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19 octobre 2016

L’UNESCO et le totalitarisme islamiste



La décision de l’UNESCO d’enfoncer le clou et de persister à nier tout lien entre le peuple juif et le Mont du Temple est la version soft du totalitarisme islamiste.


A gauche : Le Christ chassant les marchands du Temple, par Le Greco. 
A droite : Daech détruisant le temple de Nimrud.

Il n’y a pas à dire : l’UNESCO a au moins le sens du timing.

La première résolution déniant tout lien entre le peuple juif et le Mont du Temple avait été votée durant Pessah, la Pâque ; c’est au lendemain de Yom Kippour et peu de temps avant la fête de Souccot que la seconde vient de l’être.
Kippour, ce jour où les Juifs du monde entier rappellent humblement leur antique liturgie, bannie, déracinée, et prient pour que le genre humain reconnaisse l’unité de l’être. Lorsque le Temple de Jérusalem s’élevait, le peuple s’y massait à cette occasion, implorant Dieu dans l’affliction. Souccot, la Fête par excellence à en croire prophètes et sages, au cours de laquelle les habitants de toute la Terre d’Israël avaient pour loi, comme à Pâque, de se rendre au Temple, vivant dans des huttes, célébrant dans la joie l’alliance de l’homme, de l’espace et du temps, allant puiser dans la fontaine de Siloé l’eau des libations : cette fontaine subsiste, j’en ai vu les vestiges ; des enfants arabes s’y baignaient au moment où j’y trempais moi-même les mains : qui dit que le passé doive forcément nous séparer ?
Nul lien, donc, à en croire l’organisation garante du patrimoine mondial, matériel et immatériel, entre les Juifs d’une part, ce Mur dit des Lamentations et l’esplanade qui le surmonte d’autre part. Jusqu’ici tout va bien, me direz-vous, il ne s’agit que de Juifs, c’est-à-dire de rien, de pas grand-chose… à ceci près que si ce lien n’existe pas, tout s’effondre. Si les Juifs n’étaient pas là il y a deux mille ans, mesdames et messieurs, Jésus n’a pas pu y prier ou en chasser les marchands attroupés – et je peux tout aussi bien douter, je le devrais même en toute logique, que vous soyez, vous, là où vous êtes en ce moment en me lisant.

Dans un article de 2010, le magazine satirique américain The Onion faisait à ses lecteurs la révélation suivante : la civilisation grecque n’est en fait qu’un canular inventé par une poignée de savants contemporains. « Scholars apologize for attributing Western democracy to a make-believe civilization. » Hilarant, l’article poursuivait : les savants en question n’avaient pas pensé que leur blague irait aussi loin ; ils s’excusaient donc, certes, mais demandaient en même temps que leur œuvre ne soit pas entièrement rejetée car après tout, Eschyle et la géométrie avaient bien quelques mérites, quoiqu’ils ne fussent pas si vieux que ce que l’on avait naïvement cru.
Avec l’UNESCO, on en est là. Vous pouvez bien, par un délire programmé, imaginer que la Grèce n’a jamais existé, mais en faisant ainsi abstraction de tout ce qui vous précède, loin de découvrir la nudité de votre cogito, vous vous perdrez complètement : si la Grèce n’a pas existé, vous non plus.

Il en va strictement de même pour l’ancien Israël. Jésus, un Juif et non un Palestinien comme le suggérait fielleusement Dario Fo dans son Mystère Bouffe – mais paix aux morts – n’a pas pu, si l’UNESCO a raison, se rendre là. Bondieuseries, dites-vous ? Peut-être. Mais aussi peinture et musique, littérature et sculpture, culture en un mot, patrimoine, racines, mémoire, votre mémoire, qui que vous soyez : songez donc qu’il faudra, pour que l’UNESCO soit justifiée, jeter au bûcher la moitié ou plus des collections du Louvre, qui témoigne, de Botticelli à Rembrandt, de ce qu’il y eut un petit peuple sur un petit bout de terre, et que ce petit peuple donna au monde, depuis ce bout de terre qu’il habitait alors, des prophètes, des principes immortels, des textes dans le souffle desquels l’humanité entière continue de respirer, un homme nommé Jésus, parmi quelques autres – et que cela, oui, que cela eut bien lieu, quoi qu’on en pense par ailleurs.

