Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Isabelle-Yaël Rose 2009. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Isabelle-Yaël Rose 2009. Afficher tous les articles

28 janvier 2009

Israël et le Hamas - ou : « Merlin l'enchanteur »

Introduction :
Voici un nouvel article de ma « correspondante » à Jérusalem dont je vous recommande particulièrement la lecture ! Assez long, il va à l’essentiel en expliquant toutes les raisons (à la fois éthiques et pragmatiques) de ne pas négocier avec le Hamas. Au-delà de la critique d’un « expert » israélien - l’ancien chef du Mossad Ephraïm Halevy -, il pose parfaitement les enjeux : à lire et à diffuser à vos amis !
J.C

Lors de l'émission "London et Kirchembaum" diffusée lundi 19 janvier sur la chaîne 10 de la télévision israélienne, l'ancien chef du Mossad et ambassadeur d'Israël auprès de l'Union européenne, Efraïm Halevy, a exposé, accompagné du directeur-général du ministère des Affaires étrangères, les points principaux de sa doctrine. Pour les Israéliens francophones ne parlant pas l'hébreu, et pour les Juifs français qui n'ont pas accès à la télévision israélienne, il est intéressant de revenir sur les trois principes autour desquels s'articule la pensée d'Halevy : d'abord, Halevy a expliqué qu'Israël devait ouvrir des négociations officielles avec le mouvement islamiste ; ensuite, qu'il ne devait pas chercher à intervenir sur son idéologie ; enfin, qu'Israël ne devait pas s'ingérer dans les affaires palestiniennes, partant du principe que tous les pays arabes étaient favorables à une réconciliation entre les deux factions principales que sont le Hamas et le Fatah.

Pour le premier point, Halevy pense donc qu'Israël doit parler directement avec le Hamas et le reconnaître comme un interlocuteur politique officiel. Pour justifier sa position, celui-ci a affirmé qu'Israël négociait de toutes façons déjà avec le mouvement et qu'il fallait mettre fin à ce qu'il a appelé une « fiction diplomatique ». La fiction diplomatique désignait le fait que le gouvernement israélien ne reconnaît pas publiquement le mouvement - qu'il continue à qualifier de terroriste - comme il continue à agir au niveau des institutions internationales pour qu'elles fassent deux choses : qu'elles ne reconnaissent pas ses délégués, qu'elles interdisent toutes transactions financières. Sur ce sujet, Halevy a également expliqué qu'il s'agissait encore d'une fiction dans la mesure où l'argent qui arrive à l'Autorité palestinienne - seul représentant légitime et officiel du peuple palestinien - est redistribué, même indirectement, au Hamas. La position d'Halevy est d'autant plus surprenante qu'il est le conseiller de la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, et que celle-ci s'est opposée au premier ministre Ehoud Olmert précisément autour de cette question au moment de l'opération militaire « plomb durci ». A titre de rappel : alors qu'Olmert ne voulait pas mettre un terme à l'opération militaire tant qu'un mécanisme n'était pas mis en place permettant le contrôle des mouvements d'armes à la frontière avec l’Égypte - Olmert ne voulait pas interrompre l'opération sans accord contraignant pour l’Égypte - Livni, dès la fin de la première semaine, était favorable à un retrait des troupes militaires sans accord. Selon elle, un accord aurait légitimé le Hamas. On comprend alors mal comment Israël pourrait s'engager dans des négociations officielles avec le Hamas sans légitimer le mouvement. On comprend encore plus mal comment il pourrait discuter avec le Hamas quand Livni a déclaré juste avant l'opération qu'il fallait détruire le mouvement et le chasser de Gaza. Mais il y a plus.
La diplomatie - et le monde politique en général - est en effet un monde fait de fictions. Mais ces fictions sont porteuses de sens et indiquent une direction. Une direction politique, mais aussi une direction morale - et la seconde n'est pas moins importante que la première à moins de vouloir couper la politique de toute orientation. Halevy a tort de dire qu'Israël est déjà engagé dans un dialogue avec le Hamas. Israël est engagée dans un dialogue soutenu et difficile avec l’Égypte qui a pris sur elle la tâche ardue de servir d'intermédiaire. Cette fiction est capitale : par elle, Israël montre qu'il ne parle qu'avec les autorités qui le reconnaissent comme État. Mieux : cette médiation égyptienne indique qu'Israël ne négocie qu'avec les pays liés à lui par un accord de paix. Si Israël se mettait donc à parler directement avec le Hamas, comme le préconise Halevy, cela aurait de terribles conséquences stratégiques : d'abord, faire perdre toute signification aux accords diplomatiques ; ensuite, encourager le terrorisme ; enfin, supprimer toutes les règles qui doivent gouverner le dialogue politique. Les Arabes, plus encore que les Européens, sont sensibles aux symboles. On le voit par exemple dans l'insistance avec laquelle le président syrien Bacher Assad a sans cesse rappelé que son pays n'était pas engagé dans des discussions directes avec Israël mais seulement dans des discussions indirectes, via la Turquie. Cette insistance indiquait que la Syrie n'avait pas encore fait le pas de reconnaître officiellement l’État d'Israël. Damas ne parlait qu'avec la Turquie, avec laquelle elle est liée par des accords politiques. La fiction peut alors sembler à Halevy inutile. Pourtant, elle est la trame symbolique et nécessaire qui tisse la réalité politique. Cette notion a fortement été thématisée d'abord par le philosophe anglais Thomas Hobbes puis, dans sa lignée intellectuelle, par le philosophe américain David Roth. Renoncer aux fictions, c'est alors renoncer à ce autour de quoi se constituent la vie politique et son expression la plus ultime : un état de guerre ou un état de paix. Nous sommes toujours en guerre avec la Syrie. Même si les armes se sont tues. Comme nous sommes toujours en guerre contre le Hamas. C'est ce que disent la politique et la diplomatie - ce monde constitué de fictions. Si Halevy préconise des accords directs avec le Hamas, il n'y a alors plus aucune raison pour refuser des accords directs avec le Hezbollah et l'Iran.

