Notre radio

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31 mars 2013

La société turque, entre fractures et modernité : Dorothée Schmid sera mon invitée le 7 avril

Dorothée Schmid

Dimanche prochain, nous allons retourner au Moyen-Orient, mais cette fois nous allons parler d'un pays qui est revenu ces tous derniers jours au premier plan de l'actualité, je veux parler de la Turquie. Il était en fait indispensable de le traiter à nouveau car cela faisait des années que ma série, à force de suivre l'actualité des révolutions arabes, n'avait pas parlé de ce grand pays musulman, et nous n'étions même pas revenus sur la rupture de l'alliance avec Israël, décidée à Ankara suite à l'abordage du "Mavi Marmara" le 31 mai 2010. En partant de l'idée que, quelques soient les aléas des relations entre Ankara et Jérusalem, la Turquie est une puissance incontournable de 75 millions d'habitants, jouant un rôle stratégique entre l'Europe et le Proche Orient, et qu'il était donc bien stupide de ne plus s'y intéresser, j'avais pris depuis un moment contact pour une interview avec une des meilleures spécialistes du sujet, Madame Dorothée Schmid. Dorothée Schmid est spécialiste des politiques européennes en Méditerranée et au Moyen-Orient, et elle est chercheuse à l'Institut Français des Relations Internationales. Elle y dirige le programme « Turquie contemporaine » depuis 2008, et ses travaux portent sur les développements de la politique interne en Turquie et sur les nouvelles ambitions diplomatiques turques. Elle est l'auteur de plusieurs rapports, et elle a dirigé l'ouvrage collectif La Turquie au Moyen-Orient : une puissance régionale ?, publié chez CNRS éditions en décembre 2011. Alors, depuis que nous avions pris ce rendez-vous, et bien il y a eu la semaine dernière deux développements inattendus : d'abord le cessez-le-feu avec les rebelles kurdes du P.K.K, puis l'annonce surprise des excuses israéliennes réclamées par le Premier Ministre Erdogan et le début de la normalisation entre les deux pays. Vu l'importance de notre sujet, nous allons enregistrer deux émissions à la suite, la première que j'ai intitulée "La société turque, entre fractures et modernité" traitera des enjeux internes à ce pays ; et nous aborderons la diplomatie et la place de la Turquie au Moyen-Orient dans une seconde émission.

Parmi les questions que je poserai à Dorothée Schmid :


-        Cela fait maintenant un peu plus de 10 ans que le parti A.K.P, initiales turques de "Parti pour la Justice et le Développement", a accédé au pouvoir avec à l'époque 36 % des voix ; premier test électoral 5 ans après en 2007, et là il obtient une majorité écrasante avec 46 % des voix, laissant loin derrière les néo-kémalistes qui n'en ont obtenu que 20 %. Rebelote en 2011, et là ils ont frôlé les 50 %. Comment l'expliquez-vous ? Et à votre avis, sont-ils là pour rester très longtemps ?

-        Il y a eu une forme de décapitation de l'armée par l'AKP au pouvoir, il y a eu la ténébreuse affaire dite de l'Ergenekon, nom d'un présumé réseau criminel qui aurait été composé de militants de l'extrême-droite mais ainsi de la gauche républicaine, d'officiers de l'armée et de la gendarmerie, de magistrats, d'universitaires et de journalistes, qui aurait programmé des attentats pour au final renverser les islamistes au pouvoir : il y a eu des centaines d'arrestations depuis 2007, et l'opposition du parti républicain accuse les islamistes d'avoir tout inventé pour décapiter ceux qui résistent : les médias turcs conservent-ils suffisamment d'indépendance pour enquêter de leur côté ? Et la société turque est elle vraiment divisée par rapport à cette sombre affaire, ou bien passive alors que des dizaines de journalistes sont en prison ?

