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11 novembre 2013

Le diable est dans les détails nucléaires ...

La traduction originale
- novembre 2013 

Introduction :
Déjà 6 mois depuis ma dernière traduction, et hélas bien du retard pour cette rubrique censée être mensuelle à ses débuts ... merci à mes lecteurs fidèles de bien vouloir me pardonner !
Mais je n'ai guère tardé à traduire cet article de fond à propos d'un sujet particulièrement brûlant : les toutes dernières négociations avec l'Iran sur le nucléaire ... bonne lecture !
J.C

Au moment où les négociations reprennent, des détails très précis pourraient faire la différence entre un accord qui va garder Iran une "distance de sécurité" d'une arme nucléaire et un accord qui va lui permettre d'être au seuil de la bombe

Il y a quatre accords possibles qui peuvent être atteints au cours de la prochaine série de pourparlers à Genève, suite à l'échec - de peu - de la tentative de parvenir à un compromis ce dimanche matin. Amos Yadlin, ancien chef du renseignement militaire de Tsahal qui dirige le "think tank" INSS , les a classés (dans un article publié en octobre dans le "Wall Street Journal") comme suit : "idéal" , "raisonnable" , "mauvais", et "en plusieurs phases".

Idéal - le démantèlement complet du programme nucléaire de l'Iran et le transfert de tout l'uranium enrichi hors d'Iran - ce serait l'accord que Premier ministre Benjamin Netanyahu a réclamé à maintes reprises . Mais il n'est pas réaliste maintenant, et on peut présumer sans risques qu'il n'a jamais été discuté à Genève.

La différence entre le "raisonnable" et le "mauvais" réside dans les détails. Le premier de ces détails est lié à l'enrichissement de l' uranium. Netanyahu, qui a été informé par le président Barack Obama sur les détails de l'accord inachevé de Genève et l'a appelé " une erreur historique grave, " a peut-être fait une erreur regrettable, et par sa faute, en Septembre 2012. Prenant la parole devant l'Assemblée générale de l'ONU , il a présenté un célèbre dessin avec une bombe et peint dessus une ligne rouge. " La ligne rouge doit être établie ici , " a-t-il dit  : "Avant que l'Iran achève la deuxième étape de l'enrichissement nucléaire nécessaire pour fabriquer une bombe . Avant que l'Iran arrive à un point où il est à quelques mois ou à quelques semaines d'avoir amassé suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer une arme nucléaire."

Le diagramme de Netanyahu, qui s'est étalé en première page des journaux à travers le monde, a mis l'accent sur la quantité d'uranium enrichi, mais pas sur les centrifugeuses. Un mauvais accord, cependant, exigerait de l'Iran qu'il renonce à ses stocks d'uranium moyennement enrichi, mais en lui permettant de garder ses centrifugeuses à gaz en place. Un tel accord offrirait un allégement des sanctions pour une gêne légère et insignifiante sur ce que l'Iran fait, à savoir comme l'a dit un expert de chez nous : "augmenter sans cesse la possibilité de franchir le seuil" (de l'arme nucléaire).

 L'expert, Oded Brosh, un ancien analyste principal au bureau du Premier ministre et chargé de cours au Centre interdisciplinaire d' Herzliya, a noté que l'Iran a plus de 19.000 centrifugeuses et qu'il a augmenté la production de ses nouvelles centrifugeuses IR-2 de 50 % au cours de la cours des trois derniers mois seulement . Le nombre et la vitesse de ces centrifugeuses, même si l'Iran renonce à son uranium moyennement enrichi, le laissera "au seuil de la bombe".

Le deuxième domaine des détails permettant de séparer un accord mauvais d'un accord raisonnable concerne le réacteur plutonigène d'Arak. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui a dit à la radio France -Inter "nous voulons un accord ... mais pas un marché de dupes ", a déclaré que la France était " absolument ferme " dans sa demande que la construction du réacteur soit arrêtée. Un allégement des sanctions maintenant, sans au moins un engagement vérifiable de l'Iran à cesser toutes les opérations sur ce réacteur à eau lourde - qui n'a absolument aucun usage civil - serait, comme l'a dit Yadlin "désastreux pour les intérêts occidentaux car elle permettrait à l'Iran de fabriquer une arme nucléaire rapidement et quand il le veut, sous le couvert d'un accord avec la communauté internationale".

Le professeur Uzi Even, un des fondateurs du réacteur nucléaire israélien de Dimona , a déclaré au "Times d'Israël" que le réacteur à eau lourde - qui, une fois opérationnel , ne serait plus une cible légitime - , doit être en tête de la liste des installations définie par le groupe des puissances "P5 +1" comme devant être démantelés. D'autres, cependant , ont noté que l'Iran a eu beaucoup de difficultés pour la construction de ce réacteur et qu'il ne serait pas une vraie menace jusqu'à la fin de 2014, date à laquelle les puissances mondiales auront probablement atteint un accord définitif.

Deux autres détails qui se dressent entre un "accord raisonnable" et une "mauvais accord" sont la nature de l'allègement des sanctions, et le degré de transparence. Les deux peuvent être traités dans le cadre de l'accord progressif ou réciproque, en vertu duquel le calendrier de levée des sanctions ou le degré de transparence seront cruciaux.

Le régime des sanctions, qui ont été minutieusement assemblées, peut être considéré comme une barrière autour de l'Iran. La clé, dans la signature d'un accord préliminaire offrant au régime une certaine forme de réduction des sanctions, est que cette réduction  soit temporaire - que la barrière s'ouvre juste par une brèche, qui puisse être facilement fermée en cas de non -conformité. Le journaliste Jeffrey Goldberg, dans une tribune du 16 Octobre sur le site "Bloomberg.com", a plaidé pour "une aide financière non liée à un relâchement des sanctions", suggérant que les sanctions restent en place et que l'Iran, en échange de concessions, se voit offrir une partie de son propre argent gelé dans des banques dans le monde entier .

Mais Eilam , ancien directeur général de la Commission de l’Énergie Atomique d'Israël, a déclaré au "Times d'Israël" que l'élément le plus critique d'un futur accord réside dans les vérifications. "L' accent devrait être mis sur la transparence", a déclaré Eilam . "Si les Iraniens ne permettent pas l'accès , à des endroits comme Parchin" - où l'Iran est soupçonné d'avoir mené des expériences relatives au développement d'une arme nucléaire - "alors tous les autres détails sont secondaires" a-t-il conclu : "La chose importante est, est-ce que c'est là qu'il y a eu un développement des moyens militaires ? Si non, alors vous pouvez proposer "la transparence". Si oui, alors il n'y a rien à se dire."

Mitch Ginsburg
Times of Israël, 10 novembre 2013

Traduction Jean Corcos