Mais il y a plus grave encore. Halevy a expliqué aux journalistes London et Kirchenbaum qu'Israël ne devait pas chercher à influencer l'idéologie du Hamas. Il a affirmé : « il faut les laisser régler leurs problèmes idéologiques eux mêmes, il faut les laisser faire ». Telle est précisément l'erreur qu'Israël avait faite avec l'OLP : Israël, dans sa naïveté, ou peut-être à cause de sa trop bonne volonté, ou peut-être encore parce que les États-Unis ne lui avaient pas laissé le choix, avait entamé des discussions avec l'OLP - Yasser Arafat - sans que celui-ci revienne sur la charte de l'OLP qui stipulait l'anéantissement d'Israël. Carter avait pensé que si Israël parlait directement avec l'OLP, l'OLP finirait par reconnaître Israël. C'est exactement le contraire qui s'est passé : en s'engageant dans des discussions avec l'OLP, Israël a provoqué sa reconnaissance internationale ; en provoquant sa reconnaissance internationale, il a non seulement permis à l'Europe et aux USA de financer l'OLP, mais il a encore perdu tout pouvoir de pression sur lui. Parce qu'il recevait maintenant l'argent des Européens et des États-Unis en même temps qu'il était reconnu comme interlocuteur politique légitime, Yasser Arafat n'avait plus aucune raison de revenir sur son idéologie. C'est ainsi que l'antisémitisme et l'anti-sionisme se sont durablement installés dans la société palestinienne. C'est ainsi qu'ils se sont diffusés en Europe et aux États-Unis dans un second temps, dans une espèce de vague de contamination irrésistible et universelle. C'est ainsi que les attentats kamikazes se sont multipliés, Arafat n'ayant aucune raison objective de les arrêter. Quand Halevy dit qu'il faut parler avec le Hamas et le laisser faire ses progrès idéologiques tout seul, Halevy prône en fait la même chose : renoncer à tout moyen de pression sur un Hamas qui ne fera certainement pas sa révolution idéologique sauf s'il y est contraint. Par la force. Quand on voit la haine que le Hamas voue à l'Autorité palestinienne - et ce sont des Arabes, des Palestiniens, pas des Juifs ; quand on voit la haine que les Islamistes vouent à la démocratie, il serait sans doute dangereux de s'en remettre à leur bonne volonté. Les terroristes ne sont pas animés par des bonnes intentions. Les Islamistes ne sont pas des hommes de bonne volonté. Ils ne connaissent qu'une seule raison d'être et ils ne comprennent qu'un seul langage. On aurait pu s'attendre à ce qu'un ancien chef du Mossad le sache. Et qu'il passe le message au ministère des Affaires étrangères. Si Israël reconnaissait le Hamas avant même qu'il ait entamé sa révolution idéologique - en clair : reconnaissance de l’État juif et renoncement au terrorisme - le Hamas n'aura alors aucune raison de faire sa révolution idéologique. Le message envoyé en Égypte et en Jordanie serait catastrophique. A quoi bon les accords de paix ? Pourquoi un gouvernement arabe devrait-il prendre le risque d'aller à contre-sens de son opinion si le Hamas est reconnu par Israël ? Quels arguments pour contrer les tendances antisémites et anti-sionistes dans les pays arabes ou en Turquie comme cela vient d'être le cas au moment de l'opération militaire à Gaza ? Pour contrer les opinions anti-israéliennes aux États-Unis, en Europe, dans les sociétés occidentales en général ? Et puis pourquoi alors Halevy reste-il aussi fermement hostile à un pays comme la Syrie ? Si Halevy est capable de parler avec Khaled Meschaal, il ne devrait pas faire tant de manières avec Assad. Après tout, Meschaal est en Syrie.

Ce qui nous amène au dernier point : l'argent. Israël a lutté pendant des années pour que le Hamas soit reconnu comme mouvement terroriste. Sous la présidence de Jacques Chirac, la France a résisté au sein de l'Union européenne pour que le Hamas ne figure pas sur la liste des mouvements terroristes. Mais grâce à la pugnacité de l'ancien ambassadeur d'Israël en France - Nissim Zvili - la France a finalement cédé et avec elle l'Union Européenne. Ce n'était pas seulement une question de nom, de qualification. Quand un mouvement est reconnu terroriste, il ne peut plus être financé et ses mouvements humains et financiers sont traqués. C'est parce que l'Iran était considéré comme un pays terroriste que les États-Unis ont pu mettre sur pied tout un arsenal juridique. Au niveau européen, la même chose a été faite pour le Hamas - et Israël se bat pour qu'il en soit de même avec le Hezbollah. Car sans argent, pas d'armes. Et sans argent, pas d'hommes. Les terroristes ne sont pas des philosophes : ce sont des tueurs à gage, des mercenaires - pas des philanthropes qui se nourrissent d'idées. Halevy explique que de toutes façons, l'argent arrive au Hamas par l'intermédiaire de l'Autorité palestinienne. Mais ce point est précisément d'une très grande importance : parce que le premier ministre Salaam Fayad contrôle l'argent, cela lui donne un moyen de pression sur le Hamas. Un moyen de pression restreint, puisque l'on sait que celui-ci reçoit de l'argent par l'Iran. Mais le fait que ce soit l'Autorité palestinienne qui contrôle l'argent en provenance de l'Europe et des États-Unis est capital : d'abord, comme nous l'avons dit, d'un point de vue moral, politique, et symbolique. Mais aussi d'un point de vue simplement stratégique.
Dans un article paru dans le "Jerusalem Post" du 16 janvier, le journaliste spécialiste des affaires palestiniennes Khaled Abou Toameh montre en détail comment l'Autorité palestinienne, pendant l'opération militaire qu'Israël menait dans la bande de Gaza, a lancé des actions coup de poing contre le Hamas en Cisjordanie : arrestations, fermetures d'associations, interdictions de manifestations de soutien au Hamas, etc. Selon Abou Toameh, si certaines actions ont été coordonnées avec les forces de sécurité israéliennes, l'immense majorité a été conduite d'une manière tout à fait autonome par les forces de sécurité palestiniennes. D'après l'article, par les troupes qui ont été entraînées en Jordanie. L’Égypte, la Jordanie, et la Syrie sont parvenues à se stabiliser quand elles ont été en mesure de mettre sur pied leur propre appareil sécuritaire. Et les services de sécurité jordaniens, égyptiens ou syriens ne sont pas réputés pour leur douceur. Il faut dire qu'on ne chasse pas les mouches avec du miel. Le fait que l'Autorité palestinienne, qui a subi un revers important dans la bande de Gaza en juin 2007, soit parvenue à développer des services de sécurité efficaces est très certainement un progrès non-négligeable qui rajoute à son efficacité et donc à sa crédibilité. Quand Halevy déclare candidement que les Arabes sont favorables à une réconciliation entre le Fatah et le Hamas, soit il ne lit pas les journaux, soit il parle à la place des Arabes, soit il délire. Soit autre chose. D'abord, si réconciliation il y a, il faudra prendre en considération deux choses : la scission du Hamas entre sa direction syrienne et sa direction égyptienne. Le fait que la réconciliation ne pourra se faire que par la force. C'est pourquoi l'Autorité palestinienne met la pression. C'est pourquoi elle bloque l'argent. Elle ne laisse pas le Hamas faire sa petite révolution idéologique en attendant gentiment qu'il ait une révélation. Si l'Autorité palestinienne et l’Égypte posent leurs conditions, Israël aurait donc tort de ne pas le faire avant de s'engager plus avant. Les dernières déclarations de la nouvelle secrétaire d’État américaine Hillary Clinton - qui contrastent singulièrement avec les positions de Condolezza Rice - sont, de ce point de vue là, encourageantes. Clinton l'a dit très fermement : « pas de discussions avec le Hamas tant qu'il ne reconnaît pas Israël et tant qu'il ne renonce pas aux tirs de roquettes ». Clinton, lors de son investiture par le Sénat, n'a pas parlé d'un vague renoncement à la violence. Elle a mentionné les tirs de roquettes, concrètement.
Pour finir : il n'est pas sûr, comme l'affirme Halevy, que tous les pays arabes soient favorables à une réconciliation entre le Hamas et le Fatah. A l'intérieur du Hamas, il n'y a pas d'unanimité. Les pays arabes sont sortis divisés du sommet arabe organisé par le Qatar vendredi dernier : alors que la Syrie, l'Iran et Khaled Mechaal ont fait le déplacement à Doha, l’Égypte, l'Arabie-Saoudite, la Jordanie, la Tunisie et l'Autorité palestinienne étaient absentes. Le sommet a montré très clairement la ligne de fracture qui divise le monde arabe : cette ligne de fracture, c'est l'Iran. Israël aurait tort de s'ingérer dans les affaires arabes, cela est évident. C'est pourquoi il n'est pas dans son intérêt de courtiser l'Iran. Même en fiction.

