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14 septembre 2012

Mouloud Aounit, in memoriam

Mouloud Aounit

D'abord, une remarque en introduction : cette rubrique, par définition à tonalité grave, est consacrée en priorité sur mon blog aux anciens invités disparus de "Rencontre". Je trouve que la liste est déjà assez longue, en 15 ans d'émission ... Il y a peu de temps, j'évoquais la disparition tragique de Candice Cohen-Ahnine. Avant elle, j'avais évoqué  la mémoire de Jacques Hassoun, André Chouraqui, Semih Vaner, Laurent Murawiec, Thérèse Delpech : trop de voix, déjà, que je conserve en enregistrements et qui ne viendront plus jamais sur nos ondes. Or, et vous l'aurez vous-même relevé en suivant leurs interviews, c'était des personnalités avec lesquelles j'éprouvais de l'empathie même si je n'étais pas forcément d'accord sur tout. Il n'en était pas de même pour l'ancien Président du MRAP, Mouloud Aounit, disparu le 10 août dernier : beaucoup de mes lecteurs se souviennent que sur quasiment tous les débats concernant les relations entre Juifs et Arabes, il aura eu des positions à contre-courant de celles de l'écrasante majorité de mes auditeurs. Je ne le dissimulerai pas ici, même s'il fallait, aussi, respecter un délai de décence pour l'évoquer après sa mort prématurée - il est décédé le 10 août dernier d'une longue maladie à l'âge de 59 ans .

Rappelons d'abord dans quelles circonstances je l'avais eu à mon micro. C'était en 2000, alors que nous étions encore dans l'illusion d'une solution rapide au contentieux israélo-palestinien, suite aux accords d'Oslo. Cette dynamique influençait toutes les institutions juives de France, représentatives comme le CRIF ou médiatiques comme Judaïques FM, et étaient alors reçus aussi bien le Parti Communiste Français que des organisations proches, comme justement le MRAP, ex-"mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et pour la paix", devenu en 1977 "mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples". Notons au passage que cet effacement de la référence à la menace antisémite, cette "dilution" dans un message antiraciste globalisant était parfaitement en phase avec l'idéologie du PCF, et se fit bien avant que Mouloud Aounit n'en devienne le Secrétaire Général  (1989), puis le Président (2004). A partir de la seconde Intifada (octobre 2000), tout en essayant de respecter une pluralité minimale dans ma série en recevant des invités de gauche comme de droite, "colombe" ou "faucon" à propos d'Israël, j'ai évité les émissions "guet-apens" en ne recevant pas des personnalités avec lesquels nous nous serions fortement accrochés à l'antenne : sous la pleine responsabilité de son Secrétaire Général, le MRAP prit une position vigoureusement anti-israélienne dès que les violences furent revenues, ne donnant aucun tort à la partie palestinienne, et - pire encore - refusant de prendre en considération les agressions antisémites en France liées à "l'importation du conflit" ; une attitude qui ne fut pas, et c'était à leur honneur, celle des deux autres grandes organisations antiracistes, la LICRA et SOS Racisme.

Mais revenons aux deux occasions où je reçus Mouloud Aounit. Le 27 février 2000, ce fut l'occasion de présenter le MRAP aux auditeurs, un an après avoir fait entendre Malek Boutih, alors à la tête de SOS Racisme. L'émission se passa courtoisement, bien que je me souvienne avoir soulevé la question du "compagnonnage" avec le Parti Communiste, ce qui m'attira une réponse diplomatique - pouvait-il en être autrement ? Le 18 juin de la même année, il passa aussi dans mon émission - ainsi qu'une autre invitée musulmane, Madame Khadija Khali -, alors que nous avions failli vivre un épisode tragique : 13 juifs iraniens étaient incarcérés pour un prétendu espionnage au profit d'Israël et des États-Unis. Ils encouraient la peine de mort. Le CRIF suivit l'affaire de très près et a agi, en France, pour que ces treize juifs puissent être sauvés. Le MRAP apporta son entier soutien dans cette démarche, et je me souviens très bien de la manifestation devant le Palais de Justice de Paris, où Mouloud Aounit prit la parole : à l'époque, la Gauche "extrême" avait, me semble-t-il, une position beaucoup plus nette contre le régime des Ayatollahs que maintenant ...

