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19 avril 2007

Sarkozy est-il un sale juif ? Royal et le sionisme. Les juifs du show biz. Morandini juif, etc.

Sans commentaires
Il y a déjà plus de 4 mois (le 1er décembre exactement), je publiais sur le blog un article intitulé "le fromage de Hollande est-il casher ?". Un clin d’oeil ironique aux - déjà - nombreuses visites à mon adresse, sur le thème « François Hollande est-il juif ? », sujet qui semblait intriguer pas mal d’internautes. Je m’inquiétais alors de cette « inquiétude », la trouvant ahurissante au 21ème siècle et dans un pays de vieille tradition démocratique ... mais en me disant, à tort, que cette vague nauséabonde était liée à la récente désignation de Ségolène Royal, et qu’elle disparaîtrait rapidement.
 

Or il est ensuite arrivé un phénomène à la fois positif pour la notoriété du blog, et profondément déprimant sur le fond : l’association des mots « Hollande » et « juif » dans cet article l’ont placé en tête des articles référencés par Google pour cette débile association ... qui a continué de passionner les foules ! Et le même genre de visiteurs que ceux déjà épinglés début décembre sont venus atterrir sur mon adresse, attirés comme des vilaines guêpes par du miel. Ajoutez-y le mot « Sarkozy » (cité à propos d’un autre article, celui-là publié sur le blog de Sylvain Attal), et une autre sous catégorie d’antisémites est venue, aussi, celle-là bien inquiète des origines d’un peut-être futur Président de la République.

Résultat : en triant les visiteurs par article d’entrée grâce au logiciel « sitemeter » dont je vous ai souvent parlé, un peu moins de 10 % des visiteurs sont arrivés sur le blog en entrant par ce fameux « post » ... vous ne rêvez pas : rapporté au nombre moyen de visites, et sur quatre mois, cela représente plus de mille personnes, mille antisémites obsessionnels repérés grâce uniquement à une recherche, et sur un modeste blog !

S’il ne s’agissait que de cette simple « curiosité » pour trois (en comptant Ségolène Royal) personnages politiques, on pourrait arrêter là. Malheureusement, le libellé de trop de visites est vraiment nauséabond : je vais donc les reproduire tels que, fautes d’orthographe comprises.
Tantôt, on « judaïse » stupidement des vedettes, tantôt on veut chercher « qui est juif », dans la grande tradition du brûlot antisémite « Je suis partout » des années trente :
- recherche : « les juifs du show biz », visiteur de pays inconnu, 3 septembre 2006, 4h11.
- recherche : « yves bigot sioniste juif », visiteur de Rhones Alpes, 23 octobre 2006, 12h39.
- recherche : « thierry ardisson juif », visiteur du Maroc, 30 août 2006, 19h47.
- recherche : « morandini juif », visiteur d’Arras, 31 août 2006, 11h20

Le même genre de visiteurs s’inquiètent aussi de l’origine des experts et commentateurs qui passent à la télé : si par exemple on n’entend pas x ou y déblatérer violemment Israël, c’est donc qu’il est juif ... ainsi :
- recherche : « françois heisbourg sioniste juif », visiteur de Paris, 24 août 2006, 19h11.

Revenons au couple « Royal-Hollande » : j’ai enregistré certaines recherches relevant, soit de l’antisémitisme le plus grossier, soit du delirium le plus total, ainsi :
- recherche : « royal et hollande sont juifs du maghreb », visiteur de Paris, 12 mars 2007, 14h15 (libellé faisant plutôt penser à un ou une antisémite « de souche »).
- recherche « royal et le sionisme », visiteur de La Queue en Brie, 17 novembre 2006, 12h45 (libellé faisant plutôt penser à un militant pro palestinien ultra, pour qui Israël n’est pas un vraiment un pays : les leaders politiques sont sommés de se définir par rapport au « sionisme » (j’ai eu aussi « Bayrou et le sionisme », « Hollande et le sionisme » ... impossible de tout enregistrer !).
- recherche « françois hollande le juif », visiteur de Dubaï, Emirats Arabes Unis, 14 mars 2007, 12h04 - comme c’est élégamment énoncé, cela me rappelle le film « Le juif Süss » sous l’Occupation ... il y a de vrais nazis dans le Golfe, et pas seulement en Iran !
- recherche « segolene royal juif sorkozy (sic) complot », visiteur du Brabant (Belgique), 5 février 2007, 11h34.