Efraïm Halevy participe mercredi 21 janvier à un symposium organisé par le Centre de recherches sur l'antisémitisme Vidal Sassoon à l'Université hébraïque de Jérusalem. Le thème du symposium, en anglais, sera : « Israël, les Juifs et le conflit sunni-chiite ». Il sera très intéressant d'entendre comment Halevy envisage le rôle de la diplomatie israélienne - et de Tzipi Livni, qui brigue le poste de premier ministre - dans ce conflit.

Isabelle-Yaël Rose
Jérusalem, le 19 janvier 2009

22 janvier 2009

Le plan de la CIA

Introduction :
Mon amie Isabelle-Yaël Rose m’a envoyé de Jérusalem ce nouvel et long article, où elle fait part de ses doutes sur l’efficacité des dispositions sécuritaires convenues entre Israël et les États-Unis, en préalable au retrait de Tsahal de la bande de Gaza. Les fidèles lecteurs connaissent à la fois l’érudition dont elle fait preuve, et l’originalité de ses analyses : difficile, en effet, de la cataloguer « faucon », alors qu’elle trouve que dans le fond Ehud Olmert a été injustement jugé ; ou « colombe », alors qu’elle se réfère à des articles du « Jerusalem Post », pourtant clairement pro-Likoud ! Elle a aussi un peu la dent dure contre Tzipi Livni, position personnelle que je ne partage pas ... mais c’est bien l’originalité de ce blog que de vous donner à lire des opinions différentes : bonne lecture !
J.C

Dans les pays du tiers-monde, le chef d’État est directement installé par les services secrets qui sont la main longue de toute grande puissance. Ceux-ci, engagés dans une féroce concurrence, sont à l'origine des mouvements révolutionnaires et des rébellions dont on a vu en Amérique latine mais surtout en Afrique noire à quel point ils pouvaient être impitoyables et violents. L'histoire récente et vorace en vies humaines du Pakistan et de l'Afghanistan sont également des cas d'école.
Dans les pays plus développés, les services secrets étrangers utilisent des stratégies plus sophistiquées. Ainsi, pendant la période soviétique, les services de contre-espionnage israéliens étaient très occupés par les tentatives d'infiltration du KGB qui visaient, assez traditionnellement, à pénétrer le Mossad - en « retournant » des agents - mais également les plus hautes sphères de l’État. Dans leur livre « Israël ultra-secret », Jacques Derogy et Hesi Carmel [1] reviennent sur cette période rocambolesque de l'histoire des services secrets et montrent ainsi, entre autre, dans leur chapitre « une taupe rouge au Mossad », comment l'homme d'affaires français Flatto Sharon entra à la Knesset grâce à l'appui de personnes douteuses et russophones. Pénétrer à la Knesset, et grâce à elle aux multiples comités qui la composent ; entrer au comité des Affaires étrangères et de la Défense, mieux : au cabinet de sécurité - tel est le rêve de tout service secret étranger. Et tel est le cauchemar du Shin Bet.
Israël Beiténou et les partis religieux sionistes se sont inquiétés, jusqu'à un certain point d'une manière légitime, des tentatives d'infiltration des services étrangers via les députés arabes qui siègent à la Knesset. Penser que tout député arabe est un traître, un membre d'une « cinquième colonne » qui viserait à déstabiliser Israël, serait sans doute paranoïaque, raciste, et déplacé : il se trouve en Israël de nombreux Arabes qui sans soutenir ouvertement Israël lui sont tout à fait fidèles. Cependant, les escapades du député Azmi Bishara à Beyrouth et à Damas en pleine seconde guerre du Liban ; la plate-forme violemment anti-israélienne sinon anti-juive des partis arabes et de certaines de leurs associations dont les financements ne sont pas toujours évidents ; la participation de certains de leurs députés à des rassemblements soutenant des mouvements terroristes - ainsi d'Ahmed Tibi qui s'était déplacé à Amman lors des funérailles de Georges Habash il y a un an ; tout cela a de quoi provoquer des inquiétudes, des doutes et de la suspicion. Il ne s'agit pas de partir dans une folle chasse aux sorcières. Il s'agit juste de ne pas sous-estimer la ruse et les capacités de manipulation psychologique des services secrets. Ainsi que le faisait remarquer lors de sa confession publique l'un des soi-disant espions iraniens au service du Mossad : « on ne sait pas toujours avec qui l'on est vraiment en contact et au service de qui on travaille». Ceci explique peut-être la raison pour laquelle le député et ministre de la culture a été interdit de voyage en Jordanie au commencement de l'opération militaire « plomb durci ».
Mais si les Arabes - et dans une certaine mesure les nouveaux immigrants - attirent immédiatement l'attention du public, il serait faux de penser qu'ils sont les seuls à être des cibles. En fait, les services étrangers préfèrent plutôt les Israéliens de souche, qui n'attirent pas l'attention des services de contre-espionnage et qui occupent des postes plus importants dans les sphères politiques et dans la société. Et leur bras invisible peut remonter très haut. Aussi haut que l'ambition personnelle. Deux articles parus dans le Jérusalem Post de vendredi 16 janvier donnent matière à méditer. Le premier est écrit par le rédacteur en chef du Jérusalem Post, David Horowitz [2]. Le second par la journaliste Caroline Glick [3].