-        Le succès électoral de l'AKP s'explique bien sûr largement par les excellents résultats économiques du pays :  vous l'expliquez comment ? Une bonne gestion ? L'ouverture de nouveaux marchés avec le grand retour diplomatique dans le monde arabe ? Et, question subsidiaire, les couches de la population qui se sont enrichies, ne vont-elles pas se rapprocher du modèle occidental ? Ou alors au contraire, ce sera le modèle du Golfe : consommation débridée et archaïsme des mœurs en même temps ?

-    Sur le traitement des minorités, et à propos d'une enquête publiée justement par la "fondation Hrant Dink" au début du mois de mars : les Juifs et les Arméniens sont exposés à des expressions de haine d'avantage que tout autre groupe  - ce compte-rendu a été établi par un examen de 16 journaux et la recherche de mots-clefs dans 1000 journaux locaux et nationaux supplémentaires qui ont été publiés entre septembre et décembre 2012. Est-ce que, après la presque rupture avec Israël en 2010, qui semble avoir pris fin mais qui a beaucoup remonté une partie de l'opinion là-bas - il y a, à votre avis, un danger pour la petite communauté juive de Turquie ?

Comme vous le voyez, il s'agira d'une émission très riche tant il y a de sujets à aborder ... et j'espère que vous serez nombreux au rendez-vous !

 J.C

29 mars 2013

Malek Chebel : "Il faut appliquer les préceptes du Coran de manière plus moderne"



La publication de l’ouvrage "Changer l’islam" du philosophe et anthropologue algérien Malek Chebel relance le débat sur une réforme moderniste de la religion musulmane. L’occasion de revenir sur les défis posés par celle-ci.
L'anthropologue des religions et philosophe musulman Malek Chebel vient de publier "Changer l’islam : dictionnaires des réformateurs musulmans des origines à nos jours", un ouvrage qui recense les biographies de dizaines d’intellectuels, de théologiens ou d’hommes d’État qui ont contribué à faire évoluer une religion souvent considérée comme figée.
L’auteur s’efforce ainsi de démontrer que plusieurs préceptes controversés de l’islam - la lapidation, l’inégalité entre les sexes ou le djihad contre les infidèles - sont des anachronismes qui peuvent être dépassés grâce à une interprétation moderniste des textes. Entretien.

France 24 : Comment les réformateurs peuvent-ils faire évoluer l’islam alors que plusieurs règles anachroniques sont inscrites dans le Coran - un texte considéré par les musulmans comme une transcription directe de la parole de Dieu ?

Malek Chebel : La compréhension du Coran a changé au fil du temps et plusieurs passages qui étaient adaptés à la société du VIIe siècle ne le sont plus aujourd’hui. C’est pourquoi il est temps de distinguer les versets coraniques intemporels qui relèvent de la foi et de la spiritualité des passages qui relèvent de l’organisation de la société de l’époque.
Les versets du Coran sur les questions de société - comme la guerre et la paix, l’héritage, le patrimoine, la sexualité, etc. - devraient être ouverts à la discussion, à l’interprétation, et à la réinterprétation. Il ne s’agit évidemment pas de supprimer ces passages, mais d’appliquer les préceptes du Coran d’une manière plus ouverte et moderne.

Les fondamentalistes ne partent-ils pas avec une longueur d’avance sur les questions théologiques, ces derniers pouvant justement s’appuyer sur une interprétation littérale du Coran ?

M. C. : Ce ne sont pas les fondamentalistes qui sont en avance, mais plutôt les modernistes qui ne font pas leur travail. Les intellectuels qui veulent amener un peu de raison et une perspective historique sur les pratiques de l’islam ne sont pas nombreux et ne sont pas aussi fermement convaincus de ce qu’ils disent que les fondamentalistes.
On peut prendre appui sur des siècles et des siècles d’histoire pour montrer que l’islam a donné naissance à des applications diverses, à des penseurs qui étaient au sommet de la civilisation humaine - et qui étaient inspirés par le même Coran qu’aujourd’hui. Ces passages glorieux de l’histoire musulmane sont la meilleure réponse aux gens qui veulent démoraliser les croyants en disant que l’islam est une religion de barbares, d’arriérés.