Mais rassurez-vous, Sarkozy excite aussi beaucoup les antisémites de tous bords, ainsi :
- recherche « sarkosy (sic) est-il un sale juif », visiteur de Champagne Ardennes, 5 janvier 2007, 3h07.
- recherche « sale juif sarko », visiteur de Croissy sur Seine, 4 février 2007, 16h52.

Enfin, et puisqu’il faut aller jusqu’au bout de cette puante litanie, il y a aussi des visiteurs « classiquement antisémites » : obsession du complot, négationnisme, réécriture de la Seconde Guerre Mondiale ... voici quelques échantillons :
- recherche « patrick desbois mensonge », visiteur de Paris, 16 février 2007, 12h20 (petit rappel en lien sur le travail admirable du Père Desbois lire ici).
- recherche « relations entre les juifs et les franc-maçons », visiteur de Chevilly-Larue, 29 octobre 2006, 8h05.
- recherche "juiverie socialiste", visiteur de Paris, 12 avril 2007, 15h04.
- recherche « judah hitler juif », visiteur de Paris, 9 février 2007, 15h54.

Voilà, il temps d’arrêter. En découvrant des dizaines et des dizaines de tels phénomènes, on n’est plus vraiment étonné de vivre dans un pays où un ancien Premier Ministre se permet de faire l'éloge posthume de Maurice Papon ; où les sondages d'opinion révèlent une montée plus qu'inquiétante des intentions de vote en faveur de Jean-Marie Le Pen, lequel vient d'insulter Sarkozy en se posant en "authentique candidat du terroir", mieux qualifié pour diriger le pays qu'un "candidat issu de l'immigration" ; où on saccage à la masse des dizaines de tombes juives dans un cimetière, comme à Lille il y a peu ; où - c’était il y a un an - une bande de jeunes peut, dans le silence complet du voisinage, séquestrer et torturer à mort le malheureux Ilan Halimi ; et où (et je l’ai vécu en direct sur le pavé de Paris), la communauté juive se retrouvait bien seule lors de la grande manifestation « nationale » qui a suivi - je veux dire au niveau des participants anonymes ; étaient venus, certes, Sarkozy, Hollande ... « des Juifs », donc, pour ces milliers d’abrutis qui sont venus et reviendront sur le blog, attirés par un nouveau titre « racoleur » !

Mais qu’ils aient au moins un petit cadeau : cette photographie, qui a du vous sembler bien étrange ; une illustration qui ne peut restituer la puanteur (de leurs pensées) ; mais qui évoque aussi une chasse d’eau, que je m’empresse de tirer, et avec un grand bonheur !


J.C

29 avril 2009

Conférence de Genève : 3/3, Quelques voix inoubliables


La conférence sur l'antisémitisme dans le palais des nations,mardi 21 avril. 
Au fond, Elie Wiesel (photo Jean Corcos, cliquer pour agrandir)