Dans son article, Horowitz revient sur un événement que son journal avait révélé d'une manière inédite et exclusive en décembre 2007 : l'envoi d'une cassette par le ministère de la Défense à l'ambassade israélienne de Washington. On voyait dans cette cassette, filmée par les services de sécurité israéliens, comment les soldats égyptiens postés à la frontière séparant l’Égypte de la bande de Gaza aidaient des membres du Hamas à faire passer des armes. Il ne faudrait pas croire que cela indique une sympathie particulière des Égyptiens pour le Hamas. Pas plus qu'il ne faudrait penser que cette cassette indique une collaboration entre le Hamas et le gouvernement égyptien. En fait, les choses sont beaucoup plus simples : la corruption est un phénomène universel. Le chemin est long qui sépare Al-Arish du Caire. Et le pouvoir central, surtout quand il ne veut pas être embarrassé, n'est pas toujours en mesure de contrôler les filières criminelles et les tribus organisées. Mais la Défense israélienne, lasse de voir le Hamas s'armer sous son nez sans qu'aucune action ne soit entreprise par les autorités égyptiennes - si les choses s'étaient passées dans l'autre direction, il est peu probable que le Caire se serait satisfait d'explications - la Défense décida donc d'alerter l'opinion américaine en envoyant cette cassette. L'ambassade israélienne devait la distribuer aux membres du Congrès américain. Parce que les États-Unis, en conformité avec leurs accords militaires avec l’Égypte, transfèrent une considérable aide financière tous les ans au Caire - laquelle doit être votée par le Congrès - Israël souhaitait attirer l'attention des députés américains sur ce problème à la frontière. Finalement, sur les 1,3 milliards d'aide militaire accordés par les États-Unis, 100 millions furent conditionnés par une action efficace de l’Égypte à Al-Arish et par ses efforts en faveur des droits de l'homme dans son pays.
Mais la cassette ne fut pas distribuée : Horowitz explique que la ministre des Affaires étrangères ordonna à l'ambassade d'Israël de ne pas la publier, préférant la diffuser d'une manière vague et souterraine. Interpellée par le député du Likoud Youval Steinitz lors d'une séance du comité de la Défense et de la sécurité, Livni expliqua qu'elle avait préféré cette méthode, de crainte de risquer une rupture diplomatique avec l’Égypte. Certains officiels nièrent tout simplement la révélation du "Jerusalem Post" et l'existence de cette cassette gênante.
Le Département d’État américain (ministère des Affaires étrangères) fut sans doute soulagé. De la même manière que Livni ne voulait pas embarrasser l’Égypte et s'exposer à des représailles diplomatiques, il est peu probable que la secrétaire d’État américaine se soit réjouie d'une crise ouverte avec un pays arabe central pour les États-Unis. Il est peu probable que Condollezza Rice, embourbée en Irak, ait souhaité se mettre à dos le Caire. Et certainement pas pour Israël : cela aurait donné la fâcheuse impression dans les pays arabes que le « lobby juif » contrôlait effectivement le Congrès - avec l'aide passive du Département d’État. Rice a donc dû apprécier que Livni ordonne à l'ambassade israélienne de Washington d'enterrer la cassette.
Horowitz termine son article en soulignant deux choses : d'abord, cette année, point de cassette, point d'activité de l'ambassade israélienne au Congres [4], et donc point de provision sur le vote de l'aide militaire américaine. C'est une mauvaise chose : cette provision permettait de faire pression sur l’Égypte. C'est d'autant plus une mauvaise chose que l'on voit, avec l'opération militaire en cours dans la bande de Gaza, que la question du trafic d'armes est le sujet crucial sur lequel bute toutes les tentatives d'accord avec l’Égypte. Les États-Unis, qui se posent en médiateur entre l’Égypte et Israël, auraient pu en faire usage. Pour trouver plus rapidement une issue diplomatique à l'opération militaire mangeuse d'hommes. Ensuite, comme le remarque Horowitz, si aucun accord n'est trouvé sur cette question, le Moyen-Orient s'achemine vers une autre confrontation, sans doute encore plus violente que l'actuelle opération : Israël ne pourra jamais coexister avec une bande de Gaza gorgée d'armes envoyées par l'Iran. C'est ce que montre l'exemple du Hezbollah au nord.

Si Horowitz donne des indices et des pistes, c'est Caroline Glick qui donne les clés de l'énigme : citant un article écrit par un ancien membre du Pentagone (ministère de la Défense américain), publié dans le "National Interest", elle revient sur l'ère Bush. Glick explique ainsi que si Georges Bush était effectivement animé par des sentiments amicaux envers Israël, il ne parvint jamais à les traduire politiquement, dans la réalité, parce que ses initiatives étaient bloquées par un écran beaucoup plus puissant que ses idées ou sa volonté. Cet écran, c'était Rice et ... la CIA. La CIA est le service secret étranger des États-Unis. On compte à son actif l'émergence des talibans en Afghanistan - une arme à double tranchant qui fut utilisée contre la Russie - et la nucléarisation du Pakistan. Comme le montre Lawrence Freedman dans son livre "A choice of enemies, America confronts the Middle East" [5], les États-Unis permirent au Pakistan de développer l'arme nucléaire, dans une espèce de contrat tacite, en échange de quoi Islamabad permettait aux États-Unis et aux Talibans d'utiliser son territoire pour lancer des attaques contre la Russie en Afghanistan. C'est la CIA et Rice qui ont insisté, contre l'avis du Shin Bet et du Mossad, pour que des élections soient organisées dans les territoires palestiniens, lesquelles conduisirent à la victoire du Hamas. A croire que les États-Unis voulaient légaliser - via des élections - le Hamas, comme cela a été fait au Liban avec le Hezbollah. Et comme cela sera bientôt fait avec l'Iran. On est donc en droit de se poser deux questions : d'une part, la CIA et le Département d’État sont-ils amicaux? D'autre part, que penser de cette nouvelle initiative de Livni partie en précipitation à Washington signer un accord obscur avec l'administration américaine sortante? [6]
En effet, celle-ci est partie vendredi 16 janvier signer un accord avec Rice dont l'objectif est de stopper l'afflux d'armes iraniennes qui transitent par la Somalie, le Soudan et l'Erytrée vers la bande de Gaza. A priori, c'est une bonne chose. Mais quand on voit que les États-Unis se sont rapprochés de l'Iran ; quand on se rappelle du précédent du Pakistan ; quand on voit que les États-Unis ne parviennent pas à empêcher la contrebande d'armes aux frontières irakiennes ; que le Département d’État s'est opposé à la diffusion de la cassette, et qu'aucune provision conditionnelle n'existe sur la somme qui a été votée par le Congrès. Quand on voit que c'est Livni elle même qui a ordonné à l'ambassade israélienne de ne pas diffuser la cassette et de ne pas intervenir au Congrès. On s'interroge. Pas sur Rice. Pas sur la CIA. Sur la ministre des Affaires étrangères israéliennes.

