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07 septembre 2009

Le parlementaire irakien Iyad Jamal Al-Din : Le Hezbollah se sert du "slogan sacré" de la Palestine pour promouvoir son programme politique

Voici des extraits d´une interview du parlementaire irakien Iyad Jamal Al-Din, diffusée sur Al-Arabiya le 26 juin 2009:
&Link=http://www.memritv.org/subject/en/484.htm.


Interviewer : « Etes-vous un laïque en tenue islamique ou un musulman au discours laïque? »

Iyad Jamal Al-Din : « Tout d´abord, je ne suis ni islamique ni laïque. »

Interviewer : « Vous n´êtes pas une personne islamique? »

Iyad Jamal Al-Din : « Non. La laïcité ne peut pas définir une personne. Elle définit un régime politique. Une personne ne peut pas être définie comme laïque ou non laïque. (...) J´ai lu le Coran et je n’y ai pas trouvé l´adjectif « islamique ». Le Coran contient les termes « musulman », « croyant », « polythéiste » et « hypocrite », mais « islamique » ne figure nulle part dans le Coran. (...) Il n´y a aucune distinction claire entre les termes « islamique » et « musulman ». Je me considère comme musulman : je suis témoin qu´il n´y a qu´un Dieu, Allah, et que Mahomet est son messager. »

Interviewer : « Vous voulez dire que c´est là le terme que l´on trouve dans le Coran, [´musulman´] et non « islamique ». »

Iyad Jamal Al-Din : « Ceux qui emploient le terme nouveau d´ « islamique » n´ont pas donné sa définition. Qu´est-ce qui le distingue du mot « musulman » ? Beaucoup sont offusqués d´être qualifiés de « non-islamiques » - comme si c´était une insulte - mais je suis fier de ne pas être islamique, parce que je ne sais pas ce que signifie ce terme. Je sais ce que signifie « musulman » : c´est quelqu´un qui récite les deux shahadas. »

Interviewer : « Le terme « islamique » est-il apparu avec les mouvements islamiques politiques ? »

Iyad Jamal Al-Din : « Oui. Le terme est apparu après la deuxième guerre mondiale et fait allusion aux mouvements de l´islam politique. Ce sont des mouvements politiques qui se servent de la religion comme moyen d´ascension, tout comme certains partis politiques emploient l´argent, les médias, les armes ou des milices pour s´emparer du pouvoir. (...)
Nous sommes des personnes qui aspirons au pouvoir. Nous nous mettons d´accord sur un programme politique et nous convainquons les électeurs en leur disant : « Si vous votez pour nous, nous ferons ceci et cela. » « Soit nous disons la vérité, soit nous mentons. Mais dire : « Votez pour nous, et nous vous apprendrons à prier » ou « Votez pour nous afin que nous vous montrions comment vous flageller pour la mort de Hussein », c´est d´une incroyable bêtise. C´est tourner le peuple en dérision. (...) A notre avis, les quotas sectaires sont contraires aux Droits de l’Homme et constituent une honte pour l´humanité. Vous considérez-vous plus chiite qu’Irakien ou inversement ? Je me considère, en premier lieu, comme un être humain et un citoyen. Selon moi, les citoyens irakiens passent avant l´Irak, parce que les Irakiens comptent plus que l´Irak. »

Interviewer : « Oui, les gens comptent plus que la terre. »

Iyad Jamal Al-Din : « Les gens sont plus importants que le temps et le lieu. Les instincts primitifs, l´instinct de la peur, sont sollicités par des phrases comme : « En tant que chiite, vous êtes opprimé », « en tant que sunnite, vous êtes en danger », « en tant que Kurde, vous êtes privé de vos droits » ... C´est se moquer du peuple. »

Interviewer : « D´autant plus que c´est ce que tout le monde fait : les chiites, les Kurdes et les sunnites. »

Iyad Jamal Al-Din : « Exactement. Nous parlons des droits des citoyens irakiens. Il n´y a aucune différence entre les pauvres - qu´ils soient Kurdes, sunnites, chiites ou chrétiens. Quant à la question des minorités ... Quand vous catégorisez les personnes comme étant chiites, sunnites, Kurdes, Turkmènes, et ainsi de suite, vous détruisez [le concept] d´ « irakien ». »

Interviewer : « Pourquoi ? »