La semaine passée fut riche en émotions, et pas seulement au moment de la diatribe de Mahmoud Ahmadinejad, où nous avons eu l’impression cauchemardesque de revivre une diatribe hitlérienne à Nuremberg ... dénonciation des « Sionistes » qui contrôlent le pouvoir économique et les médias en Occident, évocation du « régime fasciste usurpateur qui a rendu un peuple sans logis en Palestine », dénonciation de la politique agressive des Etats-Unis « qui ont envahi des terres musulmanes en Irak et en Afghanistan », remise en question des structures de l’ONU, prophéties de la fin de l’ordre capitaliste et libéral : un vrai discours révolutionnaire, certes mâtiné d’islam mais d’abord révolutionnaire : comme le national-socialisme ! On en lira la retranscription complète en anglais sur ce lien ; et les journalistes qui ont platement titré « Ahmadinejad fustige Israël » sont soit des abrutis, soit des lobbyistes de la république islamique : ce furent des propos pré génocidaire, comme devait le rappeler Irwin Cotler, ancien ministre de la justice canadien et présent à toutes les manifestations de protestation : « l’Holocauste n’a pas commencé dans les chambres à gaz, mais avec des mots ».
La première réplique fut une commémoration imposante du « Yom HaShoah », qui - par un sinistre hasard du calendrier - tombait le même jour que le discours du gnome iranien, lundi 20 avril.Trois mille personnes occupaient les places réservées sur la place des nations, juste en face de l’entrée de l’ONU. Dans l’assistance, des ambassadeurs, des représentants de toutes les grandes organisations et communautés juives du monde occidental, des rabbins et des prêtres, et - alors que le président de la confédération helvétique avait soulevé une polémique la veille en recevant Ahmadinejad -, le président du conseil d’état suisse, Laurent Moutinot, qui devait juger « intolérables » les propos tenus quelques heures auparavant dans l’enceinte des Nations Unies. Sous le chapiteau se sont succédé une chorale de la communauté juive de Genève, des rescapés de la Shoah qui ont allumé la flamme de la mémoire, et surtout trois personnalités qui se sont mobilisées toute cette dure semaine : Irwin Cotler, déjà cité, Bernard-Henri Lévy qui devait dire : « ceux qui se sont rassemblés ici vont donner une leçon d’antiracisme à un psychopathe », et un rescapé d’Auschwitz, sans doutes le plus célèbre, le Prix Nobel Elie Wiesel, qui devait dire : « Si un jour quelqu’un m’avait dit qu’un jour je serais ici et qu’en face, un chef d’état iranien dirait des choses si laides et insolentes en public, en étant fier, je ne l’aurais pas cru. »
Le lendemain, je devais assister dans l’enceinte même de l’ONU à une conférence organisée par le « Institute on human rights and the Holocaust » (voir photo). Le sujet : l’antisémitisme et l’intolérance. Ici et maintenant ». Elie Wiesel a d’abord parlé, d’une voix sourde, angoissée, et qui rappelait l’essentiel : « ce n’est pas un hasard si Ahmadinejad veut à la fois nier la Shoah et détruire Israël, il veut être celui qui fera mieux que Hitler » ; il a rappelé que Rafsandjani, celui que l’on présente comme un modéré, avait dit qu’en cas de conflit nucléaire il resterait quelques dizaines de millions d’iraniens survivants, et que de tels propos faisaient très peur parce qu’avec un tel fanatisme la dissuasion ne marche pas ; et il a dit que l’antisémitisme était une maladie qui ne guérit jamais !
Comme en écho et un peu plus tard, le Père Patrick Desbois - qui a consacré sa vie à exhumer les fosses communes des charniers de l’ex-URSS (la fameuse « Shoah par balles » qui extermina un million et demi de Juifs) - devait dire que oui, l’antisémitisme ne finit jamais car « les Juifs sont le peuple de Dieu, et ils en portent le stigmate » ; il devait aussi rappeler les propos de Jean-Paul II, « l’antisémitisme est un péché contre Dieu », or le propre d’un péché c’est d’être éternel, comme Dieu ; autres paroles fortes : « tous les négationnistes sont des antisémites, et peu importe s’ils sont de droite, de gauche, athées ou croyants » ; et le discours des antisémites est toujours le même, « les Juifs doivent partir», et on dirait cela même si Israël n’existait pas, on s’en prendrait alors à ceux qui vivent à Paris ou à New York !
Un autre non juif, l’acteur américain John Voight, devait aussi avoir des propos d’amour pour le peuple d’Israël qui seraient vraiment politiquement incorrects dans notre vieille Europe.
Le professeur Shelby Steele, un afro-américain, devait rappeler une vérité évidente : l’antisémitisme est d’abord l’expression de la mauvaise foi ; il progresse chez les Noirs des États-Unis parce qu’ils trouvent une réponse simple aux problèmes qu’ils ne peuvent résoudre ; exactement comme les nations du Tiers Monde, qui font d’Israël le bouc émissaire idéal : à nous de les faire progresser vers la réflexion !