Livni a commencé à nourrir ses ambitions politiques - démesurées pour une nouvelle arrivée, car elle a débuté sa carrière politique seulement en 1999 - depuis qu'elle est au ministère des Affaires étrangères. Ce sont ses ambitions qui l'ont amené, depuis deux ans, à saboter systématiquement toutes les initiatives du premier ministre Ehoud Olmert, créant une scission dangereuse au sommet de l’État. Elle s'est également systématiquement opposée à toutes les initiatives de la Défense, créant une scission non moins dangereuse entre son ministère et celui de la Défense. En même temps qu'elle s'éloignait d'Olmert, Livni se rapprochait - sans doute trop d'un point de vue diplomatique - de Rice. Et des amis de Rice. Mais heureusement pour elle, Livni est juive, juive et israélienne de souche - pas arabe, ou convertie, ou française.
Dans ces circonstances, l'affaire Talansky, on le remarquera, ne pouvait pas mieux tomber. Disons : un coup final. Tout était mis en place pour abattre le premier ministre d'Israël. Il se trouva même des relais - des ambitieux - pour prêter main forte et faire la basse besogne en Israël. Mais quel fut son tort, au fait, au premier ministre d'Israël ? Le roi Hussein de Jordanie reçut des millions de la CIA comme le rappelle Avi Shlaim dans sa biographie. Même Nasser, le lion du panarabisme, ne dédaigna pas l'argent de la CIA qu'il utilisa avec humour, dans une espèce de pied de nez dont seuls les Arabes ont le secret, pour construire la Tour de Nasser qui surplombe le Nil en plein centre-ville du Caire, histoire d'agacer les pingres soviétiques qui lui refusaient des armes et des blindés. Olmert - et avec quel panache ! - eut le tort de répondre sans doute un peu trop brutalement à Madame Rice quelque chose qui devait fort ressembler à cela : « je suis Juif. Nous autres Juifs sommes un peuple libre. Nous n'avons pas enduré les 2 000 ans d'errance et d'humiliation ; nous n'avons pas traversé deux siècles d'exil et de destruction ; nous ne sommes pas revenus, finalement, sur notre terre, en Israël, pour devenir des pions entre les mains cyniques des agents de la CIA et des États-Unis ». En Afrique, Olmert aurait simplement été assassiné. En Amérique Latine, il aurait été renversé par un mouvement révolutionnaire. En Israël - ô, Israël ! - il suffît de sortir de son placard un escroc juif américain de seconde catégorie empêtré dans son propre pays dans des procès. Bibi se frotta les mains. La presse israélienne s'empara de l'affaire. Et pour Livni ... Comme chantait Aznavour : « j'me voyais déjà ».
Quand les historiens ou les spécialistes des relations internationales écriront leurs livres d'histoire sur la seconde guerre du Liban, il faudra aussi qu'ils prennent en considération tout cela - et tout le reste - s'ils veulent écrire une histoire qui rende justice à la vérité des événements. Des fautes, des erreurs, et même de très graves fautes et de très graves erreurs - il y en eut, certainement. Pour autant, il ne faudrait pas croire que les Israéliens furent les seuls à pécher dans les eaux troubles du Liban ... Le sang des victimes - de toutes les victimes - est sur leur tête. Il ne crie pas : « vengeance ! ». Il crie : « justice ! ». Qu'elle vienne un jour, même si elle est lente. Car avec l'aide de Dieu, justice sera faite aux prisonniers et aux morts - un jour. Quand ?

Isabelle-Yaël Rose,
Jérusalem, le 17 janvier 2009


[1] Editions Robert Laffont, Paris, 1989
[2] "Tunnel vision"
[3] "Bush's parting lesson"
[4] Rappelons en passant que les Israéliens ne sont pas les seuls à faire du lobby au Congrès. Tous les pays arabes envoient des émissaires - officiels ou officieux - qui y défendent leur cause.
[5] Editions Public Affairs, USA, 2008
[6] L'article de Glick est aussi intéressant en ce qu'il jette une nouvelle lumière sur ce qui s'est passé à l'ONU lors du vote au conseil de sécurité. Glick rappelle que l'ambassadrice israélienne à l'ONU a agi sur les ordres de son ministère, et que c'est ainsi que la résolution hostile à Israël est passée grâce à l'abstention « surprise » de Condolezza Rice.

14 janvier 2009

Le (faux) Messie de Washington

Ce que les médias israéliens ont immédiatement qualifié « d'incident diplomatique » entre Israël et les États-Unis mardi 13 janvier, occupe intensément non seulement la classe politique mais également l'opinion publique israéliennes. Et ce, au moment où l'opération militaire "Plomb durci" (appelée également "plomb fondu") ne semble pas trouver d'issue diplomatique, rendant la situation dans la bande de Gaza et dans le sud d'Israël très dangereuse d'un point de vue humain, militaire et politique.
Les chaînes de télévision ont rapporté les propos du premier ministre Ehoud Olmert qui seraient à l'origine de la friction - latente pour ne pas dire déclarée - depuis deux ans, opposant le bureau du premier ministre au Département d’État des États-Unis : lors d'une tournée dans le sud d'Israël, Olmert, faisant référence à l'abstention des États-Unis ayant permis à une résolution de passer au conseil de sécurité de l'ONU la semaine dernière, a rapporté une conversation qu'il aurait eu avec le président Georges Bush.
Mais il faut tout d'abord resituer diplomatiquement ce qui s'est passé au Conseil de Sécurité : depuis son élection à la présidence des États-Unis, Bush avait initié un tournant dans la politique américaine qui s'était concrétisé par des votes de blocage empêchant le passage de résolutions diplomatiquement hostiles à Israël. Si ces résolutions n'ont pas un pouvoir contraignant, elles tendent en revanche à produire deux choses : d'abord, d'un point de vue juridique, elles déterminent la légitimité - ou l'illégitimité - d'une action du point de vue de la légalité internationale et de ses institutions ; ensuite, d'un point de vue symbolique, elles définissent ce qui est recevable ou non pour la communauté internationale et les opinions publiques qui la composent. C'est la raison pour laquelle Israël se bat toujours pour empêcher le vote de résolutions qui le mettent constamment au banc des accusés, ou, au mieux, sur un pied d'égalité avec des mouvements terroristes tels que le Hamas ou le Hezbollah. Au nom de la « proportionnalité » et de la symétrie. Bref, au nom de la neutralité. L'argument d'Israël est toujours le même : on doit maintenir la distinction entre agresseur/agressé, pays démocratique qui se défend/ mouvement terroriste qui exporte la violence dans le monde en général et Israël en particulier. Bush, à la suite des attentats du 11 septembre, avait compris que cette distinction était capitale, et c'est pourquoi il avait progressivement corrigé la position des États-Unis au sein de l'organisation internationale : grâce à son droit de veto, les États-Unis empêchaient le passage de toute résolution hostile à Israël au sein du Conseil de Sécurité. Jusqu'au vote de la résolution par le Conseil la semaine dernière où d'une manière inédite, les États-Unis, loin de bloquer la résolution par leur veto, se sont abstenus de voter, permettant à la résolution de passer. La classe politique israélienne a, non sans raison, estimé qu'il s'agissait non seulement d'un revers pour Israël, mais également d'un fâcheux changement de direction de l'administration américaine indiquant un changement sans doute plus général dans la manière dont les États-Unis abordent Israël et sa situation dans le Moyen-Orient. Ce qui ne manquât pas d'inquiéter à la veille de la prise de fonction du président Barak Obama, dont les plus sceptiques redoutent qu'il n'adopte des prises de position anti-israéliennes.
Olmert est donc revenu sur une conversation qu'il aurait eu avec le président Bush. Selon lui, il aurait indiqué à Bush qu'il ne pouvait pas voter en faveur ce cette résolution. Bush lui aurait répondu qu'il n'était pas au courant de sa formulation car c'était la secrétaire d’État Condolezza Rice qui s'en occupait. Finalement, toujours selon Olmert, Bush aurait parlé avec Rice et celle-ci, qui travaillait sur la résolution onusienne, aurait alors été « contrainte » par le Président de s'abstenir au moment du vote. Le Département d’État - il faut souligner que ce n'est pas le bureau de la Maison-Blanche - a immédiatement démenti les propos d'Olmert, exigeant même des journaux israéliens qu'ils publient ce démenti. Il faut rajouter, pour conclure, que l'abstention de Rice avait déjà fait beaucoup de bruit en Israël, lançant une polémique opposant la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni au chef de l'opposition Benyamin Netanyahou (d'une manière plus marginale, le ministre des infrastructures a également interpellé Livni sur cette même question) : Netanyahou, ancien ambassadeur d'Israël à l'ONU, a déclaré que Livni n'avait pas agi d'une manière adéquate pour permettre le blocage du vote de la résolution. La déclaration d'Olmert, le démenti accompagné d'un ultimatum de Rice, a donc agité les esprits - déjà agités - davantage encore.