On peut questionner l’interprétation des faits mais à moins de renoncer à l’usage de la raison et à toute possibilité de connaissance, on ne peut questionner des faits connus de tous, si évidents qu’ils en sont indémontrables. Il n’y avait pas de Juifs à Jérusalem du temps où les Romains y sont entrés ? Qui s’y trouvait alors ? Et ce mot de « Juifs » qui apparaît sous la plume de Suétone comme de Tacite, de Juvénal comme d’Horace, est-ce qu’un complot sioniste – je n’ose dire « juif » du coup – l’y aura interpolé à l’insu de tous pour mieux nous faire accroire la fiction d’une ancienne Jérusalem juive ? Et de quand date cette interpolation ? Mais alors, j’y songe, c’est tous les auteurs ayant un jour cité ces augustes Latins qui ont dû subir le même traitement ! Horreur, a-t-on jamais vu si gigantesque conspiration !

A quoi touchons-nous ci ? A la racine même du totalitarisme. Dans 1984, le terrifiant O’Brien explique à Winston Smith que le passé n’existe pas, que rien, à la vérité, n’existe en dehors de ce que décide le Parti. Dans 2084, Boualem Sansal a décrit un totalitarisme religieux ayant la même prétention : du passé, faisons table rase ! C’est en effet le caprice islamiste, nous le savons, et en se prêtant à ce sinistre jeu, l’UNESCO n’a fait qu’y accéder, sournoisement certes, sans la violence des destructions de Syrie, d’Irak, de Tombouctou ou de la vallée de Bamiyan – mais c’est toujours une victoire pour ceux qui se veulent maîtres du passé, or comme dit Orwell, « who controls the past controls the future ».
Caprice islamiste, et même, osons le dire, ambiguïté de l’islam en tant que tel, qui ne reconnaît les prophètes bibliques qu’en en faisant des musulmans, avant l’heure et de toute éternité… Preuve s’il en fallait une, que face aux crimes qui se commettent en son nom, face par exemple aux dévastations de Daech, l’islam doit questionner ses propres enseignements. Dans la nouvelle résolution scélérate de l’UNESCO, ils sont peut-être bien directement en cause.

Vous me direz cependant encore que les Juifs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’il y a deux mille ans. C’est en effet la dernière trouvaille des antisémites : nous ne haïssons pas les Juifs, d’ailleurs les Juifs n’existent pas – ou plus. La fiction des Khazars, agitée par tous les naïfs ou les ignorants de la toile, vient servir d’argument à cette rhétorique infâme : des gens qui ne savent à peu près rien de cette peuplade – et c’est bien normal : on n’en sait à peu près rien – se mettent à en parler comme s’ils avaient fait un doctorat d’Etat sur son histoire, et affirment positivement que les Juifs, les Ashkénazes du moins, en descendent. Ce qui entre en contradiction avec toutes les sources que nous avons, qu’elles soient littéraires, linguistiques, onomastiques ou génétiques. Il apparaît au contraire que les Juifs, d’où qu’ils soient, se partagent bien un certain noyau ethnique, et que sur ce noyau sont venus se greffer quantité d’apports, slaves, berbères, germaniques… ce que, contrairement à ce qu’affirme l’ingénu Shlomo Sand, idole de nos nouveaux négationnistes, personne n’a jamais ni caché ni nié.
Oui, il y a de quoi renvoyer dos à dos ceux qui croient que les Juifs seraient une « race pure » et ceux qui leur dénient toute origine commune. Tant mieux d’ailleurs, car après ces enfantillages, vient l’essentiel : on n’est pas juif parce qu’on est de sang juif seulement, mais parce qu’on s’identifie à une certaine histoire ; un converti, comme le disait Maïmonide au prosélyte Obadia, est « fils d’Abraham » au même titre qu’un Juif de naissance, et c’est le peuple juif comme entité spirituelle qui a été une nouvelle fois attaqué par l’UNESCO ce jeudi.

La liste des pays qui ont proposé cette résolution barbare suffirait à la discréditer, et à discréditer avec elle l’organisation qui l’a abritée. Je me contenterai de signaler que s’y trouvent le Qatar et surtout le Soudan, puissance génocidaire. La première fois, la France s’était parfaitement déshonorée, votant pour. Cette fois, elle s’est abstenue : c’est à peine mieux. Non, je ne crois pas que l’on doive s’abstenir face au totalitarisme. D’autres l’ont d’ailleurs compris, et face à l’appui criminel de la Russie et de la Chine, face au fantôme de Munich qui rôde toujours, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Lituanie et l’Estonie, six pays en tout et pour tout, ont montré que l’esprit de la Résistance pouvait encore souffler.

David Isaac Haziza
La Règle du Jeu, 14 octobre 2016