Nathan Sharansky, ancien « refuznik » et prisonnier du Goulag, devenu depuis israélien et nouveau directeur de l’Agence juive, devait dire que l’atmosphère ubuesque que l’on vivait à l’ONU - un Conseil des droits de l’homme dirigé par les représentants des dictatures - lui rappelait l’atmosphère digne d’Orwell de l’ex-URSS qu’il avait fuie : on ne se disait déjà pas antisémites, mais contre « le cosmopolitisme » ou le « sionisme », mais c’était pareil !
Mais les paroles les plus fortes ont été celles du professeur Alan Dershowitz : d’abord par son rappel historique sur la soit disant « innocence » des Palestiniens durant la Shoah, alors que leur leader - le grand mufti de Jérusalem - fut le seul responsable étranger à visiter Auschwitz et à empêcher la sortie, même d’un nombre infime, de Juifs ... Ensuite, en disant que « le nazisme n’était pas mort », mais qu’il se réincarnait dans les discours du Hamas, ou d’Ahmadinejad : la question posée maintenant, ce n’est plus d’être pour ou contre un état palestinien - lui-même, démocrate, est plutôt « colombe » sur ce sujet : mais « de quel côté êtes-vous face aux nazis d’aujourd’hui ? »
Toute la journée du mercredi 22 avril - et alors que, dans un vote surprise et ultra rapide, comme pour effacer l’impact désastreux du discours d’Ahmadinejad, la conférence avait voté le texte de compromis obtenu après d’âpres marchandages entre les occidentaux et les représentants des « non alignés » -, nous avons ensuite assisté à deux séries de conférences, organisées par un collectif d’organisations juives et antiracistes dans un théâtre de Genève - la véritable « maîtrise d’œuvre » revenant à l’ONG « UN Watch » qui a fait un travail remarquable de préparation. Nous étions 700 dans la salle, dont beaucoup venus de France par cars entiers (une manifestation finale eut lieu face à l’ONU dans la soirée).
Le « panel » des intervenants - le matin sur l’antisémitisme, et le soir sur le thème « Israël veut la paix » - était intelligemment conçu, dans la mesure où de très nombreux non juifs ont pris la parole : représentant du Darfour, rescapée du génocide du Rwanda, responsable d’une association de défense des homosexuels, iranienne exilée défendant les femmes de son pays, italo-marocaine militante associative, mais aussi un universitaire israélien d’origine bédouine, une ancienne immigrée d’Éthiopie, des humanitaires envoyés de par le monde à chaque catastrophe naturelle, et le chef de cabinet du Premier Ministre du Canada !
Par rapport aux leçons à tirer, déjà, de cette conférence contre le racisme, j’ai relevé deux discours assez différents :
- ceux qui ont trouvé que l’on avait « limité les dégâts ». D’abord Richard Prasquier, président du CRIF, qui devait dire que « les lignes rouges » définies par la France, n’avaient pas été franchies - nonobstant la référence aux résolutions de Durban I, avec la mention explicite d’un seul état (Israël), mais en des termes déjà « équilibrés » grâce à l’Union Européenne. Ensuite, Irwin Cotler, à nouveau, qui a souligné que l’on faisait face à un antisémitisme virulent, globalisé par les chaînes satellitaires et Internet ; que le fait d’assimiler Israël à l’apartheid ou au nazisme revenait à réclamer moralement sa mort ; que les pires violateurs des droits de l’homme étaient ceux qui jugeaient ... mais que l’on avait encore besoin des Nations Unies, à condition qu’il y ait un sursaut ; et que la « sortie » des Européens lors du discours d’Ahmadinejad était le signe d’une résistance - même s’il aurait fallu le faire avant, et faire pression pour qu’il ne vienne pas ! Enfin, Denis Mac Shane, ancien ministre de Tony Blair, qui devait dire aussi : « oui, l’antisémitisme relève la tête partout, mais aussi la xénophobie » ; « oui, les pays musulmans sont devenus le foyer le plus virulent, et ils contaminent des populations immigrées en Europe ; mais il faut aussi dialoguer, les convaincre que nous ne sommes pas leurs ennemis en les aidant à résoudre les conflits » ; et « les diplomaties européennes ont fait du bon travail avec le texte de compromis voté à Genève ! »
- ceux qui au contraire ont trouvé qu’il n’y avait pas à se réjouir de la situation : disons que c’était le sentiment dominant de la salle, qui a fait une « standing ovation » à Bernard Henri Lévy ; lequel nous a fait un discours percutant, dénonçant la résolution de la conférence, un « SMIC des droits de l’homme », alors que l’on n’a parlé ni du génocide au Rwanda, ni du sort des intouchables en Inde, ni de l’esclavage moderne en terre d’islam, ni du génocide au Darfour ... «les peuples victimes par millions n’ont pas d’existence historique, on ne connaît même pas à 100.000 près le nombre des victimes des guerres oubliées » ... et B.H.L d’appeler à un « Genève III » après « Durban II », et de plaider pour une alliance entre les « sans voix d’hier » (les Juifs rescapés de la Shoah ») et les « sans voix d’aujourd’hui » victimes du « gang de voyous qui ont pris l’ONU en otage ».