Tous les commentateurs télés ont souligné qu'Olmert avait commis une indélicatesse en confiant sa conversation avec Bush. Ils ont également expliqué qu'Olmert avait manqué de tact, embarrassant Rice, certains en tirant la conclusion qu'Olmert avait décidé de « tout casser » avant son départ. Il est difficile de savoir ce qui s'est dit vraiment. Il est également difficile de se faire une juste opinion sur les raisons qui ont décidé Olmert à rompre, d'une manière non diplomatique, le silence. Mais cet incident diplomatique est intéressant en ce qu'il est symptomatique de deux choses : la relation qu'Israël - et les Israéliens - entretiennent avec les États-Unis ; le rôle que ceux-ci jouent dans le conflit.

Le premier ministre Ariel Sharon, d'une manière sans précédent dans l'histoire diplomatique israélienne ces 40 dernières années, avait mis en route un projet, repris par la suite par Olmert : sortir Israël de son isolement diplomatique et de sa relation exclusive avec les Etats-Unis en cherchant pour lui de nouveaux partenaires. Si Sharon était le premier à reconnaître le rôle central des États-Unis sur la scène moyen-orientale, il fut également sans doute le premier à comprendre que l'exclusivité était contraire aux intérêts de l’État : d'abord, elle plaçait Israël dans une position de client, face à un patron, le rendant tributaire de cette unique relation ; pour grossir le trait, la relation d'exclusivité avec les États-Unis donnait trop de poids à ceux-ci sur la scène politique israélienne et enfermait Israël dans une relation de dépendance assez proche de celle qui existe entre pays décideur/ pays colonisé. Il décida donc qu'Israël, à l'instar des pays arabes, devait sortir de son complexe d'infériorité, de ses réflexes de pays « satellite » - faire sa guerre d'indépendance diplomatique pour parvenir à la maturité politique à même de lui assurer une relation d'égal à égal avec ses alliés. Ensuite, l'exclusivité avec les États-Unis avait l'inconvénient non seulement d'isoler Israël de l'Europe mais encore de le marginaliser dans tout le Moyen-Orient. Tout le monde sait que les opinions publiques arabes sont fortement anti-américaines. Il en va de même, quoique pour d'autres raisons historiques et à des degrés beaucoup moins extrêmes, en Europe - du moins dans son noyau occidental et historique. Si Israël voulait développer des relations de coopération avec les pays arabes et avec l'Europe, il fallait donc qu'il ne soit pas identifié totalement avec les États-Unis. A peu de choses près, c'est exactement ce qu'ont fait l’Égypte, la Syrie, et la Jordanie : tout en autorisant l'expression d'un sentiment public vivement hostile aux États-Unis - qui n'a fait que s'accentuer avec les deux guerres d'Irak -, ces pays ont contracté des alliances équilibrées avec la Russie, des pays européens en particulier, l'Union européenne, certains avec l'Iran, mais aussi les États-Unis. Dit autrement : les Arabes ont compris que pour survivre, et garder leur souveraineté, ils devaient multiplier les alliances et se diversifier. Il faut noter que les pays arabes ont trouvé la parade à même de les protéger contre les tentatives d'enfermement américaines : si les contacts avec les États-Unis se font au niveau de l’État, celui-ci a eu la sagesse de cultiver des opinions publiques vivement anti-américaines qui lui laissent une marge de manœuvre garantissant sa souveraineté. Sharon a donc engagé une révolution dans la politique étrangère israélienne, qui fut dans un premier temps conduite et soutenue par son ministre des Affaires étrangères : Sylvan Shalom. Le bureau du Premier Ministre, et le Ministère des Affaires étrangères, ont travaillé à ce projet ambitieux dans un parfait esprit de collaboration.
Olmert, dans d'autres circonstances, a repris le flambeau. Tout en soignant la relation avec Bush, il a persévéré pour conduire l'ouverture d'Israël sur le monde : il n'est pas indifférent que son avant-dernier voyage officiel ait été en Russie ; il y a un mois, un accord diplomatique d'une très grande importance a été signé entre Israël et l'Union européenne sous l'impulsion du président français Nicolas Sarkozy. Les relations d'Israël avec la France, la Turquie, les nouveaux pays de l'Union européenne, ont pris des dimensions qu'elles n'avaient certainement pas il y a deux ans. Cela est une bonne nouvelle pour Israël. Pour son indépendance politique mais aussi pour les perspectives que cela ne manquera pas d'offrir d'un point de vue social, culturel, économique. A l'heure de la mondialisation, Israël ne pouvait pas se permettre de rester retranché du reste du monde, dans son inconfortable cocon, en tête à tête avec Washington.

Nul n'a jamais remis en question l'alliance stratégique unissant Israël aux États-Unis. Nul n'a jamais remis en question non plus leur alliance militaire : depuis qu'il est chef d'état-major, le général Gabi Askhenazi a développé des relations d'une qualité exceptionnelle avec la Défense américaine, multipliant les contacts et les entretiens stratégiques. Cette relation est vitale. Elle est la clé de la paix et de la guerre, non seulement en Israël mais dans tout le Moyen-Orient et sans doute même dans le Monde. Mais quelque chose s'est passé au Département d’État (Ministère des Affaires étrangères américain). Quelque chose s'est passé avec le départ de Colin Powell et l'arrivée de Condolezza Rice.
Powell et Rice appartiennent chacun à des mondes différents. Powell est un militaire. C'est-à-dire un homme qui a l'esprit pratique, qui cherche les solutions pragmatiques, à moindre coût d'un point de vue humain, social, politique et économique. Aussi paradoxal que cela peut sembler, parce qu'il est militaire, Powell est un homme ouvert, tolérant, attaché à la paix : les militaires ne sont pas des idéologues, et ils savent - mieux que quiconque - le prix de la vie et de la mort. C'est cela qui les rend pragmatiques, souples, et économes. Rice est une universitaire, spécialiste du monde soviétique. Elle est, pour le coup, idéologue et politique. Si cela existait déjà dans l'administration républicaine américaine - par exemple chez des personnes comme Dick Cheney - l'arrivée de Rice, en pleine guerre d'Irak, n'a fait que renforcer deux tendances qui étaient dommageables : une lecture du monde d'après la vieille grille de la guerre froide/ un durcissement de la politique américaine en Irak et dans le Moyen-Orient en général. Là aussi, d'une manière paradoxale, c'est ce durcissent et cette grille de lecture qui ont amené les États-Unis à se rapprocher de l'Iran.
C'est peu dire que la nomination de Rice à la place de Powell a sérieusement compliqué la relation d'Israël avec les États-Unis. La rigidité idéologique et psychologique, l'obsession anti-européenne et anti-russe, ne pouvaient que regarder d'un mauvais œil la diversification des relations diplomatiques israéliennes, les ouvertures vers la Russie et vers l'Europe, mais aussi les ouvertures vers la Syrie et le resserrement des liens avec l’Égypte grâce à la médiation de la France, qui faisait son grand retour au Moyen-Orient.
Ce qui nous amène, pour finir, à l'opération « plomb durci » : nous sommes actuellement au tournant militaire - mais aussi diplomatique et politique - de l'opération militaire. Un tournant glissant, dangereux, et décisif. D'après les médias israéliens, la situation est la suivante : scission entre la direction du Hamas à Gaza et la direction syrienne du mouvement ; la première, sous l'influence de l’Égypte, serait prête à une trêve même si elle n'est pas en mesure de faire scission avec la direction syrienne commandée depuis Téhéran. Cette direction syrienne serait elle même fragmentée entre les éléments libanais, les éléments syriens, et les éléments proprement iraniens. De leur côté, les États-Unis ont attendu que la France patronne une proposition égyptienne : celle-ci a mis plus de dix jours avant de s'impliquer ; les États-Unis, poussés donc par l'initiative française, ont mis plus de ... deux semaines. Le monde attend une solution diplomatique depuis le début de la semaine. En l'absence d'une solution diplomatique, Israël s'achemine vers le pourrissement de l'opération qui débouchera soit sur son extension - plus de morts immédiatement - soit sur une sortie de Gaza sans accord satisfaisant - plus de morts bientôt. Olmert est en colère contre Rice ? Il a parfaitement raison.

