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11 juin 2012

La mémoire des Juifs d'Algérie : Denis Cohen-Tannoudji sera mon invité le 17 juin

La grande synagogue d'Alger

Dimanche prochain, nous allons laisser de côté l'actualité brûlante en France ou dans le monde pour nous tourner à nouveau vers le passé. Ce passé c'est celui d'un pays particulier, l'Algérie, que tant de liens à la fois affectifs et douloureux attachent à la France. Pourquoi l'Algérie ? Et bien, vous l'avez assez lu et entendu, depuis quelques mois on célèbre le cinquantenaire de la fin de cette guerre coloniale, l'indépendance du pays mais aussi, mais surtout pour ceux que l'on a appelé "les rapatriés", on commémore le triste anniversaire du déracinement, en quelques mois de près d'un million de Français. Parmi eux, au début noyés dans la masse de ce que l'on appelait "les Pieds Noirs", les Juifs d'Algérie qui ont mis des décennies à  reconstruire une mémoire singulière, elle-même déchirée, prise en tenaille entre leur terre natale qui fut leur pays, et la France qu'ils avaient rejointe dans leur identité avant même que de la connaitre. Pour en parler, j'aurai le plaisir de recevoir Denis Cohen-Tannoudji. Je serai particulièrement honoré de le recevoir, parce qu'il est une personnalité dont la communauté juive peut vraiment être fière. Il est né en France, en 1965, mais sa famille venait d'Algérie et il nous racontera son parcours. Au départ, mon invité est un scientifique brillant, ancien élève de l’École Normale Supérieure de la rue d'Ulm, agrégé de Physique et il a été chercheur. Mais il a trouvé le temps, ensuite, de devenir historien en se penchant justement sur le passé juif d'Afrique du Nord, et il suffit de taper son nom sur "Google" pour avoir une idée de ses publications et conférences. Parmi elles, un ouvrage imposant de plus de 420 pages, où il retrace l'itinéraire d'une famille particulière, les Cohen-Tannoudji, à partir du dépouillement de documents littéraires et rabbiniques. Alors ce livre, "Les enfants d'Yshmaël", publié aux éditions Hermann, je n'ai pas encore trouvé le temps de le lire, mais ce sera fait, bien sûr, et nous y consacrerons une ou deux émissions plus tard. Mais le 17 juin, nous allons parler de la mémoire des Juifs d'Algérie avec lui, et je suis sûr que cela intéressera de nombreux auditeurs.

Parmi les questions que je poserai à Denis Cohen-Tannoudji :

- Pourquoi cette passion et ce travail gigantesque, pour reconstituer un passé que vous n'avez en fait jamais vécu ?

- Dans son ouvrage consacré à l'histoire contemporaine des Juifs d'Algérie, Benjamin Stora dit que cette communauté a connu en fait trois exils, le premier en restant sur place, mais en étant complètement assimilés à la culture française suite au Décret Crémieux, et cela s'est passé en quelques décennies. Le second exil n'a duré que trois ans mais il a été douloureux, cela a été la perte de la nationalité française sous Vichy. Et enfin, le troisième, le plus terrible, le grand déracinement suite à l'indépendance algérienne. Est-ce que ces pertes de repères successives n'expliquent pas aussi, la difficulté pour cette communauté et pour ses enfants, à revendiquer une identité particulière ?

- Il y a en gros deux attitudes, très contrastées, pour les Juifs originaires d'Algérie : celle de ceux qui ont été traumatisés par la quasi expulsion de la communauté juive, qui rejettent tous les torts sur les Algériens musulmans et qui vont extrapoler et tenir, pour la France d'aujourd'hui un discours à la fois désespéré et hostile à tout dialogue avec l'ensemble des Musulmans français : en gros, leur message c'est que ce qui attend les Juifs, ici comme hier là-bas, c'est "la valise ou le cercueil ". Et puis, il y a une minorité qui est restée très idéaliste, qui se souvient des relations d'amitié qui existaient avant entre les communautés, et qui militent pour le dialogue : je pense à mon ami Emile Moatti, mais aussi au regretté André Chouraqui et à d'autres ... comment vous situez-vous, à titre personnel ?

Denis Cohen-Tannoudji nous parlera aussi, bien sûr, des différentes manifestations de ce cinquantenaire auxquelles il sera associé.

Je vous espère donc nombreux au rendez-vous dimanche prochain, et pas seulement les Juifs originaires du pays !

J.C