Vous évoquez le salafisme dans votre ouvrage. Considérez-vous l’apparition de cette mouvement comme une tentative de réforme de l’islam ?

M. C. : Oui, c’est une tentative de réforme conservatrice. Le salafisme n’est pas sorti du néant, c’est un mouvement apparu comme une manière de contrer la pensée des réformateurs libéraux de l’islam. Confrontés à l’état de délabrement de l’empire ottoman à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle, les salafistes ont cherché à réformer l’islam pour le rapprocher de la pureté imaginaire des origines.
Mais les salafistes eux-mêmes ne savent pas à quel point précis de l’histoire musulmane ils se réfèrent. Le problème est qu’ils imposent une idéologie fondamentaliste à travers une relecture univoque des textes musulmans, sans accepter la moindre confrontation.

L’arrivée au pouvoir de partis islamistes en Tunisie et en Égypte à la suite du Printemps arabe va-t-elle avoir un impact sur la réforme de l’islam ?

M. C. : J’en suis plus que persuadé. Le Printemps arabe va aussi mettre tous les apprentis sorciers face à l’épreuve du réel. Et les musulmans électeurs qui les ont portés au pouvoir vont vite déchanter, d'autant plus que les islamistes ne régleront pas aussi facilement qu'ils le prétendent les problèmes d’emploi, d'éducation, ou d'économie en criant seulement : "Allah Akbar". Les compromis avec la réalité des sociétés arabes se révèlera au grand jour, et peut-être même la diversité des pratiques islamiques. Je pense en particulier au droit personnel, au statut de la femme, à la répudiation et à toutes les avancées que la société civile a engrangées. Difficile de revenir dessus sans mettre en péril la structure même de la société tunisienne, ou de toute autre pays dans le même cas.
Si les islamistes d’Égypte - le cœur du monde arabe avec ses 82 millions d’habitants - introduisaient un peu plus de modernité dans les questions de société, ce serait une révolution intellectuelle.

Pensez-vous que la réforme de l’islam pourrait prendre la forme d’un conclave, à l’image de celui de Vatican II ?

M. C. : Je fais le vœu - et je lance un appel - d'une réunion au sommet rassemblant une dizaine de grands théologiens musulmans venus de toutes les régions d'islam (Maghreb, Asie, Turquie, Caucase, Moyen-Orient, Afrique, etc.) qui agiraient pour un conclave de la paix, afin de montrer à la face du monde que l’islam n’est pas contraire au progrès. Le défi serait de dépasser les égoïsmes nationaux, de réunir de grands théologiens indépendants afin de lancer un appel crédible en raison des récupérations politiques qui ne manqueront pas d'apparaître au grand jour. Peut-être que certains régimes en place s’inspireraient alors opportunément des résultats tangibles de ce conclave de la paix.

Interview de Mehdi Chebil
France 24.fr, le 11 mars 2013

28 mars 2013

Majorelle, l'amoureux du Maroc

Marché à Marrakech, toile de Jacques Majorelle

Une toile sur la Toile
- mars 2013 

Jacques Majorelle (1886-1962) est plus connu par les magnifiques jardins qui portent son nom, à Marrakech, que par ses toiles - sauf bien sûr, par les amateurs de peintures orientalistes, et je ne pouvais manquer de le connaitre un jour ! Ses tableaux ont une luminosité étonnante, et le contraste des couleurs rend parfaitement les paysages du pays, pour qui a eu la chance de pouvoir le visiter.

On lira sur ce lien une petite biographie ; mais je vous invite surtout à admirer un bel échantillonnage de son œuvre, que donne "Google images" lorsque l'on tape son nom : c'est ici.

Arrivé au Maroc en 1917, il vécut à Marrakech où il se fit construire une splendide villa, dont le jardin luxuriant est ouvert au public aujourd'hui  : ce jardin Majorelle peut se visiter virtuellement en allant sur un site, à cette adresse.

J.C