - "fornication". Bien sûr, il fallait par ailleurs rester discret, et surtout ne pas donner l'impression que la communauté juive se mobilisait, vu le contexte : précaution inutile maintenant, et nous pouvons en parler alors que la malheureuse ne peut plus revoir Haya.

Il reste, maintenant, à espérer que ses grands-parents maternels, brisés par le chagrin, auront quand même la possibilité, eux, de l'embrasser à nouveau. Cette fillette est de nationalité française car née en France. Le 12 janvier 2012, Candice avait obtenu de la justice française, la garde de sa fille ainsi qu'une pension. Mais le père avait refusé ce jugement en déclarant : « Je préfère encore aller me cacher comme Ben Laden dans les montagnes avec Haya" ; et, suprême méchanceté, il refusa à la famille de son ex-compagne une photographie récente de la petite fille, qui aurait été déposée sur le cercueil.

Jean Corcos