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04 novembre 2012

Juifs d'Algérie : un colloque pour un cinquantenaire

Affiche du film "Le coup de sirocco", qui sera projeté lors de cette semaine 
au Centre Communautaire de Paris

Du lundi 19 au jeudi 22 novembre aura lieu, au Centre Communautaire de Paris, un important colloque consacré aux Juifs d'Algérie, en cette année du cinquantenaire de l'indépendance de ce pays et de leur exode.

C'est la dynamique association MORIAL qui a organisé cet évènement, pour lequel de nombreuses personnalités sont attendues, parmi lesquels : le Grand Rabbin René Samuel Sirat ; le Rabbin Haïm Korsia ; le cinéaste Alexandre Arcady ; les historiens Michel Abitbol et Denis Cohen-Tannoudji ; le journaliste et écrivain Jean-Pierre Allali ; et, bien sûr, le président de Morial Didier Nebot, auteur d'un livre sur l'histoire des Juifs d'Algérie et que je devrai recevoir au début de l'année prochaine. J'ai par ailleurs mis en gras les noms d'anciens invités de ma série !

Pour connaitre le programme complet de ce colloque, visiter en lien : l'information sur le site du Centre Communautaire ; et celle sur le site de MORIAL, qui vous permettra aussi d'en savoir plus sur cette association.

Je reproduis ci-dessous, la présentation du colloque ... en espérant que vous serez nombreux à lui faire honneur !

"Dans sa très longue histoire, une partie du peuple juif a vécu près de deux mille ans en terre d'Afrique. Ceux qui ont peuplé ces régions étaient venus de Cyrénaïque, de Judée ou d'Espagne.

Ce fut un brassage, un mouvement historique, avec pour finalité de rester fidèle à la loi de Moïse. Ils ont côtoyé les Berbères, ils ont eu des moments de bonheur, de doute ou de détresse. Ils ont souvent courbé l'échine en subissant le statut de "dhimmi". Ils ont supporté avec dignité humiliations et vexations, mais n'ont jamais perdu leur identité, produisant une exceptionnelle création religieuse, artistique et littéraire. Et la France est arrivé, permettant à ceux qui avaient vécu en Algérie de rejoindre la civilisation des libertés naissantes : ils ont intégré, en toute confiance, la patrie des droits de l'homme, début d'une histoire complexe faite d’enthousiasme fervent et d'amères désillusions, aux époques sombres de l'Affaire Dreyfus et du régime de Vichy. Puis ce fut le déchirement. Dans la peine, la souffrance et les larmes, ils ont du abandonner ce sol, où leurs familles étaient nées, avaient appris, avaient construit leur vie. De la dernière génération des Juifs d'Algérie à avoir connu et aimé ce pays, où se trouvent leurs racines. Il ne subsistera bientôt que peu de choses de leur présence, puisque tout est nié, banni là-bas dans un discours officiel, même si ce discours commence çà et là à être contesté par de courageux intellectuels.

Néanmoins, cinquante années plus tard, rien ne s'est effacé dans leur souvenir.

Ce colloque vous invite à la redécouverte de ce judaïsme spécifique, avec sa mosaïque de communautés qui allaient des bords de la Méditerranée jusqu'aux sables du Sahara."

Enfin pour moi, cet article est l'occasion de vous rappeler une autre grande manifestation associée à ce cinquantenaire : la magnifique exposition au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme (M.A.H.J), "Juifs d'Algérie", dont vous trouverez la présentation en lien.