Iyad Jamal Al-Din : « Parce qu´alors vous commencez à défendre les droits de groupes imaginaires, et non d´individus. Vous ne défendez pas les droits des individus chiites, mais de la nation chiite. »

Interviewer : « Depuis 2003 - et peut-être pour la première fois en 1 400 ans - l´Irak est gouverné par les religieux. Comment résumeriez-vous ce retour au pouvoir ? »

Iyad Jamal Al-Din : « C´est une expérience sombre et malheureuse. Nous n´avons vu qu´accroissement de la pauvreté, en dépit de l´abondance d´argent. Les services sont dans un mauvais état, bien que l´Irak se soit ouvert au monde entier. Le trésor public est pillé comme jamais auparavant. » (...)

« Le Hezbollah se contentera-t-il d´affronter Israël et de libérer la terre, ou a-t-il un autre programme, celui d´un vaste Etat religieux islamique ? C´est la question. Il y a des formules sacrées, telles que la libération de la Palestine et de Jérusalem, et la cause palestinienne. Depuis longtemps, les tyrans vivent à l´ombre de ces mots d´ordre, tandis que les peuples arabes subissent l´oppression, au nom de la cause palestinienne. La cause palestinienne est le prétexte à l´absence de développement économique et politique. Quand on prive la population de liberté, c´est au nom de la Palestine. En opprimant les Irakiens pendant 35 années, Saddam Hussein le faisait au nom de la Palestine, affirmant « qu’aucune voix n´est plus forte que le bruit de la bataille. » Le Hezbollah emploie la même formule « sacrée ». Il se sert de la cause palestinienne comme n´importe quelle autre puissance politique. »

Interviewer : « qui l´utilise ? »

Iyad Jamal Al-Din : "Oui, parce qu´Allah seul connaît nos véritables intentions. Saddam a attaqué Israël avec des missiles - 38 missiles, je crois. Gamal Abdel Nasser a combattu [Israël] pendant 50 années, Kadhafi a poussé des cris au nom de la Palestine, et les dirigeants arabes parlent au nom de la Palestine. Mais regardez dans quel état se trouvent les Arabes. Voyez l´état des Arabes en Palestine, des Arabes vivant dans la ligne verte de 1948 ... »

Interviewer : « Le Hezbollah est-il responsable du problème du développement dans le monde arabe ? »

Iyad Jamal Al-Din : « D´autres partagent cette responsabilité. Il n´est pas le seul à avoir combattu pour la Palestine. Le Hezbollah a été fondé en 1982, et la Palestine a été perdue en 1948. De 1948 jusqu´au au Jour du Jugement - je ne sais pas combien de temps ce conflit va durer ... Il y a ceux qui brandissent la bannière de la Palestine, tout en opprimant leurs peuples au nom de la Palestine. Les gens comme Saddam disent qu’ils libéreront la Palestine, mais perdent leurs propres habitations. Il disait qu´il libérerait la Palestine du fleuve du Jourdain à la mer Méditerranéenne, et il a perdu l´Irak dans sa totalité. Le slogan de la Palestine est un slogan attractif mais trompeur. Il est attractif parce que n´importe quel voleur, contrebandier ou menteur peut prétendre libérer la Palestine, et l´histoire chantera ses louanges. »

Interviewer : « Pensez-vous que le Hezbollah emploie le slogan de la Palestine pour masquer son programme politique ? »

Iyad Jamal Al-Din : « C´est, à mon avis, évident. Comme j´ai dit, n´importe qui peut se servir de la cause palestinienne. Montrez-moi un Libanais chiite - bien que je n´aie pas le droit d´intervenir dans les affaires libanaises, parce que les habitants de ce pays sont libre ... Mais n´y a-t-il pas d´autre voix chiite au Liban hormis celle du Hezbollah et des siens ? N´y a-t-il pas des intellectuels ? Pourquoi quelqu'un comme Ali Al-Amin est-il opprimé ? Pour ne parler que de lui, qui n´a ni parti politique, ni milices, ni journal, ni radio ou station de télévision derrière lui. Il ne représente pas une menace. Il a juste une opinion. Ils ont incendié sa maison et son bureau. N´est-ce pas une honte ? »