Mais le MRAP des années 2000, ce fut aussi l'histoire de grandes tensions internes puis de la mise à l'écart de son Président, accusé de verser dans le "communautarisme musulman" en s'opposant à toutes les lois de défense de la laïcité. Comme le disait cet article publié le 2 avril 2008 dans le journal marocain "Le courrier de l'Atlas : "l'opposition dénonce en vrac une direction qui "encourage la mise en concurrence des mémoires et les replis communautaristes, enferme dans l'identité religieuse les citoyens d'origine arabe ou maghrébine, taxe toute critique et interrogation sur les pratiques et régimes totalitaires liées à l'islam politique comme 'islamophobes', refuse d'étudier les nouvelles manifestations de l'antisémitisme venant d'autres mouvements que de droite ou d'extrême droite" et, plus globalement, accuse la direction d'avoir "renoncé à construire les positionnements du mouvement à partir des valeurs universelles qui unissent". De fait, Mouloud Aounit fut ainsi "poussé vers la sortie", devenant successivement membre d'une présidence collégiale (2008-2011), puis "président d'honneur" en 2011, alors qu'il était sans doutes déjà miné par la maladie.

Comme complément à ce dossier, on pourra lire en lien la lettre ouverte que lui envoya Jean Ferrat, pour protester contre sa position lors de l'affaire des "Caricatures de Mahomet" (le MRAP porta plainte contre "Charlie Hebdo"), ainsi que "la pétition des rebelles" au sein de l'association, intitulée "Mouloud Aounit doit démissionner" et signée par la Vice-Présidente, Nadia Kurys, en mai 2007.

Jean Corcos

23 août 2012

Un été meurtrier


Ravis de vous retrouver, amis lecteurs, pour cette rentrée ... qui cette fois est la bonne !

Vous devez être nombreux à vous demander pourquoi cet article de reprise a un titre aussi triste, comme sa présentation car je n'ai pas voulu l'illustrer : c'est que les drames, morts et chocs en tous genres ne prennent pas de vacances, et que j'en ai appris une série pendant cette quinzaine passée loin de la fournaise de Paris.

Tout d'abord -mais cela beaucoup de lecteurs de ma communauté l'ont déjà appris il y a plusieurs jours - cela a été la mort brutale et horrible, à 35 ans, de Candice Cohen-Ahnine, tombée du quatrième étage de son appartement : crime lié à sa campagne pour retrouver sa fille Haya, enlevée par son père, un prince saoudien ? Accident ? Je suis encore sous le choc, me souvenant de mes deux seules rencontres avec elle il y a trois mois, et bien sûr de mon émission diffusée le 6 mai - lire ici. Je lui rendrai hommage plus tard, après ses obsèques et lorsqu'on en saura peut-être plus sur ce drame.

Moins dramatique mais triste comme tout décès - et je trouve que la liste de mes anciens invités disparus s'allonge trop cette année - la mort le 10 août de Mouloud Aounit, ancien président du MRAP. Il était relativement jeune (59 ans) et c'est une tumeur cérébrale qui l'a emporté. Soyons sincère : je ne l'avais eu à mon micro que deux fois, en l'an 2000 et juste avant que la deuxième Intifada ne vienne casser les relations entre l'immense majorité de la communauté juive, d'une part, et les avocats les plus zélés de la cause palestinienne, d'autre part et dont il faisait partie. Je lui consacrerai aussi et prochainement un article, le plus objectif possible, pour évoquer d'autres clivages qui ont marqué le mouvement antiraciste en France, où il a été un acteur engagé et qui concernent directement les débats sur la place de l'islam en France ...

Mais il y a, aussi, des chocs qui ne sont pas liés à des disparitions, mais qui accompagnent la fin d'amitiés, de relations de confiance ... et ceux-là font aussi très mal. Mes fidèles lecteurs et auditeurs savent combien - malgré le climat détestable lié au conflit israélo palestinien et à la montée de l'antisémitisme dans le monde arabe -, j'ai eu à cœur, sur Judaïques FM comme dans ma communauté, de déconstruire les préjugés ; cela passait par l'écoute, sur notre antenne, de ceux d'entre les Musulmans partageant, malgré les risques, le même idéal. Le journaliste Farid Hannache, que j'ai reçu au début de l'année et avec qui j'ai animé un débat au Centre Communautaire (cliquer sur son nom en libellé) en faisait partie. Hélas, sa dispute avec l'imam de Drancy Hassen Chalghoumi a totalement dégénéré, et il vient - sur son site - de le traiter de manière indigne en l'accusant d'être vendu "aux sionistes" et au CRIF ... institution avec laquelle il entretenait pourtant les meilleures relations : voir ici.

Oui, décidément ce fut "un été meurtrier : espérons que la rentrée sera un peu plus calme ! Dans l'attente, bonne reprise à toutes et tous et à très bientôt sur le blog - ma prochaine émission est programmée, elle, le 9 septembre.

J.C