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18 février 2019

Qui se souvient d'Abdelkrim et de la guerre du Rif ?


 Abdelkrim el-Khattabi

Daniel Cling réalisa pour Arte en 2010 un documentaire poignant. Il est impossible de le voir sur Youtube, et je l’ai retrouvé sur une page Facebook d’un groupe amazigh ; je me contenterai donc de vous en donner le lien ci-dessous :


Présentation du documentaire :

« La guerre du Rif s’est déroulée officiellement de 1920 à 1926 pour mater la rébellion d’une tribu conduite par Abdelkrim au fin fond du Maroc. Qui se souvient de cette guerre ?
Alors que celles d’Indochine, du Vietnam et d’Algérie ont fait l’objet de nombreuses évocations écrites ou filmées, la guerre du Rif qui engagea pourtant plusieurs centaines de milliers de combattants et des moyens considérables, qui fut pourtant la seule guerre coloniale gagnée par la France au XXe siècle, fut aussitôt oubliée dès qu’elle s’acheva.
Quels démons cette page d’Histoire écrite par les Rifains réveillait-elle?
Si cette remise en cause moderne du système colonial allait devenir la première d’une universelle transfiguration, la guerre du Rif fut aussi le lieu où la barbarie moderne trouva un véritable essor, pour devenir, peu de temps après, un authentique projet de civilisation. »


Quelques mots maintenant à propos du leader indépendantiste Mohamed ben Abdelkrim el-Khatabbi, appelé plus simplement Abdelkrim, ou Moulay Mohand par les rifains. Né vers 1882, mort au Caire en 1963, ce fut le chef d’un mouvement de résistance contre la France et l’Espagne dans le nord du Maroc, le Rif étant alors partagé entre les deux puissances coloniales. Dans ses jeunes années, il eut en parallèle une formation religieuse et laïque, parlant espagnol et étant même un temps journaliste dans un quotidien de Mellila. Il s’engagea ensuite dans la résistance d’abord contre les Espagnols, qui tentèrent d’occuper les zones encore libres du nord marocain : après avoir fédéré les tribus, il infligea à l’armée espagnole une défaite retentissante lors de la bataille d’Anoual en 1921, où ils laissèrent sur le terrain 25.000 tués et blessés. Abandonné par le Sultan Moulay Youssef, régnant à Rabat sous protectorat français, il mena la bataille contre près de 500.000 soldats français – dirigés par le Maréchal Pétain - et espagnols - menés par le général Primo de Rivera : les deux auront ensuite la carrière politique que l’on sait.

Abdelkrim proclama en 1922 la « République confédérée des Tribus du Rif », qui fut la première et éphémère république issue d’une guerre de décolonisation au siècle dernier. Moderniste, il promulgua des réformes, et en particulier il fut le seul à avoir presque réussi à interdire la production séculaire du cannabis.  Mais la fin de son épopée fut tragique : écrasés par une force infiniment supérieure, les Rifains durent en plus subir l’arme chimique. 

Extrait de wikipedia : 

« Abdelkrim se rend aux Français comme prisonnier de guerre le 26 mai 1926. En dépit de cette reddition, les armées espagnoles feront usage de gaz de combat contre des villages tenus par les rebelles. Ainsi, dès 1926, des avions munis de gaz moutarde bombarderont des villages entiers, faisant des Marocains du Rif les premiers civils gazés massivement dans l'Histoire, à côté des Kurdes irakiens gazés par les Britanniques. On estime à plus de 150 000 le nombre de morts civils durant les années 1925-1926. »

Cette horrible guerre, complètement oubliée, a eu une « réplique » dans les années 1958-1959, avec la répression terrible menée par le pouvoir central marocain contre les rebelles rifains.

J.C

27 mai 2013

Le Maghreb sous la croix gammée : un documentaire à voir



Hier dimanche, je vous présentais ici ma prochaine émission, où il sera question des Juifs sauvés par des Musulmans à Paris - avec les mythes ou réalités concernant la Grande Mosquée de Paris.
Grand spécialiste de l'attitude des Arabes pendant la Seconde Guerre Mondiale - un sujet qu'il a abordé sans parti-pris, ni hostile, ni condescendant -, l'américain Robert Satloff s'est intéressé à leur comportement en terre d'Islam, et en a tiré un livre de référence. Ce documentaire remarquable, passé récemment sur Arte, résume l'ouvrage et par bonheur je l'ai retrouvé sur Youtube.

En voici la présentation :

"Depuis longtemps, l'historien américain Robert Satloff se demandait pourquoi aucun nom arabe ne figurait dans la liste des "Justes parmi les Nations" du mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Cinq ans de recherches au Maroc, en Tunisie, en Algérie et en Libye lui ont permis de publier en 2007 un ouvrage remarqué sur le sujet. Ce travail, également mené au Proche-Orient, est au cœur de ce documentaire.

La situation était différente selon les pays : les Allemands occupant la Tunisie et les Italiens la Libye ont rapidement interné des juifs autochtones dans des camps. Alors que, malgré les pressions de Vichy, Mohammed V au Maroc réussit à protéger les juifs marocains et que les imams algériens interdirent aux fidèles de profiter de la liquidation des biens juifs. Des sites des anciens camps de travail aux domiciles de personnes qui furent sauvées par des voisins et amis, les informations recueillies montrent qu'il serait "juste" qu'un hommage soit enfin rendu à ces musulmans courageux."


J.C

06 septembre 2012

Une autre lecture du Coran ...


Youssef Seddik est une personnalité à la fois singulière et attachante. On se réfèrera à cette courte biographie publiée sur Wikipedia (lire ici) : né à Tozeur dans le Sud Tunisien, élevé dans une famille à la foi musulmane profonde mais traditionnelle, donc bien éloignée des outrances intégristes d'aujourd'hui, il a acquis une culture française approfondie en étudiant la philosophie et la littérature, et même la civilisation grecque, ce qui démontre sa curiosité intellectuelle !

Installée en France depuis près de 25 ans, il a depuis longtemps à cœur de faire redécouvrir le Coran, en proposant une nouvelle lecture à travers une traduction originale, et même une présentation osée ... puisqu'il publia une édition sous forme de bande dessinée, version qui fut interdite en Tunisie même sous Ben Ali, et alors que les Salafistes étaient pourchassés dans le pays.

Seddik affirme qu'il est "légitime pour tout musulman de relire et d'interpréter le Coran de son point de vue personnel", recommandant donc de le lire "en dehors de toute source traditionnelle et avec un regard neuf". Pour lui, il faut écouter de préférence "le savant" plutôt que "l'imam" ou "le mufti", qui ne doivent pas outrepasser leurs fonctions en jouant aux guides spirituels : une vision peut-être trop idyllique d'un islam réconcilié avec la liberté individuelle, en tout cas aux antipodes de la version dominante, obscurantiste et littéraliste qui est importée et matraquée par les chaînes satellitaires en provenance du Golfe ...

De cela, il s'en est expliqué sur ARTE dans le cadre d'une émission de Laure Adler, secondée par Nicolas Demorand et Ali Baddou qui ne lui ont pas posé des questions de connivence : une heure fort enrichissante, que je vous propose de passer en visionnant cette vidéo !

J.C