Dépêche spéciale memri n° 2488

31 août 2009

Un nouveau mensuel kurde invite les Juifs à revenir au Kurdistan

« Les Juifs d'origine kurde sont très nombreux en Israël. Si la situation dans notre nouvel Irak fédéral et démocratique, et notamment au Kurdistan, se stabilise beaucoup voudront revenir», explique naïvement Dawood Baghestani , directeur d’un nouveau mensuel kurde. Le magazine en couleur intitulé « Israël - Kurdes », compte une cinquantaine de pages en kurde et deux en anglais, et tire à 1.500 exemplaires. Sur la couverture du mois d’août 2009, apparaît une femme portant le drapeau israélien, et le mensuel traite des traditions des Juifs kurdes avec des photos des années 20, 30 et 40. Il a publié des études sur les Juifs d'Irak et sur l'importance économique, sociale et politique d'avoir des relations avec Israël.

Environ 150.000 juifs originaires du Kurdistan se trouvent en Israël. Au 12ème siècle, les Juifs, qui parlaient l'araméen, vivaient dans une centaine de localités de l'actuel Kurdistan.
Les islamistes kurdes n'apprécient pas cette initiative. « Je suis méfiant et ne vois pas l'utilité de ce genre de publication d'autant que les Kurdes appartiennent à la nation musulmane et que le Kurdistan fait partie de l'Irak », peste Zana Rustabi, député et dirigeant du « Groupe islamique du Kurdistan ». Commerçants, artisans et agriculteurs, les Juifs vivaient en bonne intelligence avec la population locale. La montée du nationalisme dans les pays arabes a bouleversé la donne. C'est au début des années 50, poussés par la violence que les Juifs ont quitté en masse l'Irak. Par peur de massacres ou bien chassés de leurs localités, les Juifs kurdes ont trouvés refuge en Israël.

« Le problème palestinien a pour principale raison les mesures iniques prises par les régimes arabes qui ont conduit au départ d'1,5 million de Juifs. S'ils n'avaient pas été contraints à l'exode, les Palestiniens ne l'auraient pas été non plus », ajoute M. Baghestani, 62 ans, ancien directeur du Comité des Droits de l'homme au Kurdistan (1994-1997). Pour cet ancien peshmerga (combattant kurde) qui s'est rendu à quatre reprises en Israël - dont la première clandestinement en 1967 -, le conflit israélo-palestinien est lié à l’attitude des États arabes qui ont fait fuir les Juifs en leur confisquant leurs biens : les réfugiés juifs étaient obligés de rejoindre en masse Israël. Cet ancien détenu de la prison d'Abou Ghraïb (1976-1986), dément être soutenu en sous-main par les Israéliens. « Ils sont au courant de l'existence du magazine car nous avons un site mais nous ne travaillons pas pour eux mais pour nous. Nous avons besoin des Juifs kurdes », assène-t-il.

Interrogé sur la réaction des dirigeants kurdes, M. Baghestani rétorque ne pas leur avoir demandé leur avis. « Ce que je réclame est inscrit dans la Constitution qui accorde le droit de revenir dans sa patrie, et les Juifs sont des citoyens irakiens qui ont été l'objet d'injustice », dit-il.

Ftouh Souhail,
Tunis

11 mai 2009

Les Chiites au Moyen-Orient 2, le réveil d’une minorité : Laurence Louër sera mon invitée le 17 mai

Femme chiite d'Irak venant de voter

Nous allons poursuivre dimanche prochain mon interview de Laurence Louër. Rappelons aux auditeurs qui auraient raté l’émission précédente qu’elle est docteur en sciences politiques, chercheuse au C.E.R.I-Sciences Po, mais surtout consultante permanente au Centre d’analyses et de prévisions du Ministère des Affaires Étrangères. Nous allons parler à nouveau de son livre « Chiisme et politique au Moyen Orient », publié aux éditions « Autrement », un ouvrage extrêmement dense d’environ 140 pages, qui évoque le grand retour contemporain de cette branche de l’islam en Iran, en Irak, au Liban et dans les monarchies du Golfe. Il y a quinze jours, nous avions « planté le décor » en rappelant les évènements historiques qui ont enraciné cette branche minoritaire de l’islam, à la fois dans le monde arabe et dans sa périphérie, en particulier en Iran. Le 17 mai, nous allons examiner l’éveil politique des Chiites dans le monde arabe, en partant du pays le plus proche de l’Iran - l’Irak, où longtemps méprisés et opprimés, ils ont maintenant les clés du pouvoir ; mais aussi l’Arabie Saoudite et les monarchies du Golfe, où ils remettent aussi en question le confiscation totale du pouvoir par les monarchies sunnites. Et puis nous finirons par le Liban, où le Hezbollah s’est enraciné un peu comme un « état alternatif », en état de guerre contre Israël et pion avancé de l’Iran au bord de la Méditerranée.