Jean Corcos

23 janvier 2014

Lettre ouverte à la Directrice générale de l'UNESCO, par Boualem Sansal



Alger, 17 janvier 2014 

Madame la Directrice générale,

Je vous adresse cette lettre pour vous dire ma surprise et ma gêne suite à votre décision d’annuler l’exposition intitulée « les 3500 ans de relations entre le peuple juif et la Terre Sainte», à la préparation de laquelle votre honorable institution a activement participé et a accepté d’héberger dans ses locaux en son siège à Paris, et cela m’avait renforcé dans ma décision et ma fierté de faire partie du Comité d’honneur de cette exposition aux côté d’aussi éminentes personnalités que M. Elie Wiesel, Mme Esther Coopersmith, Père Patrick Desbois, Lord Carey de Clifton, M. Irvin Cotler.

Il semble, à ce que je sais, que votre décision a été prise à la demande du Groupe arabe auprès de l’UNESCO qui a considéré qu’une telle exposition ferait du tort aux négociations de paix et aux efforts déployés par le Secrétaire d’État américain John Kerry et nuirait à la neutralité de l’UNESCO.

J’ai personnellement du mal à croire qu’annuler une exposition culturelle au siège mondial de la Culture et de la Science sert la paix et favorise les négociations de paix en cours. C’est pour le moins préjuger du contenu de cette exposition et c’est sûrement introduire une difficulté de plus dans ces négociations. Cette annulation peut être perçue comme un boycott et donc à une prise de position politique. En Tant qu’écrivain, j’ai la faiblesse de croire que c’est la libre expression qui sert la paix, c’est la confrontation des idées, c’est le dialogue avec l’Autre, et en tant qu’algérien, je sais combien l’absence de démocratie dans nos pays arabes empêche la paix et nourrit la violence. Éteindre le feu dans sa maison est, me semble-t-il, plus urgent que d’aller combattre des expositions culturelles à l’autre bout du monde.
C’est avoir une vision étriquée de la neutralité d’une institution que de demander à celle-ci de ne rien faire avec l’Autre. La neutralité ne veut rien dire, une institution comme l’UNESCO n’a pas à être neutre, elle doit tout donner à voir, les expositions des uns et des autres, les croyances et les cultures des uns et des autres. C’est par là qu’un dialogue tenant compte des réalités des uns et des autres peut s’établir et être profitable.

Le Groupe arabe peut aujourd’hui fêter sa victoire, il a fait annuler une exposition au motif que c’est l’exposition de l’Autre et il donne ainsi à entendre que l’UNESCO, enfin objective et neutre, est acquise à sa cause. On aimerait maintenant l’entendre sur les dénis démocratiques qui se passent dans leurs propres pays et qui, ces trois dernières années seulement, ont fait quelques centaines de milliers de morts.

Je suis désolé, Madame la Directrice générale, de voir votre nom associé à une affaire qui finalement cause du tort à tout le monde.

Je vous prie de croire en l’assurance de ma haute considération.

Boualem Sansal

Publié sur le site du CRIF, 21 janvier 2014

Nota :

Suite à la mobilisation contre cette lamentable décision et aux interventions d'associations et de personnalités de plusieurs pays, la Directrice Générale de l'UNESCO a finalement décidé de "reporter" l'exposition au mois de juin. 

09 janvier 2007

Après la conférence négationniste de Téhéran : commentaires et réactions

Immédiatement après la « conférence » négationniste de Téhéran, les 11 et 12 décembre derniers, j’avais publié un post intitulé "A propos des traîtres de Stuttgart, Téhéran ou d'ailleurs". La présence d’une demi-douzaine de Juifs ultra orthodoxes embrassant Ahmadinejad et paradant aux côtés du gratin antisémite de la planète était sur le coup insupportable, et on pouvait craindre deux choses : un silence de la part des autorités religieuses du Judaïsme, silence qui se serait voulu méprisant mais qui aurait conforté cette poignée d’authentiques salauds ; une absence de mise au point, qui aurait accrédité, en dehors du peuple juif, l’idée que l'héritage de la Shoah ou l’existence de l’État d’Israël constituaient de véritables clivages (exactement ce que souhaitaient les responsables iraniens, qui ont énormément médiatisé ces invités singuliers).

Or les réactions d’authentiques Juifs pratiquants ont été cette fois nombreuses, et beaucoup plus affirmées que lorsque les mêmes « Nétoureï Karta » (« les gardiens de la cité) », secte antisioniste ultra, avaient par exemple été se faire photographier avec Dieudonné, être les hôtes du Hezbollah à Beyrouth ou prier sur la place publique lors de l’agonie de Yasser Arafat : la « photo de famille » avec Faurisson fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase ! Pour ceux qui n’auraient pas enregistré toutes les réactions, je vous en donne ci-dessous une petite compilation.