Alors que Barak Obama souhaitait s'installer dans l'hôtel faisant face à la Maison-Blanche, traditionnellement réservé pour les futurs hôtes sur le point de prendre leur fonction présidentielle, Bush a répondu, d'une manière pour le moins impolie et grossière : « pas de place, c'est habité par mes amis ». Le tact et la délicatesse ne semblent pas être le fort du président des États-Unis. Non content de léguer à Obama une guerre irakienne plutôt foireuse et une crise mondiale sans précédent, il n'a pas l'air de répugner à l'idée de lui léguer une guerre au Moyen-Orient. « Après moi, le déluge ! », comme on dit en France.
Pour finir : quand le président Saakachvili, encouragé par ses alliés américains qui voulaient se venger de la Russie, a commis la folie d'ouvrir le feu contre les provinces indépendantistes russo-géorgiennes, Moscou a répondu pour le moins brutalement. Néanmoins, cela aurait pu être pire. C'est la France, et l'Europe, qui sont venues à la rescousse de la Géorgie, car pour la solution américaine, on l'attend encore. Mais Saakachvili, depuis, a eu tout le temps de méditer la leçon. Et elle est très simple. Reste à voir maintenant si l’Égypte et le Hamas - tous les Hamas - sauront comprendre à temps. Car pour ce qui est de Mechaal, d'Assad, et de Téhéran ... ils ont compris depuis longtemps. « Rien ne presse » : c'est le message qu'ils ont capté en décryptant les conversations en provenance de Washington. L'opinion publique israélienne aurait donc tort de continuer à regarder en direction des États-Unis comme si le Messie allait sortir un jour de la Maison-Blanche. Il ne peut pas, théologiquement, sortir de la Maison Blanche. C'est bibliquement impossible. Même s'il était Juif.

Isabelle-Yaël Rose,
Jérusalem, le 14 janvier 2009

02 janvier 2009

Le voyage de Livni à Paris – ou « Tzipi au pays des merveilles »



Tzipi Livni et Bernard Kouchner,
Quai d'Orsay le 1er janvier 2009
(photo Reuters)

Introduction:

L’actualité galope au Proche Orient, et même si un blog n’est pas un site d’information, je me dois de publier rapidement cette analyse de mon amie Isabelle-Yaël Rose, reçue hier de Jérusalem. Comme à mon habitude, je publie les articles reçus de collaborateurs bénévoles aux sensibilités diverses, même si je ne partage pas toutes leurs évaluations. Ma correspondante juge sévèrement, à la fois l’empressement de Tzipi Livni à venir à Paris, et les initiatives diplomatiques venues du Quai d’Orsay : de mon côté - et les fidèles lecteurs l’ont bien relevé - j’ai un « faible » pour la candidate de Kadima, et je demeure convaincu que Nicolas Sarkozy est un ami sincère d’Israël, même si la diplomatie française a parfois été assez brouillonne - et le directeur de Judaïques FM, Vladimir Spiro, l’a parfaitement démontré à notre antenne tout à l’heure !
A vous de juger !
J.C
 