Parmi les questions que je poserai à Laurence Louër :

- Quels sont les pourcentages de Chiites dans les principaux pays du Moyen-Orient ?
- Que sont devenus les principaux partis politiques chiites d’opposition en Irak depuis la chute de Saddam Hussein, et y a-t-il le risque d’y voir s’établir une nouvelle « République islamique » sur le modèle iranien ? Et est-ce que Téhéran ne joue pas un jeu très subtil, en ne mettant pas tous ses œufs dans le même panier et en manipulant, finalement, les uns et les autres dans ce pays ?
- Que s’est-il passé à Bahreïn (où les Chiites sont majoritaires) depuis « l’Intifada » des années 90 ? Est-ce qu’on peut-on dire que ces Chiites là mènent un combat purement politique, et non pas une guerre de religion ?
- Le livre rappelle - avec un courage à souligner - qu’au Liban, le Hezbollah n’avait plus de motif de combattre Israël après le retrait de 2000, et que la guerre de 2006, comme le contentieux territorial autour des fermes de Chebaa, n’ont été que des prétextes pour conserver un armement au moins équivalent à celui de l’armée libanaise. Il note, aussi, que le Hezbollah s’est peu à peu éloigné de la Syrie pour s’aligner totalement sur l’Iran ; à moyen terme, on comprend la stratégie du mouvement qui est de constituer un « état alternatif » en refusant la responsabilité du pouvoir. Mais est-ce vraiment jouable sur le long terme ?

Soyez nombreux à l’écoute dimanche prochain !

J.C

09 mars 2009

Iyad Jamal Al-Din, l’Irakien dont nos télés ne nous parleront jamais !

A la fin de l'année 2008, le dernier et impromptu voyage de Georges W. Bush en Irak avait été marqué par l’incident dit "de la chaussure", avec le lancer de ses souliers par un journaliste d’une télévision locale d’opposition, envoyées sur le Président sortant qui a "échappé" à ces projectiles improvisés, prenant même la chose avec humour ... Là-dessus, le responsable de cet "attentat", heureusement moins sanguinaire que la quotidien du pays, risque plusieurs années de prison et on pourra à juste titre trouver excessive pareille condamnation d'un "entartage local" - si elle est prononcée, à l'issue de son procès ajourné au 12 mars. Question tarte à la crème, je ne vais pas non plus reprendre les lourdes pâtisseries servies et resservies par les "experts" de nos médias, qui ont répété en boucle que : "montrer ses chaussures est dans le monde arabe une marque de mépris" ; le journaliste a utilisé le terme "chien", ce qui est aussi très méprisant dans ces pays. Il n’est venu à l’esprit de personne, par exemple, de s’interroger sur l’absence de tels "attentats" dans les pays voisins ou sous Saddam, peut-être parce que l’échelle de risques n’aurait pas été tout à fait la même ; ou de rappeler que le terme "chien" est aussi fréquemment accolé au mot "yahoud" (juif) ; mais là, cela brouillerait trop le logiciel du "politiquement correct" - ceci étant dit, par ailleurs, sans indulgence aucune pour l’aventure irakienne et son bilan plus que décevant, ainsi qu’a pu l’exposer, par exemple et avec brio, Caroline Fourest à mon micro, il y a quelques mois !

Il parait donc que l’auteur du "lancer de chaussures" est devenu un héros adulé dans le monde arabe, et que la vidéo de son exploit connaît des records d’audience sur "youtube" ; cela n’est certainement pas le cas des vidéos qui ont pour héros un autre Irakien, celui-là député, chiite et ... reconnaissant aux États-Unis d’avoir renversé Saddam Hussein ! On comprend que, d’emblée, un tel discours ne soit jamais reporté sur nos médias.

Merci donc, à nouveau, à « memri » pour ces enregistrements : on en trouvera la série complète avec sous titres en anglais sur ce lien. 

J.C