1. Une pétition pour exclure de la communauté juive les Nétoureï Karta, en leur interdisant tout contact avec le reste de leur peuple, toute fréquentation de synagogues et tout service communautaire a été mise en ligne, voici l’adresse pour la signer : http://www.petitiononline.com/Neturei/petition.html. A noter également qu'un groupe de Juifs New-yorkais est allé plus loin, organisant une manifestation le 7 janvier dernier, et dévoilant sur le Web les noms et adresses des "traîtres de Téhéran". Un site Internet a même été créé à cet effet !

2. Élément remarquable, cette pétition a été signée par toutes les communautés orthodoxes, y compris par exemple les Loubavitch (l’obédience la plus nombreuse parmi elles en France), mais aussi par des communautés se définissant comme « anti-sionistes » comme l’obédience Satmar. En effet (et les Nétoureï Karta se revendiquent de cette école), le monde juif orthodoxe a refusé, à l’origine, le Sionisme en n’acceptant pas un retour en Terre Sainte non dirigé effectivement par le Messie, personnage central dans la tradition religieuse juive. Les Loubavitch, par exemple, ont une approche nuancée, regrettant que l’histoire ne se soit pas déroulée conformément à des millénaires de prières - mais considérant le retour effectif du peuple juif dans son pays comme un cadeau qui ne se refuse pas ; les Satmar (qui sont une centaine de milliers sur 13 millions de Juifs au total) demeurent hostiles à Israël en refusant d’y vivre - mais cela ne les conduit pas à la trahison pure et simple comme la secte des « gardiens de la cité ».

4. Sous le titre "l'abomination de la désolation", Schlomoh Brodowicz, lui-même un Juif orthodoxe, a écrit un article remarquable sur le site d’information « Guysen Israël News », où il démonte les arguties des « traîtres de Téhéran », et notamment le discours insupportable sur la Shoah, « punition divine ». En voici un extrait savoureux : « Aussi, accommoder la plus grande tragédie du peuple juif à la sauce d’un sordide agenda politique, c’est déjà cracher sur D-ieu. Mais quand en plus, on porte un chapeau et une barbe, on mérite d’être roulé dans le goudron et les plumes. Quant à l’interdiction qui nous serait faite de déférer nos persécuteurs devant la justice, j’aimerais humblement savoir dans quelle mare croupissante nos doctes ont péché une ânerie pareille. S’inspirent-ils de Samuel, qui trancha lui-même la tête de Agag, le roi d’Amalek que Saül avait laissé fuir ? De Mardochée qui s’employa au châtiment de Haman ? Des Hasmonéens dont nous nous apprêtons à célébrer la victoire ? Et la Mitsvah qui nous est faite de nous souvenir de ce que nous a fait Amalek, en quoi consiste-t-elle ? À aller faire ses hommages à ceux qui veulent parachever son oeuvre ? »
 

3. En Israël où vivent (c’est un comble !) quelques centaines de membres de cette secte, le Grand Rabbin Yonah Metzger a immédiatement condamné des « brebis galeuses » et appelé à leur isolement. Le quotidien anglophone « Jerusalem Post » a publié un reportage de Larry Derfner qui est allé dans le quartier de Méa Chéarim à Jérusalem interviewer le leader local de cette secte ... où il apparaît que, même parmi les Nétoureï Karta, les excités du genre qui sont allés embrasser le fou furieux antisémite de Téhéran ne sont que quelques douzaines - de quoi bien relativiser l’impact de leur visite (mais l'impact des images sur des téléspectateurs mal informés est hélas une autre affaire !).

Au-delà de ces enquêtes et réactions juives, le plus important est maintenant la réaction du monde civilisé. Les négationnistes de retour de Téhéran devraient être exposés à des poursuites judiciaires, là où existent des lois contre leur sinistre activité. Le plus important, à court terme, ce sont les condamnations morales de cette abjecte « conférence ». Le CRIF a publié deux réactions, que je vous invite à lire en lien :
Celle de la Conférence des Evêques de France ;
Celle de Dalil Boubakeur, recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris.

Enfin, la plus belle des réponses consiste à travailler encore et encore sur la Shoah, en mettant en évidence de nouvelles preuves de ce que tous les antisémites du monde veulent relativiser, banaliser ou - au pire - nier. Le père Patrick Desbois a entrepris un travail fabuleux, allant en Ukraine mettre au grand jour les innombrables charniers où ont été fusillés et enterrés près d’un million et demi de Juifs : Guysen TV nous permet de suivre une interview remarquable de 17 minutes !

J.C