J.C 

11 juin 2012

La mémoire des Juifs d'Algérie : Denis Cohen-Tannoudji sera mon invité le 17 juin

La grande synagogue d'Alger

Dimanche prochain, nous allons laisser de côté l'actualité brûlante en France ou dans le monde pour nous tourner à nouveau vers le passé. Ce passé c'est celui d'un pays particulier, l'Algérie, que tant de liens à la fois affectifs et douloureux attachent à la France. Pourquoi l'Algérie ? Et bien, vous l'avez assez lu et entendu, depuis quelques mois on célèbre le cinquantenaire de la fin de cette guerre coloniale, l'indépendance du pays mais aussi, mais surtout pour ceux que l'on a appelé "les rapatriés", on commémore le triste anniversaire du déracinement, en quelques mois de près d'un million de Français. Parmi eux, au début noyés dans la masse de ce que l'on appelait "les Pieds Noirs", les Juifs d'Algérie qui ont mis des décennies à  reconstruire une mémoire singulière, elle-même déchirée, prise en tenaille entre leur terre natale qui fut leur pays, et la France qu'ils avaient rejointe dans leur identité avant même que de la connaitre. Pour en parler, j'aurai le plaisir de recevoir Denis Cohen-Tannoudji. Je serai particulièrement honoré de le recevoir, parce qu'il est une personnalité dont la communauté juive peut vraiment être fière. Il est né en France, en 1965, mais sa famille venait d'Algérie et il nous racontera son parcours. Au départ, mon invité est un scientifique brillant, ancien élève de l’École Normale Supérieure de la rue d'Ulm, agrégé de Physique et il a été chercheur. Mais il a trouvé le temps, ensuite, de devenir historien en se penchant justement sur le passé juif d'Afrique du Nord, et il suffit de taper son nom sur "Google" pour avoir une idée de ses publications et conférences. Parmi elles, un ouvrage imposant de plus de 420 pages, où il retrace l'itinéraire d'une famille particulière, les Cohen-Tannoudji, à partir du dépouillement de documents littéraires et rabbiniques. Alors ce livre, "Les enfants d'Yshmaël", publié aux éditions Hermann, je n'ai pas encore trouvé le temps de le lire, mais ce sera fait, bien sûr, et nous y consacrerons une ou deux émissions plus tard. Mais le 17 juin, nous allons parler de la mémoire des Juifs d'Algérie avec lui, et je suis sûr que cela intéressera de nombreux auditeurs.

Parmi les questions que je poserai à Denis Cohen-Tannoudji :

- Pourquoi cette passion et ce travail gigantesque, pour reconstituer un passé que vous n'avez en fait jamais vécu ?

- Dans son ouvrage consacré à l'histoire contemporaine des Juifs d'Algérie, Benjamin Stora dit que cette communauté a connu en fait trois exils, le premier en restant sur place, mais en étant complètement assimilés à la culture française suite au Décret Crémieux, et cela s'est passé en quelques décennies. Le second exil n'a duré que trois ans mais il a été douloureux, cela a été la perte de la nationalité française sous Vichy. Et enfin, le troisième, le plus terrible, le grand déracinement suite à l'indépendance algérienne. Est-ce que ces pertes de repères successives n'expliquent pas aussi, la difficulté pour cette communauté et pour ses enfants, à revendiquer une identité particulière ?

- Il y a en gros deux attitudes, très contrastées, pour les Juifs originaires d'Algérie : celle de ceux qui ont été traumatisés par la quasi expulsion de la communauté juive, qui rejettent tous les torts sur les Algériens musulmans et qui vont extrapoler et tenir, pour la France d'aujourd'hui un discours à la fois désespéré et hostile à tout dialogue avec l'ensemble des Musulmans français : en gros, leur message c'est que ce qui attend les Juifs, ici comme hier là-bas, c'est "la valise ou le cercueil ". Et puis, il y a une minorité qui est restée très idéaliste, qui se souvient des relations d'amitié qui existaient avant entre les communautés, et qui militent pour le dialogue : je pense à mon ami Emile Moatti, mais aussi au regretté André Chouraqui et à d'autres ... comment vous situez-vous, à titre personnel ?

Denis Cohen-Tannoudji nous parlera aussi, bien sûr, des différentes manifestations de ce cinquantenaire auxquelles il sera associé.

Je vous espère donc nombreux au rendez-vous dimanche prochain, et pas seulement les Juifs originaires du pays !

J.C