La ministre des Affaires étrangères israéliennes, Tzipi Livni, présidente du parti Kadima et candidate au poste de premier ministre, a décollé ce matin pour Paris. Le voyage de Livni a été accueilli d'une manière très sceptique par les médias israéliens : les raisons invoquées pour ce voyage sont entourées de confusions, lesquelles ont leur source dans un sentiment largement anti-français dans l'opinion qui ont leur origine dans le ministère des Affaires étrangères lui même, relayé par les journaux. Revenons sur le fil des événements.
Mardi 30 décembre, le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, a une conversation téléphonique avec le ministre de la Défense Ehoud Barak. Il lance l'idée d'une « trêve humanitaire » de 48 heures avec le Hamas, à laquelle Barak répond dans un premier temps d'une manière négative. Pourtant, dans une seconde conversation téléphonique, Barak se ravise et répond au ministre français qu'il « considère favorablement » son initiative. Livni, informée de la réponse de Barak, annonce immédiatement via son bureau un voyage pour Paris où elle doit rencontrer Kouchner afin de discuter avec lui de cette initiative. Mais le lendemain, coup de théâtre : suite à une réunion entre Barak, Olmert et Livni, le cabinet restreint annonce son rejet catégorique de l'initiative de Paris. Le bureau de Livni déclare alors que celle-ci se rend à Paris pour rencontrer le président français Nicolas Sarkozy, et empêcher celui-ci d'imposer à Israël la « trêve unilatérale » proposée par Paris. Que s'est-il passé dans la tête de Barak ? Dans celle de Livni ? Comment comprendre cet immense cafouillage diplomatique?
Barak a répondu à Kouchner qu'il « considérait favorablement » sa proposition. En hébreu, le mot employé était « lishkol », qui signifie : « examiner », « peser ». Barak a donc répondu à Kouchner qu'il examinait sa proposition, et non pas qu'il la recevait, auquel cas il aurait utilisé le mot « lekabel ». Dit autrement, Barak a agi en diplomate : dans le but de ne pas fermer définitivement la porte au nez des Français, dont les contacts avec le monde arabe - et plus particulièrement Damas - pourraient s'avérer utiles pour la suite des événements, il a répondu d'une manière suffisamment ambiguë pour ne pas les froisser. Sans s'engager. En fait, il s'agissait seulement de gagner du temps et de ne pas placer Israël dans la position de celui qui refuse les médiations. Mais si Barak n'a pas dit non, il n'a certainement pas dit oui. D'une part, une trêve à cette période aurait sans doute été prématurée. D'autre part, la médiation turque semble plus consistante que celle des Français. Enfin, comme l'a déclaré le président Shimon Peres, l'initiative française n'était même pas encore véritablement formulée. En effet, la proposition de Kouchner parlait de trêve « unilatérale » israélienne pour une période de 48 heures. En d'autres mots : toutes les obligations étaient israéliennes, comme si nous avions accepté de nous lier les mains, sans garantie ni contre-partie devant les agressions. D'autre part, à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne à Paris, Kouchner a évoqué une trêve israélienne sans plus faire référence à la période de 48 heures, se mettant ainsi au diapason de la proposition simultanée du Quartet. Bref, comme l'a dit Peres, les Français n'étaient pas encore arrivés à une formulation sérieuse de leur proposition de trêve, ils étaient encore en train de tâtonner. Mais Livni était déjà dans son avion pour parler avec les Français de la trêve. Il est vrai que Bibi était à Paris il y a une semaine où il a reçu les honneurs destinés à un chef d’État.
C'est à ce moment que le premier ministre Ehoud Olmert est entré en action. Et que Barak a du sérieusement se mordre la langue, lui même surpris par la dimension que les événements étaient en train de prendre : alors qu'il avait répondu à Kouchner poliment, et probablement aussi pour « tromper » le Hamas sur ses intentions ; le fait que Livni se déplace à Paris donnait subitement de la réalité à la proposition de la France, à la stupéfaction de tout le monde. Parce que celle-ci avait déclaré la semaine dernière qu'elle « ferait tomber le Hamas à Gaza », multipliant les déclarations agressives contre le mouvement, soutenant pleinement les opérations militaires, sans doute Barak a-t-il été surpris par la décision de Livni de partir brusquement en France discuter d'une proposition de trêve vague, floue, qui n'engageait personne, même pas Paris. Car il faut également resituer l'initiative de la France : elle ressemblait davantage à un ballon d'essai qu'à une initiative sérieuse. Pour preuves : elle émanait non pas de l’Élysée mais du Quai d'Orsay ; elle hésitait entre la mention des « 48 heures » et une formule pour une période indéterminée ; elle parlait de trêve unilatérale - qui engageait seulement Israël - quand on sait que l’Élysée est farouchement opposé à toute « unilatéralité ». Il est possible que Kouchner ait voulu profiter de ses derniers jours de présidence tournante de l'Union européenne pour initier un dernier acte diplomatique qui lui accorde les titres de la presse européenne.
Olmert et Barak ont été pris de court par la précipitation de Livni. C'est pourquoi le bureau du premier ministre s'est empressé de déclarer son opposition à l'initiative de Paris. Olmert avait semblablement été pris de court par Livni pendant la seconde guerre du Liban quand celle-ci avait voulu lancer les médiations diplomatiques dès le quatrième jour des opérations, sans consulter personne. Mais une autre personne a été prise de court : Kouchner. C'est une chose de répondre qu'on « considère favorablement » une proposition. Politiquement, ça ne veut rien dire et ça n'engage personne. Mais c'en est une autre que de venir en France pour discuter. C'est déjà s'engager politiquement. Kouchner ne s'attendait certainement pas à ce que Livni se déplace à Paris en pleine guerre, à la veille d'une probable offensive terrestre, pour discuter d'une initiative qui n'était même pas encore formulée et dont toute la charge pesait sur Israël. Il n'est pas à exclure que Kouchner ait fait cette proposition pour plaire aux amis arabes de la France, de manière à se placer dans une bonne position dans le cadre d'une future fonction de médiation, une fois terminées les opérations militaires. En fait, ce n'est pas à Israël que s'adressait cette proposition : elle s'adressait au Hamas et à Damas. Après les déclarations du président turc, selon lesquelles les attaques d'Israël dans la bande de Gaza sont « comme des attaques contre la Turquie », la France ne pouvait pas faire ou dire moins si elle voulait s'assurer encore une fonction de médiateur diplomatique. Sentant que les événements étaient en train d'échapper à tout contrôle, Sarkozy a donc décidé de les reprendre en main, directement : en effet, c'est seulement après que Livni ait annoncé son voyage à Paris qu'il a confirmé sa visite au Moyen-Orient, profitant d'un voyage programmé au Liban. Sarkozy a donc ainsi sauvé la mise à Livni, lui donnant un prétexte crédible pour son voyage en France : oubliée l'initiative de Paris, Livni vient en France pour préparer la visite de Sarkozy au Moyen-Orient.
Hier, Tsahi Hanegbi, un proche de Livni, a fait le siège de toutes les télévisions israéliennes pour dire tout le mal qu'il pensait de l'initiative de Kouchner. Haïm Ramon passe des heures à la télévision et à la radio à expliquer qu'il faut détruire le Hamas définitivement. Shaul Mofaz a déclaré ce matin que sans la libération de Guilad Shalit, l'opération militaire serait un échec. Kadima ne cesse de faire monter les enchères, transformant l'opération militaire - qui n'est même pas encore commencée ! - en objet de campagne électorale. Tandis que les premières victimes militaires israéliennes n'ont même pas encore été tuées ... Le silence du Likoud - même provisoire - est tout à son honneur et on comprend pour le coup pourquoi Olmert a quitté Netanyahou en bons termes, saluant en lui un chef de l'opposition honnête et responsable. Mais Le bureau de Livni multiplie les déclarations va-t-en guerre contre le Hamas, et déclare que l'objet de la visite de Livni est d'empêcher Paris de contraindre Israël à accepter sa trêve. Pourtant : non seulement Paris n'a jamais cherché à imposer sa trêve mais Paris n'a tout simplement jamais proposé de trêve. Si cela avait été le cas, le message serait venu de l’Élysée et non pas du Quai d'Orsay. Si cela avait été le cas, Paris aurait tout de même pris le soin de proposer des termes qui soient raisonnablement acceptables par Israël. Alors Livni peut bien taper sur la gueule des Français pour cacher son incompétence et sa précipitation - hautement dangereuses en temps de guerre. Si elle parvient à convaincre les Israéliens à peu de frais - ça marche toujours de taper sur les Français en Israël - elle ne parviendra pas en revanche à convaincre les Français. Finalement, en venant à Paris, Livni a donné elle même de la consistance à une initiative brouillonne contraire aux intérêts israéliens ; c'est elle qui a mis en scelle le président Sarkozy qui compte bien tenter d'éclipser les initiatives de la Turquie, pays a priori plus favorable à Israël que les diplomates de Paris [1]

Jérusalem, le 1er janvier 2009
Isabelle-Yaël Rose


[1] La Turquie est engagée depuis des années sur le dossier syrien. Sa position de pays musulman modéré en fait un interlocuteur de qualité, contrairement aux Français chrétiens qui sont perçus par les Arabes du Moyen-Orient comme des « croisés ». Leur ancien statut de pays mandataire en Syrie et au Liban, la colonisation de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc, leur valent également une réputation « d'impérialistes » et de « colons ». En se mettant à leurs côtés ouvertement - en diplomatie, si certains contacts existent, ils doivent rester discrets cependant - Israël donne donc l'illusion de travailler au service de l'impérialisme des chrétiens d'Europe. Cette visite en France produit un dernier effet désastreux : la Turquie est notre principal allié au Moyen-Orient, l'un des seuls parmi les pays musulmans ; or, le conflit entre la Turquie et Sarkozy est très vif depuis que ce dernier s'est opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Certains Arabes y ont vu le signe d'une islamophobie, tout à fait injustifiée. En faisant entrer les Français sur la scène moyen-orientale, Livni - Israël - se met donc à dos la Turquie mais aussi les Arabes et les musulmans qui ont été choqués par le rejet de la Turquie de l'Union européenne.